Bousculons le temps

C'est la fin de l'ère Snes. 1995. Squaresoft nous sort une de ses dernières cartouches. Le genre de cartouche qui te troue l'anus d'une force telle que tu finis par ressembler à un lampion.
Juste avant Bahamut Laggoon, on nous sort un soft qui atteint une reconnaissance planétaire alors qu'il n'est même pas sorti en Europe.
Chrono Trigger.

2009. Il est temps que le plus grand nombre explore les aventures de Chrono et de ses potes.


Distorsion temporelle

L'aventure de Chrono emmènera dans un premier temps sa meilleure amie ingénieur, Lucca et la fraiche princesse Marle à réparer une petite erreur de fonctionnement de la dernière machine de téléportation de la génie du groupe.
En effet, téléporté dans le temps par mégarde, les compères vont devoir simplement sauver la princesse du Moyen-Age, pour ainsi éviter que la jeune Marle, filleule, disparaisse à tout jamais.

Problème. Ce n'est pas un simple dysfonctionnement et on va comprendre que chaque modification du cours du temps à des répercutions sur le monde. Il va falloir régler le problème à la source... Mais quelle est-elle ?

Le scénario de Chrono Trigger, n'est pas, en lui-même, super poussé. Rapidement, on comprendra que le Monde périra en 1999, suite à un cataclysme du nom de Lavos. Qui est-ce ? Pourquoi ? A t-il un lien avec ces trous temporelles ? On le saura plus tard.
Froidement, ce n'est qu'un sauvetage du monde, une fois de plus.
Mais la force de Chrono Trigger et la forte attraction que l'on a pour les personnages. Mieux que les persos, c'est même l'intérêt pour la menace Lavos qui nous pré-occupe.
En voyageant dans le temps, vous aurez tout le loisir d'aller le combattre, la menace est omniprésente, l'ultime boss est présent et accessible les trois quarts du jeu.
Et c'est une des parties les plus puissantes de Chrono Trigger, le but du jeu n'est même pas de s'aventurer vers l'inconnu avec multiples rebondissements à deux balles, le long du soft ce sera généralement de comprendre le boss, comment est-il arrivé là, qu'est ce qu'il veut ? Et comment fonctionne ces trous noirs qui nous servent à franchir la vitesse de la lumière ?
Ici, on ne vous mènera pas par le bout du nez en vous faisant miroiter un faux boss, une fausse piste ou autre. Telle date, il y aura un cataclysme. But du jeu : se préparer à l'affronter en réunissant les meilleures chances possibles en regroupant les héros de chaque époque, et en accumulant la puissance nécessaire pour combattre ce boss surpuissant.

Et tout ça est justement très bien orchestré à l'aide d'évènements scénaristiques cohérents puisque basés sur la manipulation du temps.
L'autre importance est de voir un univers très coloré, très naïf, très romanesque et chevaleresque basé sur la confiance entre partenaires et le devoir de chacun. En fait, on apprécie Chrono Trigger pour cette univers conte de fée héroïque en jouant sur des rebondissements de type chronologiques et non par juste relations entre personnages. Et cette construction scénaristique change profondément de nos habitudes.

L'ancêtre du RPG/A-RPG contemporain


Vous le voyez bien, la mode d'aujourd'hui est de, par facilité, de créer des RPGs bâtards entre tour à tour et temps réel, pour ainsi jouer les bourrins sans travailler le travail de statistiques.
Et on pourrait dire que Chrono Trigger a été le premier à mêler ce travail de rythme.
En effet, si un FF ou DQ est au tour à tour clairement. Ce Chrono Trigger, lui est totalement actif. C'est à dire que lorsque votre barre d'ATB est pleine, c'est à vous d'attaquer mais si vous tardez trop, l'ennemi attaquera avant. Il faut donc savoir quoi faire en temps et en heure impliquant un rythme de jeu très rapide brisant avec les autres RPGs d'époque.
Ceci est véritablement perturbant si vous n'êtes pas habitués mais ça viendra après quelques combats.
D'autant plus que la jouabilité a été revu pour être optimisé avec le stylet. Tout le menu est accessible depuis l'écran tactile et chaque attaque est dispo à l'aide gros boutons. D'un click, vous effectuez vos attaques : c'est rapide, et tout aussi efficace.
Néanmoins, si vous voulez jouer de façon classique, l'option est sélectionnable. Pas de jaloux.

