Quand la Normandie s’éprend de ses racines (et arrache des membres)

Viking. Voilà un mot qui résonne dans la tête tout individu normalement constitué comme un appel à l’action, au voyage, à la découverte et à la descente de milliers de litrons de bière. Graaaah !
Affublés de tous les maux possibles par les têtes pensantes de l’époque, accusés de pillages, barbarie et autres saccages en tout genre, tout en mettant de côté le caractère bienfaisant de leur présence sur les territoires conquis, les Vikings représentent aux yeux de beaucoup de valeureux guerriers, puissants et organisés. Mais fermons cette page d’histoire pour s’intéresser au projet de The Creative Assembly, bien connue du monde PC pour la série Total War, mais aussi pour une incursion sur consoles avec Spartan Total Warrior, beat’em all très bien fichu et toujours d’actualité.
Sega a donc confié au studio la production de ce soft essentiellement orienté action, sous fond de mythologie Nordique, mettant en scène le champion des Dieux locaux : Skarin. Que les insatisfaits aillent se faire voir chez les Grecs, non mais !

Il faut une histoire. Tavernier, une histoire !

Le scénar de Viking : Battle for Asgard tiens sur un ticket de métro : Freya, la déesse de l’amour, de la fertilité et, accessoirement, de la guerre, apparaît à un jeune guerrier Viking vaincu sur le champ de bataille afin de l’élire comme champion. Pour qui-pourquoi, ça ce n’est pas dit, mais il en fallait bien un. En effet, dans le même temps, Hel, la fille de Loki, enfermée dans l’Outre-Monde après avoir comploté avec son père contre Odin, prend une revanche sanglante sur les terres de Midgard, en dévastant le royaume de fond en comble grâce aux forces de la Légion, anciens guerriers Vikings n’ayant plus grand-chose d’humain.
Bref, à l’aube d’un Ragnarok certain, ceci étant le but avoué de Hel, il va vous falloir rallier le peuple Viking sous votre bannière, libérer vos frères emprisonnés, et mettre une sévère déculottée aux forces de Hel pour libérer Midgard, avec la bénédiction de Freya, dont la haine envers Hel vous fera vous poser des questions sur le bienfait de votre quête.
Bref, une belle pagaille qu’il faudra régler à coups d’épée, de hache, de pouvoirs des runes et de soutien d’alliés prestigieux.
Prêts pour l’aventure, guerriers ?

Trois îles, trois aventures…similaires.

Viking se décompose en trois îles principales, qu’il faudra successivement libérer du joug de la Légion. Pour ce faire, des quêtes vous permettront de libérer divers campements vikings, ralliant à votre cause les guerriers présents, parfois bien difficiles en ces temps de guerres, ceci vous demandant de remplir d’autres objectifs pour vous apporter leur aide. Un schéma simple de quête principale => quête annexe => ralliement des guerriers. Chaque île comprend une base ennemie principale que Skarin, malgré sa force colossale (on dit qu’il a déjà battu Odin aux échecs), ne pourra conquérir seulement avec sa bite et son couteau. Ainsi, une fois un nombre précis de camps Vikings libérés, et quelques quêtes annexes remplies (urnes permettant l’invocation de dragons récupérées, tours de guet prises…), il sera temps de plier campement et se déployer aux abords de la citadelle ennemie, pour des batailles d’envergure impressionnantes de par leur ampleur. Une sorte de récompense pour le joueur après avoir bravé en solo les forces de la Légion afin de réunir une armée assez puissante pour marcher sur l’ennemi.
Les quêtes annexes peuvent être réalisées dans n’importe quel ordre la plupart du temps, tout en sachant que la réalisation de certaines d’entre elles permettent d’en débloquer d’autres, faisant ainsi avancer le schmilblick doucement mais sûrement.

With Oden On Our Side

La palette de coups de notre héros est basée sur les boutons Carré et Croix (pour la version PS3, j’entends). Au tout début du soft, il y a une phénomène de frustration immense qui se met en place : on nous a menti ! On ne peut pas enchaîner les coups comme dans les vidéos ! C’est trop injuste ! Du calme l’ami, avance un peu dans l’histoire, ramasse de l’or disséminé à droite à gauche sur les différentes îles, et rend-toi à l’arène de duel : un vieux briscard du Walhalla t’apprendra de nouveaux combos destructeurs.

