Tequila frappé s'il vous plait !

Dès sa première présentation, Stranglehold a séduit... John Woo aux commandes, avec Chow Yun Fat en héros et suite du cultissime Hard Boiled (A toute Epreuve). La présentation avait aussi surpris à l'époque (2006) par sa beauté et ses animations extraordinaires rappelant immédiatement le film... Depuis on le surveille du coin de l'oeil... Et je casse de suite le suspens, on a bien vu.

Le charme du cinéma d'action des 90's. Tout simplement

Un petit retour en arrière pour vous remettre dans le contexte. Strangelhold est la suite de Hard Boiled, réalisé par John Woo en 1992, avec en vedette Chow-Yun Fat. Ce dernier tient le rôle de l'inspecteur Yuen alias "Tequila" pour ses méthodes expéditives et "frappées". Il mène une brigade spéciale pour remettre les gangs de Hong-Kong à leur place et faire baisser la criminalité n'augmentant sans cesse (un Sarkozy efficace quoi). Dans Stranglehold, les gangs se font moins remarqués et ont repris des méthodes plus... discrètes... Mais un gang tueur de flics arrive... Tequila ne s'emmerde pas et va enquêter... Deux flingues à la main et bute les premiers méchants qu'il croise... Et... On va pas dévoiler plus du scénario tant il est léger...

En effet, Hard Boiled et donc Stranglehold ne sont pas là pour que vous jouiez les inthellos à décomposer un scénario de 500 pages, le synopsis est hyper simple quelque soit l'épisode. C'est surtout là pour jouer à fond sur la chorégraphie de fusillades très graphique et rythmée, c'est de la séduction oculaire absolue. Certains diront que c'est totalement gratuit... Et ceux là peuvent vite déguerpir, le jeu ne s'adresse pas à eux, et d'autres diront que c'est du défouloir mâle esthétique... John Woo, lui, décrivait "A tout Epreuve" de la sorte : "J'ai fait ce film à cause de l'augmentation de la violence à Hong Kong. La situation devenait hors de contrôle. Des gens se faisaient tuer dans la rue tous les jours. J'ai donc voulu faire un film positif pour contrebalancer la situation. Pendant la tournage, nous avons poussé les choses un peu plus loin pour montrer que les choses n'allaient pas s'arrêter comme ça, qu'elles allaient progressé dans l'avenir jusqu'à l'étape suivante qui est la guerre."

Quoiqu'il en soit, c'est du John Woo tout craché, c'est aussi très 90's quand les films d'action étaient sans prise de tête avec une réelle recherche esthétique et dynamique et non du matraquage massif à la Michael Bay... Mais du coup, c'est aussi désormais étiqueté "kitsh"... En effet, 50 balles pour tuer un type, un seul homme qui élimine 100 hommes à lui tout seul qui se fait des duels contre 5 types d'un coup... Bref, c'est le "cowboy urbain". Du coup, de nos jours en 2007, il n'est pas certain que ce type de Cinéma soit apprécié... Les plus jeunes y verront peut être (sans doute) une mascarade pas crédible... Les autres, plus vieux qui ont grandi en idolâtrant le Cinéma d'action apprécieront à sa juste valeur ce jeu décalé de la violence qui en la surjouant permet aussi de ne pas se retrouver en face d'une production glauque et morbide...

Ca fait trois paragraphes qu'on parle et qu'on analyse un peu le background et on ne sait même pas de quoi on parle là... Du film ou du jeu ? Les deux, camarade ! Les deux car Midway s'est superbement réapproprié les codes de John Woo (en même temps avec sa participation, ça aide un peu). Stranglehold est tout simplement une réelle suite au film visuellement parlant. Avec son humour foireux du genre "sortir une blagounette en s'échappant d'une explosion" ou l'assurance de Tequila : "Vous aviez raison capitaine, j'ai bien fait d'amener du renfort" montrant alors fièrement ses deux flingues. C'est kitsh mais maitrisé et justifié. Ca ne se prend pas au sérieux et c'est ça la clé. Un jeu de destruction massif à coup de flingue en étant sérieux nous file un bourdon monstre et surtout ça pue le déjà-vu. De nos jours, plus personne n'ose faire un jeu d'action décalé... Il y avait bien le premier Devil May Cry en son temps qui avait choisi un jeu d'action non-sérieux pour se moquer des softs qui se prenaient la tête pour une fiction surréaliste... Mais ce genre d'efforts est rare... Stranglehold poursuit l'univers de John Woo vidéoludiquement parlant en nous montrant que les 90's peuvent être poussé pour aller à contre-courant des background de jeu vidéo actuel se prenant au sérieux. En gros, si vous voulez fighter au flingue en étant émerveillé par des tableaux totalement irréalistes mais prenant au tripes... L'univers vous plaira, même si vous n'avez jamais vu un seul John Woo.

