Fallout 3, comment est la troisième retombée ?

RPG précurseur, fouillé, poussé, tactique, large, libre... Les mots ne manquent pas pour décrire les deux premiers Fallout... Il faudrait même inventer un nouveau mot, tant les jeux d'aujourd'hui se disant "libres" font rire.
Gameplay extrêmement vaste impliquant une durée de vie surénorme, avec un scénario ambitieux mais surtout d'anticipation et d'une cohérence à glacer le sang... Fallout, c'est un monument.
Evidemment, le troisième volet était très attendu mais en reprenant les mécaniques d'Oblivion, les purs fans savaient déjà que Fallout 3 ne sera pas Fallout 1 et 2.

Reste à savoir à quel point Fallout 3 est intéressant...


Welcome in Wastelands

2277. C'est l'année où débute l'aventure, soit pile 200 ans après la Grand Guerre nucléaire qui ravagea les Etats-Unis, et probablement le reste de la planète.
2277. L'année de votre naissance, où vous serez invité à créer votre profil, votre avatar, puis à prédéterminer vos capacités : force, intelligence, le charisme, etc etc en dispatchant vos points de skills. Vous vous formerez au fur et à mesure que vous grandissez : naissance pour l'avatar, bébé pour les skills de base, enfant pour vous apprendre à tirer et à utiliser votre fameux Pip-Boy, cette machine qui est en fait votre menu, ni plus, ni moins. Puis ado, vous passez le test de capacités pour déterminer à peu près vos skills de départ et vos spécialités, qui sont néanmoins changeables.
Puis le jour de vos 18ans, c'est la crise. Votre père s'est enfui du Vault 101 (Vault=Abri, mais je ne suis pas friand des traductions françaises par défaut) alors que l'abri est censé être scellé.
Comme vous êtes le fiston, bizarrement on vous recherche aussi, enfin ce fût personnellement une expérience curieuse car un type m'a attaqué quasiment à mon réveil... Et ensuite il a fallu flingué tout le monde... Peut être que votre expérience sera plus douce mais n'en soyons pas si sûr...
Vous devrez donc partir à la recherche de votre père afin de comprendre son départ précipité et aussi éclaircir quelques zones d'ombre puisqu'on éduque tout le monde en pensant que l'abri est scellé à jamais.

Fallout, c'est avant tout un monde à 100% post-apocalyptique mais surtout où la peur et la croyance aveugle souvent saupoudré d'ignorance sur le reste du monde est prédominante.
Les années sont passées depuis la Grande Guerre et on sait tous que les gens oublient souvent leur histoire, histoire galvaudée...
Les premiers Fallout avaient ce sens extrêmement critique et cynique sur le monde d'aujourd'hui en prenant la forme d'une fiction d'anticipation : religions, industries, pouvoirs, éducations, tout y est taclée sévèrement. Pour ce troisième épisode, l'idée est juste effleurée, c'est nous faisions les ponts nous-même. Pas besoin d'être un génie pour comprendre le tacle sur la consommation quand on vous offre du "Nuka-Cola" (Cola radioactif, pour les anglophobes) avec le logo de la Coca Cola Company... Mais là où les Fallout originaux appuyaient fortement cette critique noire du système qui a détruit le monde avec une énorme chronologie précise, de clins d'oeils dans les dialogues ici et là, ce Fallout 3 y est plutôt superficiel.
Ce sentiment de satire est ressentie surtout au tout début du jeu, et à la toute fin du soft... Le reste n'est que remplissage avec villes et villages quelconques.

Voilà déjà un premier point noir. Fallout 3 est assez ennuyeux à parcourir. Si, quand vous êtes balancés dans les terres brulées avec de larges plaines cramés, désolés bourré de déchets, il y a un sentiment de peine assez forte à marcher seul dans une terre aussi flippante et à découvrir votre première ville, on se rendra vite compte qu'il n'y a rien. A part le début, la fin, un passage-clé dévoilant les motivations du "méchant" et un passage très intéressant dans une réalité virtuel d'un monde parfait en noir et blanc très "années 30", le reste n'est que ruines mais surtout ruines sans réels personnalité... En aucun cas, vous ne passerez du plaisir à dénicher des subtilités dans les villes, il n'y en a pas.