L'autre aspect qui permet de faire le pont entre Chrono Trigger et les RPGs actuels est que vous n'avez pas à gérer l'apprentissage de nouvelles compétences. Chaque combat rapporte Xp, Gills et surtout PC (Points de Compétence) pour ainsi atteindre automatiquement la nouvelle attaque magique ou physique. Vous devrez tout de même gérer votre équipement, qui reste assez basique, juste de l'upgrade. Mais pour la fin du jeu, pas mal d'équipement clés avec pas mal d'avantages vous donneront de la liberté.
Autre liberté : il n'y a pas un héros obligatoire. Chrono peut être remplacé par n'importe qui d'autre. Ainsi vous avez total liberté pour composer votre équipe... Et donc choisir vos attaques spéciales les plus efficaces.

Une attaque, c'est bien, un duo, c'est mieux... Et un trio, c'est orgasmique

L'élément clé des combats est la possibilité d'apprendre en duo ou trio des attaques spéciales et ainsi être plus efficace. Plus vous combattez avec une team, plus vous apprenez de coups ensemble pour être généralement très très puissant et assez impressionnant.
Le hic est qu'il faut attendre que tout le monde soit prêt, donnant alors une chance à l'ennemi d'attaquer avant.

Et c'est là qu'intervient la raison visant à limiter l'influence de Chrono Trigger sur les RPGs d'aujourd'hui. Malgré ce grand dynamisme et des attaques supruissantes nous donnant alors un sentiment de pouvoir et de facilité, il y a un gros travail tactique et rythmique à appréhender pour ne pas se retrouver au dépourvu à cause du "Temps".
Ce n'est pas un hasard si le sujet du jeu est le Temps, tout comme il est la clé de la réussite des combats. Prenez trop de temps à sortir votre grosse attaque : boum, dans votre face. Vous êtes content, vous avez attaqué ? Mais vos HPs sont faibles et n'ayant plus de "temps" d'action pour vous soignez : boum, Game Over.

Voilà comment ça se passe si vous vous laissez enivrer par la facilité apparente de Chrono Trigger. Oui, les simples ennemis sont abordables. Oui, on évolue sans souci. Oui, les attaques sont impressionnantes. Mais non, les boss exigent la maitrise du timing et sont difficiles.

Le jeu est bien maitrisé, puisque vous aurez des sauvegardes avant chaque boss et de toutes manières, vous vous taperez des GameOver car ça ne fonctionne pas au levelling (ou alors faites le en vous faisant chier et vous passerez à côté du principe élémentaire du gameplay).
Il faut généralement trouver le bon rythme d'attaque/soin pour être pleinement efficace pour battre les boss. Vers la fin de l'aventure, les boss auront des points faibles et points forts, comme un boss en trois parties, dont une qui soigne l'ennemi principal. Ou alors, quand vous êtes tout content d'avoir briser les défenses du boss, celui-ci pète un câble et triple sa force : boum, Game Over, encore. Hé oui, les zouzous, ça c'est du combat de RPG et pas besoin de levelling poussif de merde !
Alors quand le boss Lavos qui est omniprésent le long du jeu, je vous raconte pas le bordel pour le battre. Un des plus durs (et longs, forcément) du monde des RPGs.

C'est bien, c'est beau, c'est... Akira Toriyama

Vous connaissez Toriyama au top de sa forme dans le character design ? Non ? C'est que vous n'avez pas joué à Chrono Trigger. Là dedans, vous en faites pas, vous n'allez pas voir des "pseudo Gohan", des "pseudos Trunks" ou autre trucs "déjà-vus".

