Fahrenheit, avec deux H, comme dans...euh...héros...

Quantic Dream. Ces chers bonshommes n'ont sortit qu'un seul jeu et pourtant, leur nom n'a jamais été oublié. Pensez donc, ce n'était pas n'importe quel jeu. Il s'agissait de Nomad Soul tout de même ! L'un des meilleurs jeux d'aventure de l'époque ! Alors quand ces messieurs nous annoncent la sortie de Fahrenheit, à quoi ils associent des mots comme "innovation", "nouveau concept", et "renouveau du genre", on décide forcément de bien s'habiller, et de bien se raser avant d'aller se procurer ledit jeu, afin de lui faire un maximum honneur. C'est la moindre des choses, zut à la fin !

Bien alors, c'est quoi ce nouveau concept ?

Après ces discours bien pompeux, on est tout de même en droit de s'attendre à être surpris. Alors quoi, qu'est ce que c'est ce nouveau concept dont Monsieur Cage (directeur de Quantic Dream) se vante tant ? Globalement, le personnage se déplace de façon très standard dans le décor. On avance avec Avant, on tourne avec Gauche et Droite. Tout se fait avec le clavier (avec le joystick dans le cas où vous optez pour le pad). Le petit point sympa à noter est qu'on peut changer à tout moment l'angle de caméra via un click de la souris. On passe alors sous différents angles à la manière d'un long métrage bien réalisé. C'est anodin vu comme ça, mais c'est vrai que ça renforce l'immersion. J'ai beaucoup apprécié dans le sens où on se prend à la fois pour l'acteur, et pour le réalisateur. Si on continu de décortiquer le gameplay, on se rend vite compte de l'absence d'inventaire. Si on ramasse quelque chose, on ne le réutilisera que quand il sera permis de le faire, tout comme les actions élémentaires (se laver les mains, traîner un corps, pisser un coup) qui s'afficheront en haut de l'écran. Un click de souris, un mouvement de la main pour simuler le geste, et voilà notre héro qui interagit avec le décor. Voilà pour le concept de base. A défaut de réelle innovation, ça au moins le mérite d'être original et instinctif. Et après tout, pourquoi en demandez plus ?

Un film en jeu, ou un jeu en film ?

Toute l'histoire est narrée de manière cinématographique. On a une voix off par personnage, qui nous informe de ce qu'il pense, qu'est ce qu'il va faire, pourquoi etc. Les dialogues surprennent par leur crédibilité, leur raison d'être, et leur doublage français qui frôlent la perfection. Enfin, les scènes d'action sont réalisées à la manière des plus grands films Hollywoodiens, et Monsieur Cage avait bien raison de se vanter de son studios personnel de Motion Capture tellement le résultat est convaincant. D'autant plus que notre bonhomme se la joue réellement réalisateur en piochant ici et là des références de qualité, dont on ne citera que Matrix pour ne dévoiler que ce que l'on sait déjà. Néanmoins, toutes ses scènes sont tellement agréables à regarder qu'a elles seules elles justifierais l'achat du film...euh, du jeu. Ah ? Un film a 60 € c'est cher ? C'est vrai.

