Histoire d'un Wiimake réussi

Sorti sur GameCube depuis mars 2005, Resident Evil 4 devait à la base être une exclusivité Nintendo. Capcom n'aura pas appliqué longtemps la règle qui ne concerne réellement que l'épisode Zero de la saga, et, comme ses prédécesseurs, ce quatrième opus est passé faire un petit bonjour à Sony et au PC. Profit oblige, le 29 juin débarque une nouvelle édition utilisant les possibilités de la désormais célèbre Wiimote.

Synopsis

Après une courte carrière dans la police de Raccoon City, ce bled paumé des montagnes Arklay, théâtre des horreurs de Resident Evil 1, 2 et 3, Leon Scott Kennedy est désormais agent du gouvernement américain. Après un bref résumé des catastrophes précédemment survenues et un petit topo sur l'histoire de Umbrella (qu'on ne présente plus), vous voici dans le vif du sujet. La fille du président, Ashley Graham est retenue en otage par une secte dans un coin désertique d'Europe de l'Est. Votre mission du jour n'est ni plus ni moins que d'aller la récupérer. Vous pénétrez à l'intérieur d'une maison isolée dans la forêt pour demander un renseignement à un autochtone. Celui-ci ne se révèle guère coopérant. L'action est lancée.

Mot d'ordre du jour

Action! Si les précédents volets misaient tout leur potentiel sur l'ambiance et le sentiment d'angoisse (avec une petite réserve pour le 3 qui, malgré ses qualités et notamment le génial Nemesis reste à mes yeux le volet le moins convaincant de la série), Resident Evil 4 s'oriente quant à lui vers un schéma nettement plus dynamique.
Premier point: fin des plans fixes en 2D ou de la semi-3D type Code Veronica. Ici, toute l'aventure se déroule avec la caméra dans le dos de votre héros. La touche B de la Wiimote active le pointeur et la touche A permet à Leon de shooter un adversaire. Très bien pensée, la jouablité Wii permet de renforcer le sentiment d'immersion déjà présent dans les versions GameCube, PS2 et PC (qui n'est pas si mauvaise que ça désolé) et apporte un gros plus à un jeu qui ne manquait déjà pas de qualité.
Ensuite, parlons des fameux "Quick Time Event". Que ce soit en pleine exploration, lors d'un combat contre un boss ou même pendant une cinématique (MGS serait-il passé par là?), il vous sera parfois demandé de presser certaines touches ou d'agiter votre Wiimote pour sauver votre peau. Krauser, qui n'est malheureusement qu'une goutte d'eau dans le scénario, vous offrira néanmoins l'opportunité d'une des scènes les plus intenses de l'aventure ou votre vivacité sera mise à l'épreuve si vous ne voulez pas finir en charpie. Séquence qui, malgré sa qualité, ne vous fera pas oublier quelques passages exceptionnels, tel ce moment où vous affronterez un monstre aveugle (je n'en dit pas plus pour éviter de spoiler) ou encore cet autre qui révèlera toute l'utilité de votre fusil à lunette...
Avec ce quatrième opus Resident Evil perd en scénario ce qu'il gagne en gameplay. La jouabilité de base déjà infiniment améliorée (qui aurait cru que des personnages si raides dans le premier épisode pourraient aujourd'hui sauter des barrières, faire tomber des échelles pour repousser leurs assaillants, ou encore coopérer pour se sortir de certaines impasses) se retrouve ici optimisée pour faire de l'édition Wii la référence actuelle en matière de Survival Horror.
Pour terminer ce paragraphe, ajoutons à cela le large panel d'armes proposées par le marchand à qui vous pourrez vendre tout et n'importe quoi afin de renflouer vos fonds et de renouveler votre artillerie.

Quand y en a plus, y en a encore

Que serait cette version Wii si elle n'avait pas conservé les bonus des précédentes?
Commençons par le mode "Separate Ways", le plus intéressant de tous. Si niveau scénario, la claque se fait encore attendre, cette partie de l'aventure où vous incarnez la belle Ada Wong armé de son grappin, est véritablement un jeu dans le jeu. C'est près de 5 nouvelles heures de jeu qui vous attendent dans lesquelles vous apprenez comment Ada a aidé Leon au cours de son périple.
"Assignment Ada" est une mission dans laquelle il faudra récupérer 5 échantillons pour le compte de votre bien-aimé patron. Assez court, ce bonus néanmoins très bien pensé vous offrira une bonne dose d'action et un superbe combat de clôture.
Quant au mode "Mercenaires", présent depuis longtemps dans la série, il propose de fragger du monstre pour débloquer de nouveaux personnages.
Autant d'ajouts qui ne vous feront pas regretter votre achat en terme de durée de vie.

En dépit des lacunes scénaristiques

Tous les joueurs l'auront constaté et ce n'est pas d'hier: l'histoire de Resident Evil 4 ne casse pas 3 pattes à un Ganado... Néanmoins, si on se base sur la mise en scène à proprement parler, il y a quand même du bon à savoir la corrélation entre les chemins respectifs d'Ada et de Leon (clarifiés par le mode "Separate Ways") et le fait que Capcom ait choisi pour ce soft les personnages les plus charismatiques de la saga: Leon et Ada du génialissime Resident Evil 2 (pour moi le meilleur épisode de la PlayStation) et le fourbe mais néanmoins fascinant Albert Wesker.

Quelques incohérences

Ce chapitre n'a peut-être pas réellement lieu d'être mais je trouvais amusant de souligner quelques points un peu bizarres de ce Resident Evil 4.
Le jeu se déroule en Europe Centrale... et pourtant dès que vos ennemis s'adressent à vous, force est de reconnaître qu'on a plus l'impression d'avoir affaire à des espagnols...
Les herbes (vertes, rouges, jaunes), vous permettant notamment de vous régénérer ou d'augmenter votre barre de vie, ne poussent, si mes souvenirs sont bons, que dans les montagnes Arklay (si si maintenant j'en suis sûr, c'est même marqué dans un document qu'on trouve dans le premier Resident Evil). Donc ces herbes ont sans doute été importées. Dans ce cas-là, c'est bête d'avoir conservé le Pesetas comme monnaie et de ne pas être passé à l'Euro, ça aurait facilité les importations... Allez je titille, passons au verdict.

Oubliez le dernier paragraphe, il n'avait d'autre but que d'apporter une petite touche d'humour. Capcom a réussi à prouver qu'un Wiimake pouvait être aussi bon qu'un original, voire même meilleur. Cette "Wii Edition" surpasse ses prédécesseurs et offre aux joueurs Wii le must des jeux d'action de ces dernières années. Même avec un scénario un peu faiblard, Resident Evil 4 n'a pas pris une ride et parvient à atteindre son but en nous faisant passer des moments de pur bonheur vidéoludique sur Wii. Vous possédez la version GameCube ? J'aurais quand même du mal à ne pas vous conseiller ce titre, ne serait-ce que pour sa nouvelle façon de jouer et le génial mode "Separate Ways". En attendant Resident Evil 5, il reste la référence et risque d'être difficile à surpasser avant longtemps.