Hell's Highway, l'autoroute de l'enfer de la mort

Développement chaotique, maintes fois repoussé, les frères dans bras : l’autoroute de l’enfer arrive enfin chez nous à une période plutôt bien choisie, faisant suite au désert vidéoludique de l’été et profitant d’une pénurie de jeu de shoots avant les gros mois que sont octobre et novembre en la matière. Mais dites voir messieurs de Gearbox, l’attente valait-elle la peine ou vous vous êtes drôlement bien moqués de nous pendant tout ce temps ? Ou pour aller droit au but le résultat fait-il figure de touchage de nouilles ou de putain de chef d’œuvre ? Voyons-ça de plus près…


De l’Histoire pour une histoire

Tout d’abord, et pour commencer, Brothers in Arms, c’est quoi ? Et bien Brothers in Arms c’est un FPS stratégique prenant place à une période méconnue de l’Histoire, la Seconde Guerre Mondiale… Et là tout de suite, ça fout le bambou ! Mais restons sérieux. Brothers in Arms a plus ou moins instauré, à l’époque où les gens abattaient du nazi par trouzaines sur Call of Duty et Medal of Honor, le FPS tactique période WW2, comprenez par là un jeu de shoot tout ce qu’il y’a de plus shoot, sans réticule de visée, et avec gestion d’escouade. Sans compter également que les ennemis disposent au dessus de leur tronche d’un « camembert de moral » (lolilol), qui vous permettait, si les ennemis se sentaient acculés (avec notamment un tir de couverture de la part de vos gars) d’avoir une marge de manœuvre pour, par exemple, les prendre à revers. Bref, une pointe de stratégie sympaqui avait laissé une bonne odeur suite au passage du premier opus. Surtout, c’est le scénario en lui-même, et l’implication du joueur, que dis-je, du soldat dans le déroulement des combats et les tactiques adoptées qui avait fait mouche, vos choix mettant la vie de vos hommes en jeu, sans respawn illimité comme l’on peut voir dans n’importe quel FPS lambda avec des gus qui courent pendant vingt mètres avant de se prendre une balle perdue tirée du trou du cul d’un orphelin au beau milieu d’une brume imaginaire. Bref, une pointe de crédibilité dans ce monde de grosses brutes.

Donc, après deux épisodes sortis sur consoles « old-gen », et une incursion pitoyable sur PSP ; la série Brothers in Arms débarque, non sans s’être fait attendre, sur PS3 et Xbox 360.
Le spitch est énorme : les mêmes gars moins les morts (vous êtes donc le Sergent Matt Baker), ceux-ci étant remplacés par de nouvelles recrues. Par contre, finie la belle Normandie et les zones traversées dans les deux premiers opus. Ici l’on parle de l’opération Market Garden, qui, bande de noobs de l’Histoire, fait toujours figure de la plus grande opération militaire aéroportée de tous les temps. Celle-ci visait à faire une percée vers l’Allemagne en partant de la Hollande, pour prendre les forces de la Wehrmacht à revers et ainsi remporter la guerre avant le Noël 1944. Ce fût un cuisant échec, et surtout la dernière victoire des nazis. En effet, nombre de divisions allemandes étaient stationnées dans le coin, empêchant le bon déroulement des opérations et mettant les alliés en déroute. Heureusement pour nous la suite vous la connaissez…
L’opération Market Garden avait déjà été évoquée dans les jeux vidéo, surtout avec la licence Medal of Honor, mais sans pour autant concevoir un jeu complet autour des évènements. C’est désormais chose faite avec ce Brothers in Arms Hell’s Highway.

La guerre pour les Nuls

Si vous pensiez profiter de cette escapade aux Pays-Bas pour refaire vos stocks d’herbe et de tulipes, vous allez être déçus, car là n’est pas l’objectif…et les champs de bataille que vous allez traverser ne sont pas de tout repos !