Oui mais alors, que penseriez vous si ces fabuleuses scènes, c'était vous qui les viviez ? C'est exactement ce que propose Fahrenheit. Alors qu'on reproche a MGS de passer trop de temps a mater des cinématiques et pas assez à jouer, Quantic Dream assemble les deux éléments et donne des cinématiques interactives, un peu à la manière de Resident Evil 4, mais en mieux, en plus intense, et constamment ! Vous devez fuir ? Martelez les touches gauches/droites pour simuler le mouvement des jambes du héros, et par la même occasion, "vivre l'effort" et ressentir la fatigue éprouvée. Ok c'est un peu pompeux comme termes là aussi, et mon entourage est mitigé. Mais personnellement, je suis assez d’accord avec Quantic Dream. Leur système me met à la place des protagonistes dans certaines situations. Pas dans toute certes, ça ne fonctionne qu'a des moment précis, mais quand ça fonctionne, c'est l'éclate assurée. L'autre système est un jeu de couleur. Je vais tenter d'expliquer ça simplement : à l'écran s'affiche deux tas de 4 couleurs (bleu jaune vert rouge de chaque côté) où une couleur correspond définitivement à une direction du clavier. Le premier tas est associé par défaut aux touches fléchés, tandis que le deuxième correspond au pavé numérique (8-4-6-2). Le jeu consiste à appuyer sur la bonne touche lorsque les couleurs passent en surbrillance. Ici aussi, le principe d'identification au personnage est mitigé, mais il permet surtout d'impliquer le joueur dans la scène. Et là par contre, ça fonctionne plutôt bien. Imaginez : la scène met en place une course poursuite contre des insectes géant véreux. Alors que l'on est littéralement accroché par le grand spectacle, on va surveiller nos touches de couleurs afin de faire réussir à notre héros les esquives adéquates. Etant donné que la cadence à laquelle on doit appuyer sur les touches est semblable au rythme de la scène, l'implication est totale ! Le principe est basique, voire primitif, mais ô combien efficace ! J'adhère totalement ! Côté progression, on fait avancer le scénar via des actions élémentaires que nous oblige à exécuter la scène. Exemple, on se retrouve dans notre appartement. La scène va mettre en place tel nombre de personnages, telle interaction, telle durée. Les scripts se déclenchent généralement au bout d'un certain temps, ou bien à l'activation d'une action (s'habiller, se doucher etc.). On peut exécuter des actions totalement inutiles, mais toujours sympathique, comme jouer de la guitare, utiliser un yoyo, ou encore mettre de la musique. Que des actions gadgets, mais qui empêche d'être frustré quand l'envie de jouer de la guitare survient à la simple vue de celle-ci. Niveau dialogue, on choisit simplement le sujet d'un coup de mains de la souris, avec le même principe d'interaction du décor. A ceci prés que la durée de réponse est extrêmement limitée, ce qui oblige le joueur à se décider vite pour une raison qui m'échappe encore. Suivant ce que vous direz, le scénario s'ouvrira d'une manière spécifique. Enfin, ça, c'est à priori. Finalement, ce sera surtout la manière dont il sera raconté qui changera, plus qu'une réelle influence dessus. Mais le fait d'avoir le sentiment de faire des choix, et d'avoir une réponse toujours adaptée, renforce encore et toujours ce sentiment d'implication dans l'aventure. Fahrenheit est définitivement un film dont vous êtes le héro, le principal acteur, et par là même occasion, le réalisateur. Je passerai sur le système de stress qui sert carrément à rien, si ce n'est à nous faire perdre lorsqu'on écoute un message sur le répondeur qui mettra le moral à 0 de notre personnage. La présence de l'indicateur permettra tout au plus de nous signifier anecdotiquement l'état d'esprit de notre héros face à la situation actuelle. Passons donc.

Les soucis

Parlons de ce qui ne va pas. De ce qui gène. De la petite bête qui fait que le jeu devient frustrant. Ce système de gameplay, je vous l'ai dit, j'y adhère parfaitement. Mais je ne peux pas nier le fait qu'il vous faudra, en plus d'un nouveau clavier, vous priver de quelques secondes de cinématiques afin de rester concentrer sur les couleurs en surbrillance qui ont, rappelons le, la bonne idée d'être en plein au centre de l'écran. Heureusement, des cartes bonus que vous ramasserez pendant le jeu vous permettront de débloquer les scènes et de les revoir en mode spectateur (mais vous pourrez aussi les rejouer). Autre chose, la durée de vie est misérable pour un scénario pas si fantastique que ça. Il m'aura fallu trois soirs pour venir à bout de ce mystère de meurtres chaotiques. A défaut d'être somme toute assez bateau, le scénario a néanmoins le mérite de mettre en situation les protagonistes dans des scènes clichés ma foi plutôt sympathique, voire carrément énorme ! On crachera ensuite sur l'aspect technique dépassé, mais pour une fois, j'affirmerais haut et fort que l'aspect technique on s'en fou ! Et puis ça marchera sur toute sorte de config au moins. Non honnêtement, d’accord, c'est pas franchement beau. Mais y'a quand même quelques trucs sympa, notamment les expressions faciales presque aussi parfaite que celle d'Half-Life². Et puis au niveau animation, on l'a dit, la motion capture fait des miracles. Ce sont les meilleures animations que j'ai eu l'occasion de voir dans un jeu vidéo. Il est rare de voir des mouvements bâclés qui font taches. Les mises en scène ont la pêche !

Ce jeu est une expérience inédite pour tout joueur. C'est une nouvelle manière de concevoir un soft, c'est à dire une nouvelle façon de faire vivre les personnages, de raconter une histoire, et de tenter d'impliquer un maximum le joueur dans le jeu. On aura de cesse de vouloir progresser dans l'aventure malgré les choix qu'on aura commis. Toujours on les assumera. Jamais on ne regrettera (sauf à ce moment là...j'aurais dû l'embrasser !). Et à la fin, on restera sur cette agréable sensation d'avoir vécu de la manière la plus réelle qui soit une aventure pour le moins extraordinaire !