Il était une fois, une centrale nucléaire au beau milieu d'une vallée enchantée...

Le voici enfin, le voici enfin amis PCistes, celui qui a alimenté tous les bons sites de blagounettes sur le web pendant quelques années concernant ses multiples reports, celui que l’on a longtemps comparé à un certain Duke Nukem Forever que l’on attend toujours, celui qui a fait bavé des litres aux férus de FPS à chaque annonce le concernant (hormis ses dates de sortie repoussées). Enfin, S.T.A.L.K.E.R. : Shadow of Chernobyl est bien là, tout développé qu’il est par les Ukrainiens de GSC Game World. On en parlait telle une révolution dans le monde du FPS : la longue attente qui a précédé sa sortie vaut-elle finalement le coup ?

I’m a poooor lonesome Stalker

Dans le monde du JV, comme dans d’autres milieux d’ailleurs, l’on appelle ça une « arlésienne », un soft qui sortira, qui ne sortira pas, qui est repoussé puis avancé, pour finalement se voir au bord de l’annulation et qui un beau matin se voir décerné une date de sortie officielle. C’est un peu ça S.T.A.L.K.E.R., mais en moins épique que d’autres fleurons du genre. Mais ne gâchons pas notre plaisir à le voir enfin arriver dans nos foyers grâce à THQ.
Dans S.T.A.L.K.E.R. : Shadow of Chernobyl, il y a Tchernobyl, et vous comprendrez aisément que la trame de l’histoire se déroule dans ce no-man’s land, la Zone, entourant la célèbre centrale nucléaire, qui je vous le rappelle a explosé le 26 avril 1986, plongeant l’Europe sous des nuages radioactifs, qui a l’époque n’avaient pas franchi la frontière ukrainienne…

La scène d’introduction du soft met tout de suite les choses au point : un camion transportant des « soldats » que je qualifierai non sans réflexion d’irradiés, déboule à allure sur les chemins boueux sous une pluie torrentielle, avant de finalement se faire heurter par la foudre, envoyant ainsi le « chargement » sur le bas-côté et tuant par là même le chauffeur su camion. Parmi les cadavres gisant ça et là, vous êtes récupérés (oui, vous) par un type répondant au doux nom de Sidorovich. Un comité d’accueil bien peu emballant, qui vous laisse perplexe étant donné que vous êtes sous le coup d’une amnésie profonde, avec comme seuls indices un tatouage sur votre bras : S.T.AL.K.E.R ; ainsi qu’un ordre de mission sur votre journal de bord informatisé communément appelé « PDA » par les gens civilisés. Il vous faut tuer Strelok ! Mais vous ne savez pas de qui il s’agit…

Nous voilà donc parti à l’aventure dans la « Zone », vaste espace de plus de 30km² (je n’ai pas fait de mesures personnelles, mais au vu de la liberté de déplacement et du temps passé à gambader, je veux bien croire les développeurs à propos de cette info), à la recherche dans un premier temps de vos souvenirs. Et ça tombe bien, car votre nouvel ami Sidorovich a des informations à vous communiquer…en échange de petits services. Ainsi, la mécanique du jeu s’apparente un peu à un jeu de rôle : pour obtenir des infos, il vous faut discuter avec les autres S.T.AL.K.E.R., des chasseurs de trésors fouillant la zone à leurs risques et périls, tant le niveau de radiation s’est accru avec la second explosion de la centrale en 2006 (et oui, z’êtes pas au courant ? Encore un secret d’état !), le soft prenant place en 2012. Ces chasseurs de trésors réagiront différemment selon votre attitude envers eux. Autant dire que leur coller une balle dans la tête n’est pas le meilleur moyen pour faire ami-ami.

La carte aux trésors

Comme dans tout bon bordel qui se respecte, c’est l’appât du gain qui attire tous ces explorateurs plus ou moins chevronnés. Le niveau de radiation dû à la seconde explosion de la centrale a généré des « anomalies », terme peu barbare qui désigne des choses surnaturelles, qui n’ont d’intérêt pour l’homme que grâce aux artefacts qu’ils produisent. Ceux-ci ont en effet des propriétés assez hors du commun, et comme tout ce qui est rare est cher, les anomalies se revendent à des prix fort élevés. Voilà donc le petit marché qui prend place dans la « Zone », point de carottes, points de navets, mais des artefacts, c’est tout, et c’est déjà pas mal.

Pour le cheminement du soft, vous pouvez choisir comme dans un JDR de suivre uniquement la trame principale, qui dévoile petit à petit les divers hauts lieux de la « Zone », ou bien laisser en stand-by quelque peu le scénar’ pour réaliser diverses quêtes annexes proposée par les membres influents de chaque camp. Bon, cela reste du très basique : de la recherche d’objets, des assassinats ciblés et tout le tralala ; rien d’extraordinaire et pas d’influence sur la trame principale, mais mine de rien tout cela accroît un tantinet la durée de vie du jeu, sans parler ici de level-up artificiel.

L’on remarquera l’altération des capacités physiques de votre personnage lorsque son barda se révèle trop lourd (à partir de 50 kg). Ainsi, il faudra souvent faire des choix cruciaux avant d’avancer : conserver ce gros gun avec peu de munitions et laisser de côté ces bandages, ou bien la jouer sécurité et récupérer ces médikits tous frais ? Evidemment, du déjà-vu, mais un peu de finesse tout de même dans ce monde de brutes, loin des FPS « mitrailleurs », où les trousses de soin servent plus à réanimer les vaches victimes des bombardements qu’à vous soigner.