Alors, ce BiA, comment fonctionne t-il ? Et bien mon cher José, je vais t’expliquer. Tout d’abor, et comme c’était déjà le cas dans les précédents opus, vous ne combattez que rarement seul. Cela implique qu’il va falloir donner des directives à vos compagnons d’armes sur le champ de bataille, qui vous obéissent au doigt et à l’œil étant donné que vous être leur sergent. Et ça, c’est la classe. Vous êtes donc propulsés sur les champs de bataille avec une ou plusieurs escouades à vos ordres (équipe de mitrailleurs, de bazookas, d’assaut etc.), chacune ayant des spécificités…spécifiques. Oui oui. Ainsi, les équipes d’assaut sont moins lourdement armées, celles-ci utilisant des mitraillettes et autres fusils d’assaut afin d’attaquer l’ennemi assez rapidement, tendre des embuscades etc. A contrario, les équipes de mitrailleurs arroseront les positions ennemies sans relâche afin de couvrir vos manœuvres, tandis que les équipes bazookas sont spécialisées (comme les équipes de blindés) dans la destruction massive de positions fortes… Les ordres à donner sont extrêmement simples : une touche pour switcher entre les différentes équipes, une pour leur indiquer la manœuvre à effectuer (en effet, vous pouvez ordonner d’attaquer une position ou faire déplacer vos gus avec la même gachette, pratique…ou pas, on y reviendra). Et enfin une touche pour ordonner à ce beau monde de se regrouper vers vous. Un système pas prise de tête et plutôt bien rôdé qui donne sur le papier des possibilités sympas en terme de stratégie.

Petit truc utile, quoique légèrement différent des précédents opus, la présence d’une carte stratégique disponible en pressant la touche SELECT du pad. Celle-ci, en version « crayonnée », regroupe les données importantes pour chaque champ de bataille (mais n’est dispo qu’après reconnaissance du terrain, par un avion allié ou vous-même, en montant dans un moulin par exemple…et ce n’est pas ce qui manque, en Hollande). Ainsi, vous pouvez contempler la position des ennemis, les zones à couvert, la position de vos escouades etc etc. Le côté un peu bidon du truc est qu’auparavant, la caméra se plaçait au-dessus du champ de bataille, ce qui donnait une vue d’ensemble en 3D, et donc mieux fichue… Evidemment, ce n’était pas trop réaliste…mais plus agréable à utiliser que ces plans en mousse crayonnés par un enfant de cinq ans. Mais passons, ce n’est pas trop grave.

L’organisation des missions est, quand à elle, ultra linéaire. Il n’y a pas 36 chemins à suivre, on passe de zone de combat en zone de combat à la chaîne. Ne pensez même pas à des missions de reconnaissance avec ville ouverte : dans BiA, ça n’existe pas ! On est loin même de la relative liberté d’action du médiocre Medal of Honor Airborne. On avance, on joue le stratège, on avance, on joue le stratège…un déroulement ultra basique en somme.

Armement d’époque…et mon cul, c’est du poulet ?

J’avais apprécié les premiers Brothers in Arms par leur côté plutôt « réaliste » au niveau de l’armement, notamment avec l’absence de réticule de visée, et un manque de précision « normal », qui évitait ainsi le côté gros beau du FPS de base ou le mec ne sait pas viser et se contente d’arroser le terrain avec sa mitraillette jusqu’à vider le chargeur, pour s’apercevoir que les types placés à 200 m se sont pris des balles perdues dans le pied et sont morts d’aérophagie. Le système de visée était donc beaucoup plus minutieux, pointilleux, et d’autres trucs en eux. De quoi impliquer encore plus le joueur dans la réussite des missions, le gros boulet courant au milieu du champ de bataille se faisant vite dégommer comme un malpropre.
Dans ce Hell’s Highway, la précision n’est plus réaliste, mais complètement pourrie. Ainsi, un headhsot avec un M1 Garand de 60 mètres de distance si vous visez à droite de la tête d’un allemand, c’est possible, louper sa cible à 2 m malgré une visée impeccable, c’est possible aussi… Bref, les développeurs expliquaient avant la sortie du jeu que durant la guerre, les soldats vidaient parfois des chargeurs entiers avant de faire mouche. Ok, d’accord, mais à 2m bordel !!! Imaginez une scène pendant la guerre ou un soldat allié fait face à un soldat allemand, tire (toujours face à lui, hein), et la balle le touche pas !!! Cela donne des scènes d’un pathétique incroyable. De même, parfois vous placerez votre viseur un peu à l’arrache histoire de couvrir vos compagnons, pour s’apercevoir que les trois nazis installés derrière leur barricade se sont faits descendre sans broncher alors que vous étiez forts loin d’eux…
Ce genre de scènes, on ne l’avait pas dans les premiers opus, et c’est d’autant plus rageant car Gearbox saborde son travail tout seul…
Par contre, pour ce qui est du rendu sonore, c’est du tout bon, ça pète bien, c’est fidèle, bref, un bon boulot. Mais cette visée à deux francs six sous bon sang…