Tout y est unique avec le petit trip habituel de Toriyama en nous pondant un chevalier Grenouille, un Robot bourré d'humanité de part ses formes exagérés inspirant le "gros nounours", il a même dessiné un "anti-héros" qui ne ressemble pas à Vegeta. Bref, ce fût le top. En même temps, c'était en 1996, avant que l'homme ne se lasse de sa trop grosse notoriété et dû prendre une longue pause de quelques années.
Le tout est pixellisé comme à l'époque. Ca peut sembler dommage, de prime abord, mais au moins c'est respectueux de l'œuvre original, et à cette époque, la Snes était suffisamment maitrisée pour nous offrir un univers coloré, varié et bourré d'effets spéciaux de toute beauté avec les explosions des magies, des effets de lumières en veux tu, en voilà et évidemment le Mode 7 pour même nous faire jouer à une course de bolide.
Franchement... Rien à redire. En plus, le jeu est muni des cinématiques animées qui étaient présente lors de premier portage sur PSX. Un anim' de grande qualité avec une fidélité à Toriyama exemplaire. En même temps, en ces années là, Dragon Ball cartonnait et c'était donc la même technique employée : c'est fin, les couleurs pètent, il y a un jeu d'ombre, bref : tip top, malgré quelques artefacts dû à l'encodage faible que peut supporter la DS.

Mais si l'univers si magique et naïf de Toriyama fonctionne, c'est parce que Nobuo Uematsu a bien su crée une musique allant dans le ton. C'est souvent joyeux et bourré d'entrain avec pas mal d'aiguës qu'on soit dans un évènement heureux ou chevaleresque quand vous devez aller récupéré une épée digne du Roi Arthur, c'est très très entrainant et jamais on ne s'ennuie ou nous laisse indifférent. Pas de voix à 'époque ? C'était la musique qui faisait passer le message et évidemment ça fonctionne à merveille. Ce qui est amusant, c'est que la musique ne ressemble absolument pas un FF dramatique. C'est totalement opposé et ça s'incruste tellement bien que finalement elle fait vraiment partie intégrante de l'aventure.

Artistiquement, Chrono Trigger tape très fort, encore aujourd'hui.

Treize fins à débloquer...

Le titre du paragraphe est clair, non ? Treize fins à débloquer... Il y a de quoi faire. La première aventure se termine en une vingtaine d'heures. Ensuite, vous pouvez recommencer le jeu en gardant votre niveau et votre équipement (sauf l'équipement clé lié au scénario), avec en prime des nouveaux portails temporels vous donnant accès à de nouveaux donjons.
Attention aux mauvaises surprises aussi, je me suis fait aspirer par un vortex me menant au boss final, sans sauvegarde et avec seulement deux personnages jouables, et non trois...
Le fait de reprendre avec votre niveau permet d'abord de re-finir plus rapidement le jeu pour dénicher de nouvelles fins, elle renforce aussi ce côté surprissant assez plaisant qui se dégage le long du jeu. Mais surtout, elle rend l'aventure cohérente puisque jouant sur la boucle du temps.
Mais on aurait aimé pouvoir continuer l'aventure après le boss, au lieu de tout recommencer. C'est bête.
Vous aurez aussi quelques quêtes annexes, des services à rendre à un peuple de sauriens pour booster la durée de vie et de gagner des cadeaux sympas.
Histoire de bien garnir la cartouche, on a droit à une galerie d'images, revoir toutes les séquences animées, l'encyclopédie de tous les objets rencontrés, un bestiaire complet, la possibilité d'écouter toutes les musiques et de profiter du mode arène.
Un mode pas bien passionnant où il faut acheter et élever une bestiole pour les faire combattre en tournoi.
Il y a de quoi faire.

Treize ans plus tard, Chrono Trigger reste un pilier du genre. Tant sur le plan artistique lié à l'attirance que l'on a pour nos persos, tant pour la fascination que l'on a pour le boss appelant à la fin du monde, que pour les ponts crées entre les différentes époques du jeu.
Quant au gameplay, il prouve, même aux jeux les plus récents qu'il y a une alternative décente à la rigueur statistique des FF et DQ, sans pour autant tout sacrifier sur l'autel du bourrinage massif. Comment utiliser le thème du "Temps" dans un gameplay ? C'est tout de même un exercice de style admirable puisqu'il ne se contente pas de voyager dans le temps, mais tout le gameplay de combat est basé là dessus : du temps à gérer pour être efficace au combat.
Chrono Trigger, c'est à la fois attachant et prenant l'un pour l'univers dépeint, l'autre pour le dynamisme de son gameplay.