Shadow of the Colossus

ICO : un succès à retardement

« Inoubliable », « marque le jeu vidéo d’une empreinte indélébile », « poétique », « le jeu parfait » etc… Tant d’adjectifs plus que positifs accolés à un jeu vénéré en 2003 par toute la profession. ICO, meilleur jeu de tous les temps ? Pas dans le cœur des joueurs en tout cas car malgré les bonnes notes et les commentaires flatteurs du créateur de la série Metal Gear, ICO n’a finalement connu qu’un succès très modeste dans nos magasins même si le bouche à oreille a su faire de l’effet plus tard… Trop tard… Trop tard pour ICO, mais pas pour Shadow of the Colossus, suite qui n’en est pas une. Les professionnels sont alors enfin entendus puisque dès la 1ère semaine d’exploitation, le jeu se retrouve 1er des charts européens.

Je l’aime à mourir

L’histoire de Shadow of the Colossus est des plus classiques : chevauchant Haro, Wanda, après un long voyage, atteint des terres maudites. Maudites car un dieu impie s’y trouverait enfermé et aucun mortel ne doit alors y pénétrer (note : ce n’est pas le Limousin). Pourquoi se rendre dans un lieu aussi hostile ? Pour l’amour…
« Aimer jusqu'à la déchirure… Aimer, même trop, même mal… Tenter, sans force et sans armure d'atteindre l'inaccessible étoile » chantait Jacques Brel. Des paroles allant à merveille au drame de Wanda qui, pour ressusciter sa belle, assassinée par une mystérieuse malédiction, conclut un pacte avec le dieu impie. Il doit réaliser une épreuve apparemment impossible, 16 travaux d’Hercule personnalisés ici par 16 colosses puissants qu’il devra pourchasser et abattre armé de simples flèches et d’une épée sacrée, n’ayant que pour seul allié son fidèle destrier.
Vous incarnez donc ce jeune homme solitaire dans une quête désespérée pour sauver sa mie. L’histoire ne se dévoile que très lentement dans le jeu et comporte une intrigue intéressante. Cependant, et c’est là que le rapprochement avec le « film d’auteur » est pertinent, tous le monde ne saisira pas forcément son étendue. Le scénario de Shadow of the Colossus est en effet plus suggéré qu’explicitement dévoilé. Beaucoup de points resteront flous à la fin du jeu, les développeurs ayant choisi de dire peu de choses pour laisser au joueur le soin de s’imaginer l’histoire dans son intégralité. Un parti pris osé qui séparera dès le départ les pragmatiques des personnes arrivant sans mal à laisser voguer leur imagination dans des décors enchanteurs. Tenez le vous pour dit : ce jeu ne plaira pas à tout le monde.

Le véritable art se passe de commentaires

Vous avez sans doute dû lire un peu partout que Shadow of the Colossus justifiait à lui seul que l’on qualifie le jeu vidéo d’art. Et bien ce n’est pas exagéré. En effet, les décors de Shadow of the Colossus n’en finiront pas de vous surprendre. Ils peuvent parfois pousser les plus sensibles d’entre vous à s’arrêter quelques temps pour observer cette chute d’eau jaillissant de la montagne ou encore cet forêt que l’on croirait tout droit sorti d’un film de Miyazaki. Ces paysages peuvent être aussi épurés, ne s’encombrant d’aucun superflus. Vous ne rencontrerez d’ailleurs aucun monstre autre que les Colosses dans les terres maudites où vous vous trouvez. Seuls des lézards, tortues et aigles pourront se trouver sur votre passage… Il en est de même pour le fond sonore : seuls les sabots de Haro rythmeront vos voyages à travers ce monde. Tout, que ce soit par le choix des couleurs ou les sons que vous entendrez n’auront qu’un seul objectif : vous apaiser… Le calme avant la tempête ?

David contre les Goliath

Grâce à votre épée magique, vous partirez à la chasse aux colosses. Une fois l'un d'eux trouvé, le combat commence. Fini de regarder le paysage sur le dos d’Haro, il est temps de faire mordre la poussière à vos gigantesques adversaires !
Votre 1ère objectif sera de trouver comment grimper sur votre ennemi. Compter sur vos simples flèches pour terrasser un colosse risque de vous prendre énormément de votre temps, c’est pour cela que vous devrez trouver rapidement un moyen d’atteindre les différents points faibles de vos ennemis. Malheureusement pour vous, le gros doigt de pied n’est pas un organe vital et il vous faudra donc atteindre la tête ou encore le torse pour y asséner un coup d’épée mortel. La tâche est encore plus compliquée quand votre adversaire vole ou nage dans des eaux profondes.
Ensuite, c’est bien joli d’être grimpé sur le colosse mais, il est temps de le faire choir. Pour cela, tel un insecte, vous devrez vous faufiler parmi les poils et résister aux gesticulations du géant qui n’apprécie que très peu votre parcours. Motivé dans votre lutte par un thème orchestral des plus entraînants mais aussi l’Amour (faut pas l’oublier celui là), vous devrez abattre avec force la lame de votre épée à l’intérieur du géant, baigné dans des flots de sang noir, jusqu’à ce que le colosse s'écroule de tout son long.
Tout essoufflé et encore abasourdi d’avoir réussi à terrasser un tel monstre, vous serez alors assaillis par un étrange flux noirâtre. Qu’arrive-t-il à Wanda ? Sa bien aimée sera-t-elle ressuscitée ? Ne comptez pas sur moi pour vous en dire un mot !


L’amour t'aveugle, mon enfant…


Pour autant, ce jeu mérite-t-il d’être appelé la perfection ? Pour certains sites et magasines, c’est le cas, mais quant à moi, je me permets d’être plus mitigé. Shadow of the Colossus souffre en effet de 2 gros problèmes qui ne peuvent être mis de côté. Le 1er, c’est une gestion de la caméra parfois hasardeuse. Il arrive parfois que les déplacements avec votre cheval lors des combats contre un colosse pose ainsi quelques problèmes pouvant entraîner des frustrations. De plus, la durée de vie est très basse : 9 heures de jeu en moyenne et le jeu n’a que peu d’intérêt à être recommencé, les points faibles des boss étant connus. Certes, en terminant Shadow of the Colossus, on débloque un mode time attack, un nouveau niveau de difficulté et des artworks, mais on aurait apprécié des bonus plus intéressants donnant réellement envie de refaire le jeu.
Malgré tout, suivre les aventures de Wanda est très agréable mais je n’envisage pas que l’on puisse occulter de tels défauts. Shadow of the Colossus est un très bon jeu, mais ce n’est à mon humble avis pas la perfection.