Un Oni ne meurt jamais

Onimusha. Le nom de cette saga est connu et reconnu par les joueurs du monde entier depuis la sortie du premier opus, Onimusha Warlords, en 2001 sur PS2. Au menu de ce titre, un jeu d'action pur et dur sur fond de Japon Féodal et de conflits entre clans. Reconnu pour sa qualité graphique et son gameplay intuitif et séduisant, ce premier opus va devenir un standard du beat'em all, et va élever au rang de star le personnage de Samanosuke. C'est donc fort logiquement que sort par la suite un second opus, intitulé Onimusha 2: Samuraï's Destiny, mettant en scène Jubei du clan Yagyu. Cet opus est le digne successeur du premier épisode, avec une recette similaire quoiqu'améliorée. En 2004 sort le dernier opus de cette série dont Capcom a décidé de faire une trilogie. Pour clore cette saga, la firme met les petits plats dans les grands, et fait appel à deux stars pour la modélisation des personnages du jeu: Takeshi Kaneshiro, véritable icône au Japon, qui prête son physique au revenant Samanosuke, mais aussi notre Jean Reno national dans le rôle de Jacques Blanc. Considéré comme le meilleur opus de cette saga, c'est donc en apothéose que celle-ci s'acheva...
Comment? Les guerriers Onimusha n'en ont pas terminé avec les Genma? Aaaaaah, bien! Je rempile pour un quatrième opus alors! Onishisima l'Onimusha testeur reprend du service!


Le digne successeur de Nobunaga

Après la défaite du tyran Nobunaga Oda, celui-là même qui était l'ennemi juré lors des premiers opus de la série, le Japon voit arriver une ère de prospérité et de réunification, avec l'arrivée au pouvoir de Hideyoshi Toyotomi. La paix est enfin revenue, et les terribles actes de barbarie des démons Genma ne sont plus qu'un lointain souvenir. Mais plus pour longtemps... En 1596, les premiers rouages d'une terrible prophétie se mettent en marche. Munenori active la Pierre Sombre, malgré les efforts du moine Tenkai pour l'en empêhcer, tandis qu'une mystérieuse étoile à l'aura démoniaque apparaît. Celle-ci a pour effet de transformer la personnalité d'Hideyoshi, qui suit peu à peu le chemin de son prédécesseur, mais surtout, les guerriers Genma refont leur apparition. L'arrachage de tous les cerisiers du Japon est ordonné, tandis qu'un climat de terreur s'abat sur le pays. Beaucoup de civils sont tués sans raison valable, tout du moins officiellement. Les cerisiers arrachés ne sont pas comme les sublimes sakura qui font parti intégrante de la Culture nippone, ceux-ci émettent des cris mystérieux... Ce sont en fait des arbres "composés" d'humains sous le contrôle de la puissante magie Genma, destinés à transformer les innombrables badauds lors de la fête de la floraison de Daigo, et en faire de puissants gueriers Genma pour renverser totalement le Japon. Mais la nature de ces arbres n'est pas inconnue de tous...

Pas de doute, les Onimusha sont de retour

Vous démarrez l'aventure avec Soki, jeune guerrier spécialiste du maniement du sabre, mais qui maîtrise également les pouvoirs de l'Oni. Celui-ci est d'ailleurs surnommé l'"Oni Noir", mais ne se doute pas qu'il est le digne descendant de la lignée de guerriers Onimusha, qui combattent les Genmas depuis toujours. Dés les premières escarmouches, on reprend aisément ses repères, avec un gameplay toujours aussi simple et intéressant. Une touche pour frapper, une touche pour utiliser les magies Oni contenues dans les armes: pas de doute, la recette n'a pas changé, et tant mieux! Néanmoins, au fur et à mesure de l'aventure, des techniques de combat pourront être apprises, qui augmenteront de manière conséquente la palette de coups, faisant appel à des combinaisons de touches plus ou moins aisées à réaliser (utilisation des gâchettes et du stick analogique gauche), mais toujours aussi jouissives à l'écran.
Ne cherchez pas en cet Onimusha un gameplay à la God of War ou Prince of Persia, la série possède ses propres caractéristiques, et cet opus ne déroge pas à la règle. N'espérez pas bondir d'un mur à un autre, sauter par dessus les barrières et autres acrobaties: les guerriers Onimusha sont des combattants qui cognent dur sans faire dans la dentelle. Evidemment, et pour que le soft ne se résume pas à un beat'em all banal, les capacités des persos sont tout de même assez fournies: esquives, gardes, contres mortels (Issen), utilisation de la magie Oni, absorption d'âmes et autres facultés rythment votre parcours, et la qualité du jeu s'en ressent, la monotonie ne s'installant pas. En combat, chaque ennemi tué dégage des âmes de différentes couleurs, qu'il faudra absorber si l'on veut faire évoluer son personnage: les âmes roses libèrent de l'expérience, les jaunes des PV, les bleues des points de MP (pour augmenter le niveau de magie Oni).
Après un certain avancement dans le jeu, vos personnages, si leur jauge de PO (Points Oni) est assez remplie, pourront se transformer en Onimusha, devenant ainsi bien plus puissants, mais surtout invincible, ceci tant que la jauge de PO n'est pas entièrement vidée. Chacun des personnages à une réaction spécifique au pouvoir de l'Oni: Soki se transforme en démon surpuissant, absorbant automatiquement toutes les âmes dégagées lorsque des genmas sont tués, sa puissace de frappe étant elle augmentée; Jubei quant à elle peut ralentir le temps sans qu'elle ne soit affectée par ce changement, de ce fait elle peut malmener les ennemis trnauqillement pendant un laps de temps, ceux-ci ceux-ci se déplaçant extrèmement lentement; Roberto voit la force de ses poings décuplées, pour des séances de bastonnages carabinées; enfin, Ohatsu tire profit de la puissance des insactes Genmas (vous comprendres pourquoi) harcelant ainsi ses ennemis. Ce pouvoir de l'Oni est à utiliser avec modération, car pour récupérer le niveau d'âmes nécessaire à la transformation, il faut absorber les âmes Oni, qui se révèlent assez rares.

