Vengeance et trahisons sous les sunlights du Japon

Sorti le 8 décembre pour le lancement de la dernière console de Nintendo, Red Steel, premier FPS exclusif à la Wii et utilisant les fonctionnalités de cette dernière, a suscité des avis très partagés. Certains l'ont apprécié, mais beaucoup ont vivement critiqué le titre d'Ubi Soft en raison, notamment, de sa jouabilité trop hasardeuse et de son scénario mélangeant habilement Mario Bros et Sexcrimes. Au final, qu'en est-il de ce jeu aussi attendu que blâmé?

Scott voit rouge

Commençons par le héros. Vous incarnez Scott, un jeune américain employé par Sato, un chef Yakuza. Le jeu débute par une petite phase d'«entraînement» (si on peut appeler ça ainsi: vous devez simplement pointer les poissons d'un aquarium avec la Wiimote). Vous êtes en compagnie de Miyu, votre fiancée, mais également fille de Sato, dans un grand hôtel de Los Angeles. Vous vous apprêtez à dîner avec beau-papa lorsqu'une horde de Yakuzas déchaînés s'en prend au caïd et capture sa fille. Mon but n'est pas de spoiler, mais sachez que malgré le classicisme du scénario, les kidnappeurs ont néanmoins une raison suffisamment valable pour en vouloir à Sato, s'en prendre à lui et capturer sa fille. Il ne s'agit pas de Bowser ou de son rejeton enlevant Peach pour pourrir la vie de Mario ou pour un quelconque lien de parenté.
L'introduction passée, vous voilà dans le feu de l'action. Un coup dans une table pour récupérer le gun qu'elle cachait et vous êtes prêt à flinguer à tout va.

What about the gameplay?

C'est maintenant qu'on va se pencher sur ce qui fait l'attrait de Red Steel. Est-ce bien utile de vous dire quoi? Bon allez je vous le dit: la jouabilité (mon Dieu c'est étonnant ça non?)
Premier constat une fois armé: c'est JOUABLE! Et quand je dis jouable, c'est clair et net, le personnage répond bien aux mouvements de Wiimote et on ne se retrouve pas avec son flingue qui fait des rotations à 360 degrés sur l'écran pour finir sa course dans un angle du décor. La Wiimote vous permet de contrôler les mouvements de bras tandis que le Nunchuk gère les déplacements de Scott, mais aussi quelques actions comme ouvrir une porte, changer d'arme, en récupérer une nouvelle (vous pouvez en avoir 2 à la fois), ou même lancer une grenade. En général, un mouvement sec vers le haut ou le bas suffit. C'est tout bête mais ça donne du punch au jeu.

Un système de lock (lui aussi maintes fois critiqué) vous permettra de gagner un peu de confort durant les phases de tir et sera d'une grande aide pour venir à bout de vos ennemis. Au bout de quelques heures de jeu, tel le ninja en herbe que vous êtes, il vous sera possible, via ce système, de contrôler le temps et de faire un véritable carnage sur vos ennemis. Et c'est là que ça devient bon! Je m'explique. Vous tombez sur un groupe de Yakuzas prêts à vous faire la peau. Ils sont nombreux, et malgré la régénération automatique (il vous suffit de rester quelques secondes à couvert pour récupérer votre santé, vous avez aussi des armures de protection), vous aurez du mal à en venir à bout. Au milieu d'eux, un homme marqué d'un cercle au-dessus de la tête: c'est leur chef. Grâce au système de focus temporel, vous visez ce petit malin avec la touche A, une pression de la touche C du Nunchuk, et tel un prince de Perse, vous parvenez à arrêter le temps. Profitez-en pour pointer votre gun sur l'arme du leader, pressez B, relâchez la touche A pour sortir du focus et là... votre adversaire se tient les mains en l'air devant vous. Et grâce à leur obéissance aveugle, c'est tout le groupe que vous tenez en joue. Un simple mouvement de Wiimote et toute la bande pose ses armes à terre, ce qui a pour conséquence de vous épargner bien des soucis et de vous faire remporter des points de respect.
A ce niveau-là Ubi a fait un boulot remarquable et shooter avec fureur, mais toutefois avec classe, est un plaisir incontestable que peu de FPS consoles peuvent se vanter d'avoir à l'heure actuelle. Et ceci, Red Steel le doit grandement aux commandes de la Wii.

Pour les armes, le choix est varié. Bien que sans surprise, la palette laisse au joueur la possibilité de choisir son combo de prédilection et, une fois décidé, de s'en donner à coeur-joie avec. Pistolet, uzi, mitraillette, shotgun, sniper, le panel est vaste, mais le plus jouissif reste à mon goût le magnum (qui, comme le dit fort justement Duncan, donne une impression de puissance maîtrisée).
Vous l'aurez compris, toutes les séquences de tir, riches en action, ne vous laisseront pas sur votre faim, et vous permettront, de par leur nervosité et leur fun, un défoulement qui n'est pas négligeable.