Une réalisation tip-top

Pour mettre en images cet univers riche en effets spéciaux, Midway n'a pas lésiné sur les moyens et le jeu tourne sur le moteur Unreal Engine 3 mais modifié pour les besoins du soft. Tout ça pour nous rendre un rendu graphique tout simplement sublime et crédible. La modélisation des visages des personnages y est excellente avec de bonnes expressions faciales (traduction : avec de bonnes gueules de méchants). Les décors ne sont pas en reste et nous avons d'excellents lieux bourrés de détails destructibles à souhait : bars, docks, musée, etc vous aller saccager absolument tout : de la simple table renversée pour se protéger aux piliers détruits par les mitrailleuses ou à carrément des pans de murs qui s'écroulent, tout ceci est très vivant et tourne sans aucun ralentissements. Nous avons de jolies effets spéciaux aussi, comme la pluie (un des derniers niveaux tout simplement sublime sous une pluie torrentielle), mais aussi les bullet times (inventé par John Woo et non les Wachowski hein) qui sont marqué par un effet rougeâtre avec beaucoup de bruit assez intéressant. On pourra pointer du doigt certains effets exagérés comme les carrosseries de voitures par exemples, trop "dessinés" et non des effets de lumières, ainsi que quelques bugs de collision sans être bien méchant. Bref, d'un point de vue purement graphique c'est très réussi et ce point est très important pour ce jeu puisqu'il mise énormément sur son esthétisme...

Les animations tiennent aussi une place très importante et la motion-capture a joué un rôle majeur. Les plongeons de Tequila, ses glissements sur les tables, ses sauts aux murs et surtout ses attaques spéciales (on y reviendra) sont tout bonnement classieuses... Voir Tequila recharger brutalement en étant tout ensanglanté ou le voir tirer en tournant à 360° c'est tout bonnement jouissif... Tel le film c'est une maestria visuelle qui procure un plaisir destructeur unique... C'est le style John Woo qui est superbement retranscrit avec évidement une interprétation de Chow Yun Fat identique au long-métrage.
D'un point de vue visuel, c'est clairement une franche réussite !

L'univers est aussi perpétué par la bande son. Pour ce qui est de la bande originale c'est relativement discret car surtout masqué par les fusillades bien retranscrites aussi avec de fortes impacts. Néanmoins les musiques sont très bonnes à des moments-clés qui se veut très rock-electro pour percuter un maximum et si l'expression "rock-electro" vous fait peur, c'est très bien rattaché au jeu. Pour ce qui est des voix, c'est la Voix Française qui est mis en oeuvre puisqu'il n'y a que cela (à moins que je sois totalement aveugle ou que je ne sache pas lire le menu option... Ou peut être ais-je eu la flemmardise de changer la langue de ma console... Et si c'est ce qu'il fallait faire c'est chiant et stupide) mais la voix française est à l'image du background : kitsch. On aime ou pas... Dans ce cas présent, elle est justifiée mais... On aurait aimé la voix hong-kongaise tout de même car mieux collé à l'univers mafia chinoise... Donc un point négative de ce côté.

Scène 3, Prise 1, Action !

Bon, avoir un bon film en JV c'est bien mais bon comme disent les vieux cons : "Un jeu c'est fait pour jouer !!!". Pad en main, Tequila se dirige très bien, vous avez les mêmes automatismes qu'un FPS (ou Max Payne pour mieux coller), vous avancez au joystick gauche et vous visez avec le droit, vous tirez avec votre gâchette droite, plonger avec le gauche, vous planquer avec la tranche gauche et ralentir le temps avec la tranche droite. Un bouton action, un pour changer d'arme et un pour lancer vos grenades et c'tout. C'est très facile à prendre en main nos doigts vont directement sur les touches (bien que l'asymétrie du pad Xbox n'optimise pas réellement l'ergonomie du jeu exclusivement aux gâchettes) et on a qu'à se laisser guider... C'est très simple nan ? Si on reste sur le côté technique de la jouabilité, pointons de suite des petits problèmes de caméra trop proche du joueur à certains moments clés, dans les rares fois où le joueur doit avancer prudemment... Sinon c'est au poil.

