Un plaisir ténébreux

C'est en 1996 que le comic The Darkness nait de Marc Silvestri, Garth Ennis et David Wohl sous le label Top Cow. Comicbook pas réellement comparable comme les classiques Marvel ou DC où tout un univers démoniaque et fictif se répand au travers de plusieurs séries. Il a quand même fallu 11 ans pour avoir une adaptation en jeu vidéo pourtant peu espéré tant la méconnaissance de la série par rapport aux populaires Spidey & co. Pourtant c'est le cas et c'est développé par les créateurs de l'excellent FPS Riddick. Le succès se poursuit donc t-il ?

Un mafioso du côté obscure...


On est à New-York où règne la mafia sous la direction de Paulie Franchetti. Ce ne devait être qu'un jour banal pour notre héros Jackie Estacado qui devait récupérer une simple somme d'argent. Ca part hélas en sucette et notre jeune héros qui va souffler ses 21 ans le jour même est traqué par les hommes de Paulie... C'est aussi le jour où une entité démoniaque envahi le corps de Jackie et lui confère de nouveaux pouvoirs incroyables... Qui révèle aussi la part d'ombre de Jackie. Il va falloir se venger de ce Paulie qui non seulement veut vous tuer mais ne respecte plus les "traditions" et fait du copinage avec les flics et deal avec les camés, bref le Paulie doit recevoir une correction...

La raison de vivre de l'anti-héros sera de tuer le boss qui s'intensifiera après l'élément déclencheur du scénario. Et la rage, la vengeance et le meurtre sont aussi les raisons de vivre du Darkness, l'entité qui a pris possession de Jackie...

On a là deux univers pourtant bien différents, d'un côté des mafiosos, leur accent, leurs méthodes douteuses toute une culture. Et de l'autre, une création fictive mais excellemment travaillée sur le monde des ténèbres muni d'un design déjà très bon à la base mais bien rapproprié par Starbreeze qui nous offre une bonne incrustation de ce monde surnaturel au milieu de la mafia... Cela donne à Jackie une valeur "supérieur" et "apeurant" auprès de ses ennemis.
Pour retranscrire ces sensation, Starbreeze nous a concocté un travail graphique de très bonne facture jouant évidemment sur l'ombre et la lumière qui est évidemment le point fort visuel du jeu d'un point de vue purement technique. Même si le jeu n'est pas graphiquement une perle, ça reste une très bonne moyenne munie de bons effets obscures qui est en fait la clé du gameplay de ce soft.

La liberté d'être un monstre...

L'obscurité est donc l'élément-clé de ce gameplay, en effet. Le Dakness se nourrit de l'ombre, si vous vous tapissez dans un coin obscure, cela redonnera de l'énergie au Darkness, symbolisé subtilement par la luminosité de sa tête. Ainsi, d'une simple touche vous ferez apparaitre l'entité ténébreuse tentaculaire sortant de votre corps. Si les pouvoirs du Darkness sont au début faiblards (bien que utiles), ils augmenteront au fur et à mesure que vous dévorerez des coeurs... En effet, vous devrez arracher et manger le coeur de vos victimes pour redonner de la puissance au Darkness mais surtout lui augmenter son pouvoir pour en ressortir de nouveaux pouvoirs.

Le Darkness jouera surtout de ses tentacules au début, ainsi vous pourrez dérouler sa tentacule jusqu'où vous voudrez tant qu'il regagne de l'obscurité régulièrement. Ainsi, vous pourrez vous la jouer finement et tuer à coup de mâchoire bien placée vos ennemis sur de longues distances.
Le deuxième pouvoir sera de pouvoir donner des longs coups de tentacules pour empaler ainsi vos ennemis ou pousser des obstacles encombrant.
Puis vous récupérez des pistolets ancestraux envoyant des ondes de choc.
Enfin, le clou du spectacle et ce sera après plusieurs heures de jeu, la création d'un trou noir aspirant tout sur son passage. Jouissif.
Mais les pouvoirs du Darkness ne sont pas seulement individuels. En effet, si vous avez crée suffisamment d'obscurité autour de vous en détruisant les sources lumineuses, des portails apparaitront à certains endroits de la map, vous pourrez ainsi invoquer les Darkslings. Des espèces de petits gobelins des ténèbres complètement tarés à l'humour douteux. Vous en aurez quatre à votre disposition : le massacreur, qui ira tabasser un gars jusque mort s'en suive ; le mitrailleur, armé d'une gaitling il fera des dégâts à distance vous protégeant un peu par la même occasion ; le Kamikaze, qui porte bien son nom se fera sauter la tronche sur vos ennemis ; et le tueur de lumière qui provoquera une surcharge électrique pour faire sauter toutes les sources lumineuses du coin.