Le plus sympa du soft réside en fait dans l’utilisation des fameux artefacts récupérés ça et là. Ceux-ci sont à placer directement en votre moi intérieur (sous votre peau, quoi), et ont des effets notoires assez différents : accroissement de la régénération de vie, résistance à certains types d’attaques etc. Mais parfois ceci à un prix, tel que celui d’un niveau de radiation plus important. Et oui sombres fous, vous pensiez peut-être vous balader dans la zone comme dans les verts pâturages de votre enfance ? Que nenni ! Il faudra prendre en compte régulièrement votre niveau d’irradiation, pour ne pas rendre l’âme de manière inopinée. Bien sûr, certains items spécifiques sont à votre disposition pour faire redescendre votre niveau d’irradiation à remplacer par la traditionnelle vodka lorsque vous êtes à cours de seringues. Mais à user avec parcimonie, sous peine de coma éthylique en pleine zone radioactive. Ce qui serait, avouez-le, fort suspicieux…et ridicule =)

Côté armement, on débute le jeu avec un flingue fort minable et vêtu de loques. Votre chargeur ne fera pas long feu, en tout cas ce fût mon cas étant donné que je me suis fait la main sur deux chiens au comportement bizarroïde juste à côté du camp de base. Et donc, pour la première mission, c’est au couteau que j’ai vaincu (échoué) lamentablement. Mais cela s’arrange assez vite pour finalement retrouver un arsenal conséquent et pour certaines armes fort sympathique, voire jouissif selon le tempérament de chacun. A noter aussi la possibilité d’ajouter divers items (lunettes de visée et autres bidules) permettant d’améliorer de façon notoire l’efficacité de vos armes.

Et de l’efficacité, il va vous en falloir pour venir à bout de vos ennemis, avec une IA bien travaillée. En effet, ce ne sont pas des totos que vous avez en face de vous, mais majoritairement des militaires aguerris qui se planquent, attaquent en groupe, visent foutrement bien et vous en font voir de toutes les couleurs ! Sans compter les abominations que la « Zone » comprend…
Bien évidemment, à vous de la jouer tactique pour surmonter ces épreuves, le mode « bourrin » étant pratiquement banni du soft. Profites de votre capacité à vous accroupir de deux niveaux différents pour vous dissimuler à l’œil aguerri de l’ennemi. Mais pas non plus question de camper sur ses positions, en attendant la fin des hostilités, sous peine de voir débouler de charmantes personnes désireuses de faire explorer à leurs munitions les moindres recoins de votre cervelle.

Une belle Zone

Il aurait été facile pour les développeurs de réaliser une surface de jeu de 30km² graphiquement digne d’un counter-strike premier du nom, avec son lot de textures nocives à la vue. Mais non, chez GSC, on aime le challenge, et tant qu’à sortir un jeu largement à la bourre, autant l’adapter visuellement à ce qui se fait presque de mieux à l’heure actuelle : modélisation des personnages fort sympathiques, éclairage dynamique des objets, gestion du cycle jour/nuit, qui altère les capacités visuelles des ennemis humanoïdes, profondeur d’affichage, taille de la « Zone », variété des environnements (même si cela reste dans l’univers « désolation »). Bref, un beau concentré d’ingrédients permettant de donner vie à cet endroit lugubre et hostile, et ainsi renforcer l’immersion et votre rôle dans tout ce bazar.
Un travail de titan lorsque l’on prend en compte les heures passées à reproduire minutieusement les lieux célèbres de la zone entourant la centrale de Tchernobyl : l’on s’étonne à rester ébahi devant les changements de reliefs, de végétation, voire d’architecture. Du très bon boulot. La bande-son ne restera pas dans les annales, mais joue son rôle de manière efficace. Un bon point en ce qui concerne les dialogues des PNJ entre eux, tout en Ukrainien. On comprend rien, mais côté immersion, difficile de faire mieux.
Seule reproche : le manque d’optimisation du soft pour les config milieu de gamme, qui je l’espère sera réglée avec la version définitive du soft, étant donné que le test a été effectué sur une version review.
Avec la config suivante, j’ai dû passé en éclairage statique des objets et qualité intermédiaire pour jouer de façon fluide et peu bugée :

Athlon 64x2 3800+
1Go de Ram
ATI RadeonX1650 Pro 256 mo


Pas du PC de course mais suffisant pour venir à bout du jeu, mais pas en profiter pleinement. Dommage.

Voilà donc un jeu qui s’est longuement fait désirer, pour finalement sortir un concept peut-être pas révolutionnaire mais rafraîchissant, à côté de la pléthore de FPS divers et peu variés qui pullulent sur PC. Un bon coup de poker pour les ukrainiens de GSC, que l’on tapera cul-nu qu’une seule fois pour l’attente du soft, celui-ci se révélant au final fort plaisant et à la hauteur des attentes de beaucoup. Préparez masques à gaz et seringues désirradiantes (je viens de l’inventer) : la « Zone » vous tend les bras, avec son lot de phénomènes surnaturels.