Silence de mort pour une saga pleine de bruit

Si Resident Evil n'est pas le pionnier en matière de Survival Horror, il restera le jeu qui a ouvert au grand public ce genre si particulier. Adapté sur Saturn, PC, PlayStation 1, 2 et 3, Nintendo 64, Game Boy, GameCube, Dreamcast, Wii et XBox 360 (et même téléphone portable), le bébé de Capcom, inspiré de la série Sweet Home (parue uniquement au Japon sur Famicom dans la fin des années 80) est passé sur pratiquement tout ce qui pouvait lire des jeux vidéo. Fort de son succès, ses créateurs décident en 2006 de fêter ses 10 ans en lui offrant son billet d'entrée sur Nintendo DS.

Retour sur un classique

Miyamoto l'avait dit lui-même au moment de l'achat de l'exclusivité: à sa sortie en 1996, Resident Evil lui avait paru bizarre mais il ne doutait néanmoins pas de son succès. Etant donné la renommée de la saga aujourd'hui, cette réflexion peut paraître un peu facile, mais qu'importe. La voie Resident Evil est ouverte aux joueurs Nintendo à qui elle avait été si longtemps fermée (hormis un épisode outrageusement rare sur N64).
L'histoire commence en juillet 1998 (un mois dont les français n'oublieront jamais le 12ème jour). Au cœur des montagnes Arklay, dans la ville de Racoon City, de mystérieuses disparitions ont eu lieu. Des familles entières ont été dévorées par des groupes d'une dizaine d'individus. L'équipe Bravo, envoyée sur place, n'a plus donné signe de vie. Une deuxième équipe, baptisée Alpha est dépêchée pour élucider le mystère et retrouver les membres de la première expédition. Pour cette édition DS, Capcom a choisi de conserver la cinématique originale que tout le monde connait, et qui a fortement marqué les esprits tant elle était kitch. La suite de l'aventure vous permettra de (re) découvrir la cause de ces drames et d'en apprendre de biens bonnes sur votre ennemi juré, Umbrella Corporation (concurrent direct des laboratoires Boiron dans le domaine de l'homéopathie), une entreprise pharmaceutique à l'origine de la création d'un virus mortel ayant contaminé la population locale. Comme dans la version d'origine, vous aurez le choix de contrôler Jill ou Chris, sachant que l'aventure sera beaucoup plus difficile avec ce dernier et que vous ne serez pas gâté au niveau des armes et munitions. Petite différence: vous aurez le choix entre un mode "classique" (copie conforme de la version originale) et un mode "renaissance" qui tentera tant bien que mal d'exploiter les fonctionnalités tactiles de la DS.

10 ans dans la gueule

Et oui c'est un constat indéniable. Resident Evil est un vieux jeu. Non pas que Capcom ait fait du mauvais boulot, mais même si les graphismes sont globalement de bonne qualité pour de la DS, l'esthétique globale a pris un sacré coup dans la gueule. Si le jeu passait bien à l'époque, la donne a changé et Resident Evil Deadly Silence conserve jusqu'au bout ce look "milieu années 90" avec un peu de bonne 2D, un peu de mauvaise 3D, révolutionnaire à l'époque, désuete aujourd'hui.
Niveau gameplay, le résultat n'est pas tellement différent, et après avoir joué à Resident Evil 4, le constat n'en est que pire. Les personnages sont raides comme des bâtes de baseball et la jouabilité n'a pas bougé d'un pouce hormis (deo gracias) pour les demi-tours directs qui seront possibles en pressant simultanément la touche "annuler" et la croix directionnelle vers le bas et le rechargement de l'arme sans passer par le menu. Essayez seulement de vous faire grignoter par un zombi et vous allez en baver pour parvenir à survivre. Car si dans la plupart des épisodes le personnages repousse le groupe d'assaillants d'un mouvement de bras, dans celui-ci, la démarche ne sera pas suffisante pour parvenir à survivre. Vous devrez alors recommencer la partie depuis votre dernier point de sauvegarde, la bonne vieille machine à écrire. Etant donné le nombre limité de rubans encreurs disponibles, inutile de vous dire que ce sera parfois des parties entières de jeu à recommencer qui vous attendront. L'avantage dans ce point négatif, c'est qu'on se fait rarement avoir deux fois au même piège et qu'il sera assez aisé de revenir à l'endroit ou jadis vous aviez péri.
Pour ce qui est des objets, le potentiel énervant du titre est remarquable. Votre inventaire est très restreint et vous finirez par connaitre les couloirs par cœur à force de faire les allers et venus pour vous décharger dans les coffres de rangement (heureusement qu'il y a la carte). Comme à l'époque les objets spéciaux occupaient leur petite place dans votre mallette (Resident Evil 4 aura vraiment changé les choses), c'est un bon nombre d'accessoires dont vous ne saurez pas toujours quoi faire qui vous accompagnera et vous encombrera tout le long de l'aventure.
Des détails évidemment, mais malheureusement assez peu encourageants qui vaudront à Resident Evil la "palme des jeux réadaptés ayant le plus mal vieilli".