Ce qui est intéressant, c'est qu'on a le libre arbitre en ce concerne sa façon de se battre. Si vous êtes du genre, rentre dedans vous irez armé jusqu'au dents et mitraillerez le tout ; vous pouvez aussi vous la jouer fine en utilisant votre tentacule rampante et tuer tout le monde à distance pour déblayer le passage ; vous pouvez aussi vous la jouer total carnage en invoquant à outrance vos darkslings, la liberté du joueur est tout de même assez balèze même s'il serait bête de se priver du Darkness tant le plaisir de contrôle est intense grâce à une puissance des coups de tentacules, ou à cause de la flippante tentacule rampante ou encore à cause des dégâts maximums du trou noir qu'on a pas encore vu en jeu vidéo. Ces attaques surnaturelles déclenchent un gros plaisir auquel il est difficile d'y succomber...

Tout le monde aime le Darkness

C'est très difficile d'y succomber car le soft se joue très bien, la jouabilité est instinctive et tout le système de visée est réglable, que ce soit la sensibilité du joystick, des axes y et x ou même le niveau du lock auto qui peut être très efficace ou couper simplement si vous le souhaitez.
Qui plus est, le jeu se veut très accessible dans la façon d'aborder l'univers, pas besoin d'avoir lu un épisode pour s'y plaire tant les créateurs se sont bien rappropriés les codes originaux de la série. Ce qui est une excellente chose si l'on voulait aussi attirer l'univers démoniaque et celui de la mafia. Car finalement, c'est tout de même ce dernier qui est le plus plaisant tant l'ambiance sonore sicilienne est bien présente avec un doublage anglais d'une excellente facture qui nous plonge carrément dans la famille, dans les codes de ce système et qui du coup renforce le joueur à se plonger carrément dedans.

Si on a évoqué la liberté d'action plus haut, on a aussi une certaine liberté d'exploration puisque vous avez des "missions" de base, certes, mais vous pouvez aussi déclencher des missions facultatives si vous parlez aux gens dans le métro car vous allez en bouffer du métro, il est indispensable pour voyager dans tous les coins où règne les Franchetti. Ainsi, non seulement vous faites ce que voulez mais vous le faites comme vous voulez, c'est aussi un bon moment de régler le rythme du jeu. Etre dans l'action à 100% n'est pas forcément bon, surtout dans un FPS qui se veut en plus totalement fictif et "trippant". On a donc des pauses où l'on aura à discuter, prendre le métro, faire quelques quêtes secondaires pas bien compliqués, tout dépend de votre façon de jouer. La cible de ce soft est très très large, c'est peut être aussi ça qui fait son charme et sa force...

Quelques zones d'ombre

Le jeu se veut donc ouvert en ce qui concerne sa cible de "gamers", car si vous comparez l'aventure de Starbreeze avec les ténors du genre à la Half-Life 2, S.T.A.L.K.E.R. ou même ne serait-ce qu'un Doom 3, il est complètement à la rue...