Ceux-ci sont réalisables en combinant pour la plupart la gachette L1 et les boutons de frappe, et se servent d’une sorte de mana représentée par des runes rondes (on va dire), se remplissant en enchaînant les frappes de base, c'est-à-dire très rapidement mouahaha ! Ainsi, on commence à charcuter un vil gredin tout moche, puis on commence à le taper un poil plus fort un joli combo qui, selon l’envie et le besoin, explosera son bouclier, l’assomera, ou, s’il est déjà bien amoché, le taillera en deux au niveau du buste, lui arrachera les deux bras, ou bien le décapitera sans sommation. Rigolo.

L’intérêt de ces combos est qu’il ne sont pas trop difficiles à placer, et surtout qu’ils s’appliquent à des situations bien distinctes : une frappe franche à l’épée de face sur un ennemi muni d’un bouclier, même si elle est puissante, ne servira pas à grand-chose. A contrario, un saut avec une retombée Hache+Epée lui fera visiter la Harem de Thor de manière assez radicale, et c’est là que l’aspect jouissif intervient : les petites frappes se prennent des coups de base dans la tronche, le berseker arrive tout fier de sa nouvelle épée, on change de cible en profitant de la jauge de combo en lui assénant un de ces revers de la hache, il fait trois tours dans ses godasses, pleure sa maman de tout son cœur en priant pour qu’on l’épargne, et nous, faisant marcher le code de la chevalerie, nous en faisons un homme-tronc qui pourra faire la quête sur la place du marché locale. Et oui, le code de chevalerie, les Vikings ne connaissent pas trop… Il faut en retenir que les coups s’enchaînent rapidement, Skarin a à peine fini de décapiter un ennemi qu’il est déjà en train de s’occuper des moignons d’un autre. L’ensemble donne un aspect râgeur et furieux lors des combats, que les gerbes de sang et les os apparents des victimes ne font qu’amplifier. On ne leur casse pas la gueule, on leur éclate !

La force brute du guerrier Viking est amplifiée lorsque vous utilisez des runes. Achetées chez le marchand, elles renforcent les attaques de Skarin et de tous les alliés alentours. Leur activation requiert de la mana, acquise en récupérant les orbes virevoltantes laissées par vos victimes (comme dans DMC, comme dans GoW, du classique, quoi). Il existe une rune de feu, une de glace et une de foudre. Personnellement, l’effet de la rune de feu me paraît la plus probante, celle-ci embrasant les ennemis à chaque frappe.
Vous pouvez également acheter des armes de jet au marchand : des haches, des potions explosives, ancêtres des biens connus cocktails Molotov j’imagine, et également équiper des potions de soins, bien évidemment.

Venons-en maintenant au cœur du sujet : les graaaandes batailles du jeu. Vos troupes se déploient aux abords de la citadelle ennemie, les ennemis se déploient aux abords de leur citadelle (logique), puis vous menez l’assaut, au milieu de vos hommes, pour une course épique qui n’est pas sans rappeler quelques scènes de films.
Les guerriers s’amassent, les lames s’entrechoquent, les boucliers se brisent : du grand spectacle ! Les forces ennemies, tous comme les vôtres, sont alimentées en guerriers par des chamans, qui les invoquent indéfiniment. Oui, vous ne rêvez pas : vous vous êtes cassé la tête à libérer des Vikings pendant plusieurs heures pour faire une grande armée, et une simple donzelle en pond soixante à la minute sans rechigner ! M’enfin !

Vous comprendrez donc que ces chamans sont la clé de la bataille et ce sont eux qu’il faudra vaincre pour s’assurer la victoire. Pour ce faire, deux solutions : y aller en solo en tentant de fracasser le chaman malheureusement rigoureusement entouré de soldats de la Légion (Viking version), ou alors récupérer des runes de dragons sur le champ de bataille en tuant des boss. Ceux-ci sont faciles à repérer : ce sont les seules que vos compatriotes craignent réellement, ils sont gros, grands, sale tronche, grande épée et font très mal. Par contre ils sont d’une lenteur affligeante…à vous de gérer les esquives pour en venir à bout facilement.

Une fois un nombre suffisant de runes de dragon récupérées, vous pouvez basculer en mode carte de bataille en appuyant sur Select. De là, vous voyez les cibles disponibles, le coût en runes de dragon (oui, ces bêtes se font « payer » pour vous aider), vous choisissez, ils agissent. Par contre, ne vous attendez pas à voir un bombardement de dragon alors que vous êtes en train de vous battre. Non non non ! Ceux-ci interviennent lors d’une cinématique, fracassent l’ennemi ciblé (en général un chaman, tant qu’à faire), puis continuent leur vol inutile au-dessus du champ de bataille. Très décevant, étant donné chacun espérait avoir une aide active de ces derniers lors de la bataille, et avouez que leurs attaques dans le tumulte de la bataille auraient eu quelque chose d’assez grandiose. Tant pis.