Les précédents opus contenaient quelques phases de réflexion parfois assez longues (aller à un endroit X pour chercher une clé nécessaire pour ouvrir la porte Y, elle-même étant le seul passage pour trouver la clé Z...). Ces phases qui cassaient un peu le rythme ont été réduites, mais pas supprimées, et tant mieux, évitant ainsi les laborieux allers et retours pour chercher des items. Ceci donne un coup de punch supplémentaire au soft. De plus, les traditionnels coffres contenant des casse-tête, permettant de récupérer de précieux objets, peuvent maintenant être détruits, quoique cela ne soit pas judicieux, les objets récupérables étant souvent intéressants (armes, soins, etc...). Disons que si vous êtes en déficit de matière grise, cette option vous conviendra, et vous permettra tout de même de récupérer un item, mais à la valeur moindre.

Quel niveau ton arme?

A la différence des précédents Onimusha, où les possibilités d'évolution du perso étaient plutôt limitées, ce quatrième opus permet aux personnages de récolter durant l'aventure un bon paquet d'armes chacun! Incrustés de magie Oni de différents forces (Terre, Feu, Lumière etc...), ces armes peuvent être upgradés grâce aux âmes roses absorbées durant les combats. Chaque arme dispose de trois niveaux de magie Oni, permettant des coups spéciaux plus longs et plus puissants. Par la simple pression de la touche triangle, votre guerrier déclenche une attaque spéciale en relation avec l'élément présent dans son arme, et peut ensuite enchaîner, sous réserve d'un martelage du bouton carré, par des pseudos Issen parfois mortels (selon le niveau des ennemis) mais toujours destructeurs, tout ceci accompagné de jolis effets à l'écran.
Un bon paquet d'objets peuvent également être équipés. Le nombre d'emplacements augmente avec le niveau de l'armure, elle aussi upgradable grâce aux âme d'XP. En plus de l'armure basique, d'autres objets permettent d'améliorer la défense. D'ailleurs, toutes les capacités du personnage peuvent être renforcées, de sa palette de coups à son niveau de PV, en passant par sa résistance au feu, la puissance de ses attaques magiques etc...Bref, le même principe qu'un RPG, l'action en plus!