Scott the butcher

Comme vous le savez sans doute, Red Steel n'est pas uniquement constitué de gunfights et, le Katana Giri, leitmotiv du titre, Excalibur des Yakuzas ^^ vous permettra de vous livrer à quelques batailles au sabre venant ponctuer les sulfureuses bastons de l'aventure.
De l'avis des adversaires de Scott, un «gaijin» n'est pas fait pour manier cette lame. Et franchement, on est tenté de leur donner raison... tout du moins sur le début. En effet, et c'est là qu'on se rend compte que le gameplay Wii est encore perfectible sur certains points (pas sur les séquences de tir en tous cas GNIARK!), les affrontements manquent de précision. Tous les mouvements ne sont pas détectés et il faudra apprendre à réfléchir à ses actions pour ne pas se faire découper par ses ennemis car un temps de latence est bel et bien présent. Le nunchuk, utilisé pour parer les coups, vous sera d'une grande utilité car, pour peu que vous commenciez à secouer votre télécommande dans tous les sens, la défaite est assurée. Un temps d'adaptation est donc nécessaire et les quelques combats simples du début ne seront pas de trop pour comprendre le fonctionnement de cette jouabilité assez particulière. Consolez-vous! Vous serez bien pris en charge et on vous apprendra des techniques assez sympas pour venir à bout d'un ennemi récalcitrant. Certes, il faut trouver le moment adéquat pour les placer (au risque, encore une fois, d'être taillé en pièce), mais, une fois maîtrisées, ces quelques enseignements vous laisseront la possibilté de placer des attaques très classes, récompensées, qui plus est, par des points de respect. Respect fort important dans ce Red Steel puisqu'il y a moyen d'augmenter sa popularité en fin de combat en épargnant la vie de votre misérable opposant (ce qui n'est pas toujours facile parce que les «délits de sale gueule» sont légions :P ).
Si les duels au sabre ne sont résolument pas le point fort du soft, ils contribuent néanmoins à apporter une touche de nouveauté, et ce n'est pas du luxe dans un FPS.

Strong as Steel

Pour ce qui est des différents niveaux, il y a le gros pour et le petit contre. Commençons par les graphismes. On trouve de très belles textures, d'autres hideuses, des jeux de lumière impressionnants tentant de nous faire oublier la modélisation des personnages plus que douteuse et l'aliasing démoralisant (hey la Wii n'oublie pas que t'es une fausse 128 bits mais AMELIOREE!!!).

Mais laissons de côté le rendu visuel pour nous pencher sur l'univers en lui-même. Reproche récurant fait à son encontre: il est terriblement kitch. Et bien oui! Mais on s'en fiche car, paradoxalement, il est terriblement bon. Il y a ceux qui aiment et ceux qui déteste, mais personnellement je dois avouer que la progression dans cette ambiance et ces lieux, entrecoupée d'images fixes style Max Payne, m'ont profondément séduit. Si on excepte un parcours un peu trop linéaire, je n'ai aucun reproche à faire à Red Steel sur ce point. On ne nous a jamais promis la lune, juste un environnement urbain / yakuza, c'est ce qu'on a et c'est bien! Il faut aimer c'est sûr, moi j'adore, mais tout est une question de goûts.
Si en plus de cela on rajoute le meilleur moment du jeu, un parc d'attractions où vous serez mis à l'épreuve par un chef de gang à la santé mentale alarmante, faisant même référence à un autre titre d'Ubi, le résultat est très satisfaisant.

I, You, He, Wii

N'oublions pas que la Wii c'est aussi, et avant tout, une console multijoueurs. Ubi Soft semble l'avoir oublié en partie pour Red Steel (enfin au moins il y a un jeu à 4 contrairement à un concurrent direct que je ne citerai pas). Quatre maps vous sont proposées (c'est peu...) où vous pouvez vous livrer à des matchs à mort en solo ou en équipe. Un autre mode vous propose de remplir un objectif précis (trouver le personnage mystère et le défendre ou l'éliminer, dessouder un ennemi avec une arme particulière...). Si vous êtes déjà équipé de 3 Wiimotes et de 3 Nunchuks supplémentaires (3X40€ + 3X20€ = ouch!!!!) pourquoi pas? En gros, c'est un +, mais pas une raison suffisante pour occasionner de nouvelles dépenses.

Quel pied ce Red Steel!!! Malgré quelques éléments perfectibles, le titre d'Ubi Soft arrive à bien casser la baraque. Pas de prise de tête, juste de l'action, du fun, et une grosse satisfaction pour qui s'y donne à fond. Inutile de vous faire un dessin, le plaisir qu'on prend à évoluer parmi les Yakuzas vaut bien un petit détour par la case Wii. En attendant Red Steel 2 qui, espèrons-le corrigera les erreurs de parcours de son aîné, profitez de ce jeu qui a le mérite d'avoir sû s'adapter à l'atypique Wiimote, ce qui est déjà énorme.