Fallout ne doit pas à être un dérivé d'Elder Scrolls

Le problème est qu'on nous vend un jeu "libre" mais qu'on ne nous donne pas la matière pour être libre de faire quoique ce soit. Si vous voulez, le seul village intéressant est le premier où une bombe est resté planté dans la ville et qui menace d'exploser. Certains cherchent à la désamorcer, en vain, d'autres la vénère comme une nouvelle religion de "l'atome" et un autre mafieux veut t'engager pour la faire péter. Ce sera surement la seule fois, où vous aurez à faire un choix aussi radical. Un peu comme si les développeurs avaient écrit le scénario en misant tout sur le début et n'ont pas voulu (pu ?) poussé cette idée de libertés et de choix à fond.
Au final, on se dit "à quoi ça va me servir d'aller faire une course ou deux en me baladant des centaines de kilomètres dans des terres hostiles et désolées ?" Les missions secondaires sont en effet ennuyeuses à mourir, certainement parce qu'il y a peu de villages ou d'évènements quelconques sur la map. Donc on trace la mission principale parce que l'on sait que les missions secondaires ne nous apportent pas grand chose, à contrario d'un Oblivion, qui même s'il devenait répétitif avait été conçu de la sorte de A à Z. Cette mise en forme ne convient pas à Fallout.
On prend plus de plaisir visuel à se balader dans les plaines vertes ou enneigées d'Oblivion qu'à errer dans des paysages morts, avouez... Ceci dit, ça prouve la qualité des décors, car ce sentiment de désolation, de désert et de tristesse est omniprésent.

Bref, les terres brulées sont vastes et libres, elles sont formellement libres mais les actions ou missions secondaires n'incitent pas vraiment à les explorer de fond en comble... Et histoire de bien montrer que la mise en forme de Fallout 3 en Elder Scrolls est complètement à côté des clous, Fallout 3 a une fin... Il n'est pas possible de continuer l'aventure après la fin de la quête principale... La durée de vie en prend donc un sacrée coup, surtout que la quête principale se termine en moins de quinze heures.

Gameplay mutant...

Bethesda a bien repris les éléments de gameplay des Fallout originaux en dispatchant des points de skills, à chaque niveau atteint et en choisissant des techniques fixes à appliquer à son personnage. Si tout ça semble formellement complet, entendez par là que vous avez une quinzaine de skills et une genre une quarantaines de compétences, leurs utilités ne sont pas forcément bien mis en avant.
En effet, le jeu s'axe énormément sur les combats, il sera donc pas forcément judicieux de s'appuyer sur les qualités de "speech", de "réparation" ou de "médecine" pour tenter de créer, de réparer vos armes, de les améliorer ou d'avoir des conséquences importantes avec vos dialogues... Un conseil : optimisez vos qualités d'attaque. Ce qui est bien dommage car la vue de toutes ses compétences émoustillera les fans de RPG purs et durs m'enfin si elles servent de déco : peu d'intérêt, surtout si, en plus, vos missions secondaires sont peu intéressantes.
Enfin, mieux vaut optimiser vos qualités au combat car le jeu est tout de même bien corsé face à des ennemis dix fois plus rapides que vous, armé jusqu'au dent et d'une force colossale...
Voilà le truc : soit vous vous forcez à faire du levelling, comme on l'a dit c'est super chiant, soit vous optimisez tout sur l'attaque et la protection, soit vous jouez comme une fouine à sauvegarder sans arrêt pour pas vous faire avoir par surprise, vers la fin du soft.
Un point intéressant est que vous ne serez jamais en surplus d'armes ou de munitions, elles sont rares, les armes sont fragiles et l'argent ne pousse pas vraiment sur les arbres. Ce sera donc souvent très short (sauf si vous prenez le temps de bien vous poser à chaque village pour leveller comme un cinglé à la limite du "grosbillisme" et donc de troquer et faire le plein de santé et de munitions). Autrement dit, il y aura des passages extrêmement corsés et on peut dire que le challenge est là.

