Entrez dans le Club des Aristrocrates au Crayon Rouge

Rule of Rose… Voilà un jeu qui a fait beaucoup couler d’encre dans la presse. La cause : un de nos politiciens s’en est servi pour déposer un amendement pour « interdire purement et simplement certains jeux à la vente et à la location ». Selon Bernard Depierre, député UMP, « le but de ce jeu est de violer, battre et tuer une jeune fille. C’est un appel à la violence, à la mort, au viol ». Il fait ainsi écho à certains médias italiens qui voyaient en Rule of Rose le sacre de la pédophilie, de l’homosexualité ! Et oui, selon eux, le but du jeu était d’enterrer une jeune fille vivante !!! Résultat : le jeu est interdit de la vente en Angleterre et en Italie.
Voilà, vous êtes prévenus ! Allez vous fuir ce test sous peine d’entrer dans le vice le plus totale ou bien me permettrez vous de vous démontrer combien sont stupides certains politiciens ?


Once upon a time…

Le jeu commence en 1930, alors qu’un bus file dans la nuit. La jeune Jennifer, 19 ans, dort paisiblement contre la vitre quand elle est réveillée par un drôle d’enfant qui lui tend un cahier crasseux. « Lis moi l’histoire » lui demande-t-il. Mais alors que la jeune fille ouvre le livre, elle s’aperçoit que toutes les pages sont blanches. C’est ce moment-là que choisit le bus pour s’arrêter. L’enfant en profite pour sortir, poursuivi par Jennifer. Le bus s’en va. Vous êtes seule dans la nuit. A vous d’accompagner le périple de la « pauvre petite fille malchanceuse ».

Poursuivant le jeune garçon, vous arrivez à une étrange maison, accueillie par des rires d’enfants, moqueurs et cruels. Ils se réunissent bientôt autour de vous et humilient cette pauvre Jennifer qui ne fait rien pour se défendre avant de l’emmener dans un étrange Zeppelin. C’est là que vous faites connaissance avec le Club des Aristocrates au Crayon Rouge où vous êtes désormais intégrés. Jennifer est cependant au plus bas de l’échelle et, si elle ne veut pas mourir, elle devra apporter chaque mois un cadeau au Club. Ce mois-ci, c’est un papillon qui doit être offert en offrande. Il est temps de commencer votre première phase d’exploration.

Le meilleur ami de l’homme

Très rapidement, vous rencontrerez Brown, un chien qui sera votre seul ami dans cette aventure. Votre ami canin vous aidera ainsi à progresser : faites lui renifler une clé et il vous trouvera la porte en question ! Si c’est pas de l’aide ça ! Mais Brown vous aidera aussi pour les combats en faisant peur aux « choses effrayantes » qui vous barreront la route. Car des combats, vous en aurez dans Rule of Rose et c’est dès le premier que vous vous apercevrez du défaut principal du jeu.

Pauvre, pathétique et malheureuse Jennifer !

Vous trouviez Harry Mason de Silent Hill faible ? Attendez de voir Jennifer utiliser maladroitement son couteau et rater souvent ses ennemis, attendez de la voir trébucher au moindre coup, attendez de la voir s’essouffler au bout de 3 pas de course ! Oui, Jennifer est très faible et transforme chaque combat en un vrai calvaire, poussant à la fuite. Erreur de gameplay ? Peut être pas ! En effet, dans l’histoire même, Jennifer a beau avoir 19 ans, elle n’a aucune force de caractère, ne parle que très rarement, s’évanouit souvent, et se laisse faire par des gamines de 8-10 ans alors que l’on se voit bien leur donner une fessée pis au lit privé de dessert ! Il aurait donc pu paraître illogique de voir notre héroïne aussi faible dans les cinématiques et se transformer en bête de combat sitôt sous notre contrôle. En envisageant cela sous cette angle, on peut donc penser que la faiblesse de Jennifer est volontaire mais même en ayant ça en tête, on pestera souvent contre ce gameplay désagréable qui plombe complètement le jeu.

Mais Rule of Rose c’est surtout…

… Une ambiance ! Et c’est bien là la force du titre ! L’image est dotée d’un filtre du même genre que celui de Silent Hill, ce qui s’avère du meilleur goût pour l’aventure que vous allez vivre. Mais c’est surtout les musiques qui vous marqueront ! Rares sont les S-Horror avec une aussi bonne OST ! Le violoncelle est omniprésent, tantôt doux et pathétique, accentuant la détresse dans laquelle se trouve Jennifer avant de passer dans les notes stressantes ponctuant les combats, vous donnant envie de prendre vos jambes à votre cou. Rarement une musique d’écran titre nous met aussi bien dans le bain.

Rule of Rose sait aussi vous plonger dans l’incompréhension. Tout le long du jeu, vous vous demandez ce qu’il peut bien vous arriver alors que l’univers dans lequel vous évoluez n’a ni queue ni tête, d’autant plus que Jennifer ne parle pas beaucoup et donc ne vous révèlera rien… Jusqu’à la toute fin du jeu. Mais là encore, en filant tout droit pour terminer, vous risqueriez de rater complètement une partie du scénario qui ne se révèlera que pour ceux qui prennent le temps de lire tous les documents ou d’explorer le niveau entier du dernier chapitre. Si vous ne faites pas preuve d’un minimum de déduction, vous ressortirez frustrés de cette aventure et définitivement déçus, mais si au contraire vous avez su saisir la puissance du scénario, Rule of Rose restera une aventure qui marquera vos esprits.

En conclusion, Rule of Rose est un jeu d’horreur psychologique qui demande beaucoup d’efforts pour être aimé à cause de son gameplay crispant mais aussi de son scénario qui met beaucoup de temps à se dévoiler, nous laissant dans le flou quasiment jusqu’à la fin. Cependant, si vous trouvez le courage de surpasser la faiblesse de Jennifer, vous trouverez là un jeu marquant, poussant à la réflexion.
En tout cas, soyez rassurés, pas de viol, pas de pédophilie (à moins que montrer des enfants soit désormais considéré comme un sacre à la pédophilie ? Si c’est ça, Jacques Martin doit être condamné à perpétuité) et le but n’est pas d’enterrer vivant qui que ce soit. Le jeu est cependant assez malsain pour mériter son « déconseillé aux moins de 16 ans » et je l’avoue,il y a quelques allusions à l’homosexualité… et alors ?