Intelligence Artificielle, ou l’explication de 50 millions de morts par Gearbox


L’intérêt, pour un jeu de stratégie, est d’avoir une IA assez solide pour permettre au joueur de faire preuve de toutes ses capacités intellectuelles dans le domaine : déplacer idéalement ses équipiers, tenter des manœuvres audacieuses, s’adapter aux changements de situations brusques, etc. Gearbox a pensé à tout ça, mais a dû se dire que ce serait chiant et long et programmer, et a donc programmé des QI informatisés, représentant ceux de la poule et de l’huître. Les Alliés ont donc hérité du QI de la poule, et les Allemands de l’huître. Comme ça pas de jaloux. Je m’explique par deux ou trois exemples concrets. Vous ordonnez à vos types de se mettre en position devant un muret pour débuter un tir de suppression à couvert. Malheureusement, et c’est vraiment balo, un canon de 88 vient exploser le muret qui servait de « bouclier » (d’ailleurs le muret à pris cher, mais pas vos hommes, juste derrière, pourtant…), que font vos soldats ? Et bien, si vous ne leur dites rien, ils restent stoïques, debout en plein milieu de la route, attendant fièrement que la deuxième salve de 88 vienne leur exploser la tronche, alors qu’ils disposent d’une couverture à deux centimètres de leur tronche. Alors évidemment, en tant que chef d’escouade, vous avez des ordres à donner, mais imaginez-vous un sergent criant à ses hommes en pleine baston « Jasper, Corrion, déplacez-vous de deux mètres sur la droite pour vous accroupir derrière le muret afin d’éviter de vous prendre un bastos en pleine poire comme celui qui vient de réduire en miette votre abri ! »
« Entendu Sergent ! »

Autre exemple. Vous souhaitez faire diversion avec une unité de mitrailleurs, afin de prendre à revers l’ennemi en le contournant par le flanc. Et bien c’est possible ! Oui mais voilà, attention de donner des ordres ultras-précis, car avec leur niveau Maternelle spécialisé en dessins de moutons, vos collègues ont la fâcheuse habitude de quitter leur zone de couverture pour traverser le champ de bataille à couvert. Oui, dans leurs déplacements, ils suivent une ligne droite aussi droite que le zgeg d’un chihuahua ayant le bambou… C’était à la limite compréhensible dans les BiA old-gen…mais sérieux, ça n’a pas évolué d’un poil…
Dernier exemple, et pour pas faire de jaloux on va parler des Allemands ! Et bien un Allemand, quand ça se sent acculé, et bien pour sauver sa peau, ça recule pour un abri plus éloigné…quitte à traverser le champ de bataille à découvert, donnant lieu à un formidable concours de tir au pigeon que ne renierait pas le réalisateur des Bidasses en Folie. Juste navrant…

Fini ? Non, comme vous êtes bon public, je vous en redonne une, d’anecdote. Si vous ordonnez à votre bazooka de pilonner une position allemande, faites attention à ce qu’il n’y ait pas un poteau électrique face à lui. Et ouais, le toto va pilonner le poteau sans relâche, sans prendre la peine de se décaler d’un centimètre. « Et le poteau ? » me direz-vous, « il finit bien par tomber ? ». Héhé. Non.

La guerre, c’est moche !

Attendu depuis une plombe, le soft de Gearbox n’est toutefois pas au niveau current-gen en ce qui concerne sa réalisation graphique. Et loin de là à vrai dire ! On commence par les animations faciales des protagonistes, juste risibles et absolument pas crédibles, surtout dans le contexte de guerre auxquels font face vos hommes… Pas de traits graves, pas de nuances inquiètes, pas de peur dans les visages…mais par contre de jolis dentiers pour certains, preuve d’un laxisme à ce niveau. Il y a également un grain spécial appliqué surtout sur les visages. Manque de bol, celui-ci est en général mal placé et non fixe, ce qui donne parfois un grain sur les yeux, très très lol. Au niveau du level-design, c’est juste moche, peu détaillé, peu varié, succession de champs de batailles sans saveur avec peu d’éléments destructibles…pourtant, l’on aurait pu saliver avec les vidéos présentées par les dév concernant les lattes des barrières qui se brisent sous les coups de feu. Au final le rendu est d’un banal parfois grossier, quand une balle détruit trois planches et un chargeur peine à en casser une. Les explosions, à l’heure des Battlefield et autres Call of 4, font peine à voir pour un titre qui arrive en fait après la bataille, avec effectivement un armement daté sur ce point. Il n’y a pas cette intensité au niveau des combats qui aurait pu vous mettre cette pression, vous donner cette dose d’adrénaline vous impliquant ainsi au max dans l’histoire et dans son déroulement… Un beau gâchis en somme, alors que les possibilités pour se démarquer étaient juste énormes.
Par contre, les développeurs ont ajouté un système de ralenti lorsque vos ennemis en prennent de belles dans la tronche. Par exemple, lancez une grenade sur une position allemande, et si celle-ci fait mouche, vous aurez la possibilité de voir les soldats ennemis se faire doucement démembrer. Prévoyez les pop-corn, hein. Utile ? Non, mis à part pour exciter les joueurs les plus fanatiques.