Mais il y a un décalage important entre le fond et la forme. Quand vous avez une vue à la première personne avec des gros flingues, que vous visez la tête des monstres et que vous lui retirer 5% de sa barre de vie... Il y a comme un gros hic déplaisant. Ce n'est absolument pas un FPS, attention. On le sait tous quand on enfile le disque, néanmoins il est très désagréable de niquer trois chargeurs en pleine tête d'un super mutant qui fonce sur vous et que vous n'arrivez pas le toucher même à bout portant.
Ca, c'est du Fallout tout craché, vous êtes à deux centimètres de l'ennemi et vous le rater. Ok, pas de problèmes, c'est du RPG très tactique à la base. Mais là... Armé jusqu'au dent en visant excellemment bien et d'avoir un taux de réussite minable, c'est visuellement abracadabrant.
Bethesda a voulu instauré donc un autre système qui est surnommé V.A.T.S. où vous freezer le temps pour choisir une partie de l'ennemi viser avec un certain taux de réussite ou non. Là on se dit "bon, retour au tour à tour"... Bah pas du tout, il faut sans cesse déclencher le VATS, ce qui nous fait perdre beaucoup de temps, sans pour autant avoir beaucoup de précision... Au final, ça peut parfois rendre service pour économiser ses balles en cas de galère.
Les combats sont donc... heuu... à chier ? Exactement, c'est pas franchement réussi et surtout ça n'a rien de RPG et donc tout ce travail d'évolution du perso ne sert pas à grand chose puisque les sensations et le plaisir n'y sont pas.
Les ennemis sont aussi extrêmement débiles en vous fonçant dessus et en vous repérant à vingt mètres genre tu les attire, animés comme des robots et en courant à 70km/H... Quand vous avez un super mutant de trois mètres de haut qui vous fonce dessus sans broncher à votre mitrailleuse, ça peut faire très très mal. Au moins plus tard, dans les endroits exigües, vous pouvez faire marcher votre cervelle en minant pile devant vous, il foncera dessus comme un crétin.

Bref, le gameplay est bancale puisque l'on a un joli travail d'évolution, d'équipement et de stats, mais mis en forme comme un FPS, avec des ennemis plus rapides et plus fort que vous, chaque combat ressemble plus à de la survie plutôt qu'autre chose. Ce n'est pas vraiment ce qu'on peut appeler des "combats de RPG".

Ce qu'il reste de Fallout

Au final, on a la terrible sensation d'avoir un Oblivion skiné en Fallout... Car que reste t-il vraiment de Fallout dans ce troisième épisode ?

Disons que tout ce qui est de background visuel est vraiment réussi. C'est pesant, désolé, bourré d'anthologie avec un travail sonore vraiment décalé (et on va dire "fuck" à l'anachronisme entre des musiques des années 50 et la guerre de 2077) qui sonne comme une énorme nostalgie en écoutant votre radio seul, dans un désert en ruines... La partie sonore est bien ce qu'il y a de plus réussie.
La partie graphique l'est aussi, avec des villes variées, même si la plupart sont sans intérêt, mais c'est surtout le travail des terres brulées qui est assez balèze. Vos premiers pas y seront assez impressionnant, tant les ruines et le soleil brulant vous semblera crédible. Techniquement, on sait faire mieux en particulier sur les textures parfois ici grossières ou dans l'animation, ici très robotique et schématique mais l'ambiance est là. Le but artistique est surtout de faire passer des sensations et pas d'être une vulgaire vitrine technologique. Donc c'est aussi réussi.