Les grandes batailles sont découpées en zones. A chaque zone conquise (moyennant un certain nombre de chamans ennemis), les alliées se regroupent pour lancer un assaut sur la zone suivante. Au final, vous devez invoquer votre chaman au dernier sanctuaire. Mouais, vider la zone de tous ses ennemis aurait été plus bandant, étant donné que si vous vous débrouillez bien, ces batailles sont rapidement pliées en éliminant les cibles principales d’entrée… Encore une fois : dommage, étant donné que ce joyeux bordel donnerait des envies de massacre à n’importe qui. Pas à chier, la guerre devant sa télé ça a quelque chose de chouette !

Parfois enchanteur, parfois non.

Quand Astérix se rend chez les Bretons, Jolitorax lui explique qu’il y a de la brume que quand il ne pleut pas, et vice-versa. A Midgard, il fait sombre et pluvieux que lorsque les forces de Légion tiennent une zone, sinon c’est ciel bleu et oiseaux siffloteurs. Un contraste rapide qui prend souvent place avec un mètre d’intervalle. Pas trop important mais pas forcément crédible non plus. Pour le reste, la réalisation globale du soft est chouette : verdure, montagnes, cascades et cours d’eau, mer en furie, chara-design, c’est fin et aguicheur, du bon boulot. L’intelligence artificielle ennemie est plus travaillée que dans un Dynasty Warriors, fait important à souligner, et les mouvements des personnages non jouables sont également plus crédibles : on oublie le manche à balai dans le derrière ! Quelques bugs de collision sont à signaler, mais dans l’ensemble, et dans la masse, c’est assez satisfaisant.

Venons-en maintenant aux deux points noirs du jeu, que l’action combinée de Biactol et C’Clean ne parvient pas à masquer.
Premièrement, les grandes batailles. Elle se passent bien, jusqu’au moment où vos troupes se lancent à l’assaut. Là, le framerate prend un ENORME plomb dans l’aile, et l’action globale est extrêmement ralentie. Et ceci est pratiquement constant au niveau des ces immenses joutes. Alors oui, il y a du monde à l’écran, oui c’est rudement bien animé, fougueux et toussa, mais bon sang, quelle est l’utilité si tout cela se passe en version une image par seconde ? Que seraient les batilles d’un Seigneur des Anneaux si Peter Jackson avait opté pour du ralenti ? Tout cela est assez honteux, d’autant plus que sur Xbox 360, ces ralentissements ne sont que peu présents… L’excuse de l’architecture compliquée de la console ne valant plus, après les résultats observés sur un DW 6 par exemple, on attend de Sega la création rapide d’un patch corrigeant ce soucis majeur du jeu, car le prix, lui n’est pas adapté au problème…

Second point noir, l’ambiance sonore du jeu. Si les voix et autres bruitages sont assez convaincants, la musique est elle aux abonnés absents. Des symphonies épiques auraient largement égayées les scènes de bataille par exemple, mais là, non, rien, d’un plat mortel… Navrant.

On pourra aussi pester contre des techniques d’éradication assez simples (placez-vous au bord d’une falaise, faites une aggro d’une quinzaine d’ennemis, et poussez-les en contrebas les uns après les autres en utilisant la garde+charge), mais libre au joueur de les exploiter ou non, bref, de jour le jeu. Quant à la durée de vie du jeu, comptez de 3 à 5 heures pour boucler les quêtes d’une île, pour une aventure qui au final tournera autour de 10H pour les Vikings assoiffés de sang, et une quinzaine d’heures pour les Vikings aventuriers chasseurs de trésors. Correct mais sans plus, à l’image de l’immense majorité des jeux actuellement.

Au final, Viking déçoit sur quelques points importants, tout en proposant une aventure agréable et fraîche. Cependant, les lacunes techniques, amplifiées sur cette version Playstation 3, devraient mettre une coup de pied dans le derrière à ces commanditaires qui ne laissent pas le temps aux équipes de développement de fignoler leurs jeux : de tels ralentissements sur des phases majeurs du soft, ça se remarque, de ce fait Carton Rouge à Sega pour avoir mis le soft en vente dans cet état », alors que des réglages de framerate auraient suffi pour faire de ce titre une réussite. Au final, on se retrouve face à un jeu certes bon, de par sa réalisation graphique et son système de combat, certes accrocheur avec ses multiples quêtes qui, si elles se ressemblent, on une finalité bandante (agrandir son armée), mais un soft non fini. Assez rageant vu le potentiel du jeu…et en espérant une suite, qui comblera les failles de la bataille d’Asgard.