Le gameplay du jeu est à l'image du film... Action, action, action, action et encore action. Le soft est divisé en maps en fait qui sont l'équivalent de niveaux que vous enchainez en fonction du scénario. Vous aurez un grand espace pour vous tout seul que vous devrez parcourir (nettoyer) en partant du point A au point B. C'est très basique comme déroulement de jeu et c'est aussi pourquoi il est tout de même assez linéaire, ce qui est un défaut certain mais pas aussi énorme comparé au plaisir qu'il procure... En effet, dans votre terrain de jeu vous allez être amener à utiliser votre environnement pour être efficace contre vos ennemis : vous planquer derrière un pilonne qui se fait démolir, glisser sur les tables pour tout buter, glisser sur une rambarde, s'accrocher à un fil descendant, plonger, sauter sur les murs, tout ceci sera indispensable si 1-vous voulez gagner et 2-si vous voulez avoir du style. Car des étoiles de style vous seront attribuées en fonction de vos combos (nombre de tués et avec quelle façon) et ces étoiles contribueront à augmenter votre classement de fin de niveaux (les classiques S, A, B, C) mais aussi à glaner des bombes Tequila.

Bombe Tequila est juste une appellation pour désigner les coups spéciaux déclenchés avec les quatre directions de la croix directionnelle. Ainsi, vous pourrez reprendre un peu d'énergie pendant le combat, puis petit à petit vous aurez le headshot qui vous permettra de ralentir le temps et de zoomer fortement vers vos cibles pour leur balancer un bon headshot d'une balle déclenchant une cinématique mettant en avant l'agonie de votre assaillant ensanglanté (ah oui c'est sanglant comme jeu...). Puis viendra, une espèce de furie qui vous rendra invulnérable avec balles illimitées pour un temps défini pour dégommer massivement une embuscade d'ennemis, la scène est marqué par un Tequila qui s'énerve en rechargeant massivement son arme près à l'attaque... Enfin le dernier est le tir tourbillon qui enclenche une cut-scène avec notre héros qui tire en effectuant un 360° tuant ainsi tous les ennemis aux alentours...
Midway a bien joué le coup avec ses techniques car on ne peut pas les utiliser abondamment jusqu'à s'en dégouter puisque cela vous coûte une barre spéciale. Donc pour le coup, vous verrez ces scènes 10 ? 20 ? 30 fois ? Ca fonctionnera toujours. Une exellente chose qui ne coupe pas le jeu. Mieux, ça le dynamise tout en lui insufflant une énergie spectaculaire.
Enfin, terminons sur un dernier élément qui bouge un déroulement de jeu simpliste à la base. L'agent Tequila se retrouvera plus d'une fois en joue par plusieurs types... S'enclenchera alors un duel au ralenti où vous devrez viser vos ennemis tout en esquivant les balles... Pfff je crois que la seule description de ce genre de scène se suffit à elle-même... C'est pas crédible mais on s'en tape c'est tellement puissant et esthétiquement flatteur.

Les p'tits hic qui font que


Le soft est clairement encensé jusque ici mais cependant il y a quelques accros qui l'empêchent d'être réellement au top. Mentionné plus haut le jeu est tout de même assez linéaire. Même s'il est dans l'esprit de film de jouer uniquement sur les fusillades, on aurait aimer plus d'objectifs différents par exemple comme heuuu poursuivre un type dans tout Hong-Kong en utilisant le décors comme terrain de jeu tout en évitant les pièges ennemis, ou encore un duel avec otage par exemple. Il y avait matière à dynamiser le gameplay tout en gardant son intensité car finalement... Ok la chorégraphie y est exellente, c'est jouissif etc mais on ne peut pas s'empêcher de remarquer qu'on ne fait qu'avancer pour tout buter... Ce qui est très réducteur.
De plus, cette linéarité n'arrange pas la faible durée de vie, six heures environ. Six heures qui du coup passent vite et baclé par une fin... Très expéditive. Midway aurait dû jouer le coup jusqu'au bout car bon se taper autant de tueries pour une cinématique de 30 secondes et un générique de plan fixes du staff sans un travail cinématographique pour clore le tout... Ca sent l'achèvement rapidos pour les plannings, c'est dommage.
Enfin, le mode Multi est intéressant mais n'apporte rien au mode au solo, c'est tout au plus une séance de tuerie pour rallonger d'une heure maxi le plaisir du jeu... Mais à l'instar du héros, Stranglehold se vit en solitaire armé jusqu'aux dents. Le multi online est donc facultatif. Pas de multi, un solo maitrisé jusqu'au bout et peut être un poil plus poussé et on avait THE perle.

Midway a nettement réussi son pari d'adapter Hard Boiled via sa suite vidéoludique et c'était un pari osé mais clairement assuré. Le jeu reprend bien l'univers du film, ses codes visuels, les mimiques du héros, des dialogues décalés tout en offrant une expérience de jeu rarement aussi explosif. Explosif car le jeu ne se prend pas au sérieux et c'est un point fort dans ce milieu. A moins de prendre au sérieux un univers qui ne l'est pas, Stranglehold a tous les ingrédients pour plaire aux amateurs d'action malgré ses quelques défauts de fond. Bref, une valeur sure qui en plus a une aura bien particulière...