Le mode Renaissance

A l'annonce de l'utilisation des fonctionnalités spécifiques à la DS, on était tout excités. Mais alors c'était vraiment pour tomber de haut! Le micro ne trouve d'intérêt que deux à trois fois dans la partie. Quant à l'écran tactile, il n'est utilisé que pour deux types d'action: des phases de shoot, jouables exclusivement au couteau et sur place, et absolument dénuées d'intérêt si ce n'est celui de récupérer quelques maigres objets, et les énigmes. Ces dernières, sans être révolutionnaires, sont néanmoins sympathiques et permettront d'apporter un peu de calme après de longues déambulations dans des couloirs infestés de zombis.
A noter que Capcom a cru bon d'intégrer un mode "Master of Knifing" jouable au couteau et à la première personne qui ne se révèle guère plus intéressant que les séquences déjà présentes dans le mode aventure, si ce n'est qu'il apporte un peu d'action.

Mode multijoueurs

Resident Evil Deadly Silence propose un multi à quatre cartouches. Encore une fois, l'innovation se fait attendre, mais vous pourrez profiter de quelques parties à plusieurs. Le tout consiste à fragger du monstre pour renflouer vos scores et gagner la partie. Si vos potes ont le jeu, c'est pas plus mal, mais on ne se souviendra pas du titre pour ses parties quatre joueurs.

Resident Evil est-il toujours synonyme de qualité?

Avec ce que je viens de vous dire, vous pourrez toujours vous demander pourquoi la note finale est si élevée (si tant est que vous l'ayez lue). Tout simplement parce que malgré les années, le soft reste toujours aussi délectable. Et c'est ce qui fait toute la force de ce premier épisode. En dépit de son âge Resident Evil conserve une ambiance absolument magique. Opressant, étouffant, particulièrement sadique, ce volet contient tout ce qu'il faut pour vous accrocher pendant 7-8 heures de jeu. La plupart des joueurs connaissent déjà l'histoire mais les mystères de l'aventure, le plaisir qu'on prend à résoudre les énigmes et à progresser au milieu de cette atmosphère envoutante, la musique, les ennemis, originaux pour l'époque, et les quelques boss, désormais mythiques, sauveront ce titre du haut de sa dizaine d'années. Détail purement subjectif, mais la présence du fourbe Albert Wesker, qui reste pour moi le personnage le plus charismatique de la série (je sais c'est étonnant) apporte beaucoup. Voila, il fallait se pencher sur ce qui, à l'heure actuelle est le plus intéressant, à savoir ce qu' "apporte" cette version DS, mais, en fan de Resident Evil, il fallait rappeler ce qu'est vraiment ce jeu: un titre mythique qui restera une petite bombe atomique.

De l'eau a coulé sous les ponts depuis la sortie de ce Resident Evil en 1996. La version DS n'aura pas eu l'impact de l'épisode Rebirth sorti sur Game Cube, mais quel bonheur de retrouver l'atmosphère envoutante qui conféra à cette œuvre le titre de grand parmi les grands. Libre à vous de choisir de vous jeter ou non sur la cartouche, mais si comme moi vous êtes fan, ou si vous ne connaissez pas le fin mot de l'histoire,je vous le conseille fortement.