En effet, avec The Darkness, Starbreeze ne joue pas dans la même court que les FPS PC de puristes où tout est question de level designs fouillés et IA imperfectibles, The Darkness, lui, joue dans le spectaculaire, le fun et la démesure. Et si le jeu est si simple à prendre en main, c'est parce que l'I.A des ennemis est l'équivalant d'une huitre avariée. D'un temps complètement révolu, l'I.A ça se résume en un gars qui ne voit même pas qu'une larve géante à dévoré son pote, ou les gars voient une tentacule et disent "Tu ne peux plus t'échapper Escadato", c'est vrai que c'est normal de se balader avec des tentacules dévoreuses de chair dans le dos...
Au delà de ces exemples, les ennemis ne font qu'être postés au même endroit à attendre que ça passe... C'est très basique et donc très facile avec les pouvoirs du Darkness.
J'ai quand même envie de penser que cet I.A à la rue est presque un choix des développeurs pour étendre le public mais surtout se laisser aller à des fantaisies ténébreuses, chose qu'on aurait peut être tendance à ne pas faire si l'ennemi se révèle être un chieur de première...

On a aussi quelques petits défauts techniques, surtout quand ça s'emballe et que ça tire de partout, on a le Darkness qui n'est pas toujours réactif (en huit clos et cerné par exemple), on pourrait aussi critiquer les déplacements de la tentacule rampante (elle revient souvent décidemment) qui n'est pas foutu de donner un coup de boule pour dégager les cadavres qui bloquent le passage, obligé de les pousser ou de les détourner.
On peut ausi pester par le multi joueur qui n'apporte en fait... bien peu de choses. On ne joue déjà que de simples humains mais en contrepartie on pourra diriger un darksling. M'enfin ça reste très maigre puisqu'on a des modes très classiques, voir trop classique par rapport à ce que nous fait vivre l'aventure solo. On se tape de capture the flag et du deathmatch donc bon... pas terrible surtout que le online a été très mal optimisé. Les connexions d'1Mo peuvent oublier. Si vous êtes en dessous de 4Mo, vous ne jouerez qu'à quatre, et ça monte jusqu'à huit si vous avez plus de 4Mo. Et évidemment, ça va quand même lagger... Nan Starbreeze aurait dû ne mettre que du solo et ce, quelque soit le support. Car, même si une I.A rabaissée pouvait être justifié, en faire des pantins qui tirent, ça reste super limite, surtout qu'avec les pouvoirs que l'on a, ça aurait pu être amusant de traquer les ennemis avec ses tentacules, tapis dans le noir par exemple.

L'équipe aurait pu aussi rallonger la durée de vie car on se fait le jeu dans un classique "quinzaine d'heures" flexible en fonction du joueur. Ceci dit, le jeu est suffisamment plaisant et instinctive pour qu'on aime le refaire assez rapidement. Chose justifiée puisque de nombreux bonus sont à débloquer. On pourra ainsi débloquer des petites vidéos making-of, des artworks et même des comics complets dont évidemment The Darkness n°1 mais aussi l'épisode zero, ainsi que des séries connexes. Bref, niveau bonus c'est élevé et pour les avoir, il faut soit faire des missions secondaires, soit trouver des morceaux de papier sur lequel il y a un n° de tel à appeler, ou encore en effectuant un "exploit", comme par exemple "tuer 20 fois avec la tentacule rampante" ou "tuer 20 ennemis en rapproché", enfin bref plus de 50 exploits à faire.
Ce qui, au final, nous fait pas mal de choses à faire même si ça reste bien moins bandant que le scénario principal.

The Darkness peut se targuer d'être non seulement une bonne adaptation mais aussi un bon jeu où beaucoup de gens s'y retrouveront grâce à un gameplay à la fois libre et "ravageur"...
Le travail d'ambiance y est aussi pour beaucoup avec un design à tomber (pour le mondes des ténèbres), un travail graphique aux effets d'ombre et lumières très beaux mais aussi utiles et enfin un doublage sonore d'une rare justesse, surtout que The Darkness n'est resté qu'un comic et donc sans aucun son. Starbreeze, même s'il s'est laissé à quelques couacs, nous a pondu un jeu qui reprend les bases du jeu vidéo, souvent oublié : interagir fortement avec le virtuel que ce soit via son pad ou via ses sens mais aussi en nous donnant beaucoup de plaisir et d'intenses "joies".