Au point de vue scénaristique, alors que le premier BiA, et, dans une moindre mesure, le second prenaient aux tripes, avec des passages tragiques au possible, émouvants et implicateurs, pour cette troisième fournée j’avouerai que cela me laisse quand même pas mal de marbre. La faute à quoi ? Certainement à une formule déjà éculée, que Gearbox n’a pas pris la peine d’améliorer… Du réchauffé en somme.

Juste histoire d’étoffer un peu et ne pas rendre une page blanche, je tiens à signaler qu’il y a maintenant la possibilité de courir dans BiA. Par contre, privilégiez la ligne droite pour ça, car courir tout en tournant, cela relève du miracle, ou alors prévoyez une courbe très large pour réussir votre manœuvre. Et là, je ris de m’imaginer cette scène grotesque d’un soldat qui court sur un rayon de 30 m pour arriver à son point de chute en pleine guerre.

Le online, super génial.

Alors les minets, on attaque maintenant la partie online à 20 joueurs. Mon avis sur la chose va être subjectif étant donné que le test a été effectué le lendemain de la sortie du jeu, donc pas de communauté formée évidemment, et des lags à gogos malgré des connections impeccables. Donc, oui, ça lag. Premier point à signaler. Ensuite, la perte en terme de qualité graphique est quand même assez importante, ce n’est déjà pas folichon en mode solo, mais là…
Mais bon, comme tout le monde le sait, les graphismes ne font pas le jeu. C’est vrai, il y a aussi le gameplay, les modes jeu, tout ça tout ça. Pour être honnête, mis à part lorsque des teams sérieuses et motivées se seront formées, avec tous les outils indispensables (surtout le micro-casque), le gameplay particulier de BiA pourra être utilisé de manière intelligente en online. Pour l’instant, on se retrouve avec du jeu de pan-pan bête et méchant entre Allemands et Américains, avec des modes de jeu venus de nulle part (capture the flag…), donnant lieu à des joutes toutes simples, sans stratégie aucune et ennuyeuses au possibles. Il faut savoir que lorsque vous participez, par exemple, à des défenses de zone, l’équipe attaquante dispose d’un char. Bien, des véhicules dans un mode multi, c’est toujours bon à prendre. Alors priez pour être conducteur de ce même char et non plus à la tourelle…sans quoi vous seriez obligés de subir, si ce dernier est un cancre, les déplacements du pilote du char jusqu’à la fin du round. Imaginez-vous en train de bêler dans votre micro « Mais pas par là ducon, les ennemis sont de l’autre côté !!! » Ou bien assister, impuissant à des manœuvres laborieuses pour passer par-dessus un obstacle…si le pilote n’est pas parti aux toilettes entre temps, vous laissant seul dans le char sans possibilité de vous déplacer. Marrant.
Le level-design des maps, peu nombreuses pour le moment, n'entrera quant à lui pas dans les annales, bien loin de la foultitide de détails des maps d'un Call of 4 par exemple.


Que retenir de ce BiA Hell’s Highway donc ? Et bien que Gearbox Software nous a fait lambiner pendant je ne sais combien de temps pour un résultat final décevant sur tous les points, que ce soit au niveau du scénario, pourtant force de la série, de la réalisation, du multijoueurs, et, je ne l’ai pas évoqué dans le test, de la durée de vie, celle-ci n’excédant pas les 8-10H de jeu selon le niveau. Comment expliquer une telle déroute, pour un titre qui partait pourtant avec un potentiel énorme au vu de son système de jeu si caractéristique ? Manque de budget ? Soucis de programmation ? Flèmingite aiguë ? Les premiers de la classe déplacés sur le développement de Borderlands, le gros titre en préparation ? Des questions sans réponse, avec au final le sentiment d’un gâchis innommable.