Mais Fallout n'est pas une vitrine graphique. Déjà le deuxième volet, en 1998, avait sa 3D isométrique dépassée, même si elle servait à passer ces sensations de paysages ternes et tristes. On l'a dit plus haut, la richesse de l'univers de Fallout y est ici assez éclipsé se résumant au terres brulés et radioactives, et au duel entre les "enclaves" (espèces de patriotes travaillant pour le gouvernement) et la Confrérie de l'acier, et de la nature énigmatique des Vaults officiellement fermés au monde mais servant souvent de base pour des objectifs inconnues et qui le resteront à jamais d'ailleurs.
Bref, le scénario de Fallout 3 est au final très simple et surtout prévisible. De toute manière, la thématique de Fallout se base sur une simple phrase "War never changes"... Vous avez bien compris le cynisme de la chose, quoi que vous fassiez, ce sera toujours la merde. Mais, il y a toujours une multitude de choses à raconter pour graviter autour de cette simple phrase et pourtant le scénario y est très linéaire. Il y a quoi ? Deux moments importants dans le scénario, trois si on compte l'action finale où vous aurez à faire un choix dont vous avez compris déjà l'issue, vous êtes sûrs de pas faire le mauvais, à moins que vous soyez très cons.
Au final, ce scénario n'a aucune critique, aucun cynisme, ou alors très peu, et sent une espèce de fierté patriotique assez malsaine. On la sent le long du jeu au travers de la radio mais ça rendait la chose décalée vis à vis de notre aventure tout sauf glorifiante. Mais la fin du jeu est bateau et simpliste... Bref, c'est décevant.

Au final, le seul point positif est ce côté "explorateur" à errer dans un Wasteland crédible et à écouter quelques histoires de PNJ, tout ce qui concerne le background de base quoi, même si l'historique des Fallout y est peu exposé. Car le scénario est très simple et il n'y a pas non plus de travail historique à découvrir l'origine des choses (ça a été dit dans les deux premiers épisodes, donc les nouveaux se sentiront lésés), il n'y a pas non plus cette fameuse liberté d'action puisque nos choix ont très peu de conséquences...
C'est une belle découverte visuelle avec des bribes de sensations oppressantes sur certaines séquences (mention, sur le passage de la réalité virtuelle du monde parfait, mais anecdotique dans le scénario principal, hélas).

Fallout 1 et 2 étaient cultes. Fallout 3 est sous-exploité. C'était déjà un peu prévisible, mais en réussissant à foirer les combats qui hélas représente la majorité du gameplay (c'est dire de la profondeur légère du jeu), en éclipsant toute la force critique qu'émerge la série, en bridant le travail de liberté en ayant des quêtes secondaires médiocres avec peu de villes ou villages avec aussi nettement moins d'actions contextuelles (genre dans le 2, tu peux te marier et transformer ta femme en prostitué... c'était du très lourd en terme de noirceur et de liberté), c'est assez léger pour un jeu qui se prétend appelé "Fallout". Notez qu'on a fait tout un plat sur les drogues dans le jeu et ça ne sert à rien en fait, au pire tu te tapes deux ou trois étourdissements toutes les deux heures et basta.
Fallout 3 n'est pas mauvais, mais il a été clairement été mal adapté... Reprendre les mécaniques d'Oblivion avec son inventaire bordélique, son système de combat rigide (mais qui passait assez bien, épée à la main) et ses plaines certes énormes mais souvent vides d'intérêt... Fallout 3 ne méritait pas d'être traité aussi impersonnellement. Si l'aspect "Elder Scrollesque" était intéressant pour un Fallout, c'était pour sa liberté de mouvement et on connaissait l'intérêt des PNJ, mais là curieusement ça marche nettement moins car moins vivant, plus ennuyeux et surtout le système de combat ne convient absolument pas. On ne peut pas mettre en valeur cette rigueur statistique avec une vue "FPS" ultra bourrin.
Un jeu qui a tout de même des qualités. Des qualités essentiellement d'exploration, mais pas assez poussé ludiquement ou scénaristiquement pour en faire le "digne successeur de Blask Isle Studios".