On a pas le même costume, mais on a la même passion

La principale évolution de cet opus, ce sont ces 5 persos jouables. Vous me demanderez où est l'innovation puisque les précédents épisodes comprenaient aussi d'autres persos jouables, alors un de plus un de moins... Mais là, l'idée est que le joueur est, après quelques missions, accompagné d'un allié. Les deux personnages sont présents à l'écran, et une simple pression sur la touche L2 permet d'alterner de l'un à l'autre! De plus, le perso que vous incarnez dispose d'une palette de quatre ordres à faire exécuter. Pour être clair, vous pouvez demander à votre allié de se précipiter sur les Genmas pour leur mettre une flopée, il se battra ainsi avec vous, ou encore lui conseiller de se reposer, auquel cas celui-ci se tiendra en mode garde et récupèrera peu à peu sa vie, et d'autres ordres encore, ceux-ci dépendant du personnage que vous incarnez, et de celui qui vous accompagne. Leur présence à vos côtés est quelque fois scriptée, mais pour la plupart des 17 missions du jeu, vous aurez la possibilité de choisir votre compagnon. Ainsi, vous débuterez les missions avec Soki, mais vous pourrez décider entre l'un des personnages suivants pour l'accompagner, et donc libre à vous d'incarner l'un ou l'autre selon vos envies. Jubei Yagyu, jeune femme membre du clan Yagyu (et portant le même nom que le héros de Onimusha 2), combat au sabre, et sa taille lui permet de franchir des endroits inaccessibles aux autres personnages. Ordre peut lui être donné de divertir l'ennemi, auquel cas elle mettra à profit son agilité afin de faire tourner la tête aux Genmas. Tenkai est un bonze ayant tenté de contrecarrer les plans d'Hideyoshi, mais en vain. C'est un expert au maniement de la lance à la recherche de l'Oni Noir, afin de mettre fin aux plans diaboliques d'Hideyoshi. Tenkai a la possibilité de prier, permettant ainsi à Soki d'accroître la puissance de ses coups, et a également la faculté de parler aux cadavres que vous rencontrerez en chemin, ceux-ci prodiguant conseils et offrant divers objets. Roberto est un grand type espagnol, une force de la nature spécialiste du combat aux poings. Sa vitesse de frappe et sa puissance feraient rougir un Tyson au meilleur de sa forme. Enfin, Ohatsu, concubine d'Hideyoshi Toyotomi, mais surtout grande amie de Soki. Sa spécialité: les gros calibres. Ainsi, en fine artilleuse qu'elle est, elle fera péter ce qui vous bouche le passage!
Chacun de ses personnages a un passé personnel qui se répercute sur le scénario. Leur alliance n'est pas une coïncidence, leurs motivations, même si elles ne sont pas totalement les mêmes, vont vers un même objectif qui est en grande partie un désir de vengeance. La fin du jeu est par conséquent un véritable feu d'artifice!

Le Japon, c'est beau!

La série Onimusha est réputée pour ses graphismes soignés, mettant en valeur la beauté de la nature japonaise et de son architecture. Cet opus est lui aussi superbement réalisé. L'eau est animée de manière assez exceptionnelle, les cerisiers versent des flots de pétales roses lumineux, les châteaux féodaux sont impeccables, les effets de lumière de même, que ce soit lors des combats avec l'utilisation de magies Oni ou lors des phases d'exploration. Un parfait exemple lorsque vous vous trouvez dans votre refuge, les planches faisant office de mur laissent passer des filets de lumière éblouissants: magnifique! Les cinématiques ne sont pas en reste, avec une mention spéciale pour l'intro du jeu qui vaut son pesant de cacahuètes.
L'animation des personnages est elle aussi irréprochable! Pratiquement aucun bug de collision, et surtout des mouvements francs et naturels, qui s'enchaînent lors de la réalisation de combos furieux. Du beau spectacle en somme. On regrettera seulement la bouche des personnages qui ne bouge pas lors des dialogues au refuge.
L'ambiance sonore est discrète, les musiques sont en relation directe avec l'atmosphère ambiant, pour une meilleure immersion. Vous n'en prenez pas plein les oreilles, mais celles-ci apprécient.

Difficile et long

Onimusha Dawn of Dreams n'est pas le jeu bateau où le niveau est expédié à grands coups de sabres face à des ennemis pitoyables. Ici, les Genmas sont apparemment tombés dans la marmite de potion maléfique (excusez la référence...) quand ils étaient petits, et même si vos persos ne sont pas nés de la dernière pluie, possèdent un arsenal de combat conséquent, de bonnes protections et pas mal de capacités, sachez que vous ne tomberez pas au combat qu'une fois! Vous serez souvent encerclé, agressé ça et là par un colosse en armure, des archers, des ninjas démoniaques, et autres guerriers Genmas, pour un bestiaire varié et conséquent. Et encore, ce n'est rien face aux boss de fin de niveau. Trouvez la technique, ou vous vous casserez la tête pendant un sacré moment! Mais quelle joie lorsque ceux-ci sont vaincus, et que vous engrangez un max d'expérience!
Ce qui est assez remarquable pour un jeu de ce type, c'est sa durée de vie. Les jeux d'action ne sont pas réputés pour être très longs. Mais là, le jeu est réparti sur deux DVD. Et plus on avance dans le scénario, plus celui-ci s'avère passionnant. Il faut également savoir qu'à chaque fin de niveau, vos persos se réunissent au "refuge", pièce à partir de laquelle vous pourrez effecteur diverses actions: parler aux autres protagonistes, effectuer des emplettes, améliorer vos compétences et votre équipement, mais surtout Minokichi, le compagnon de route de Soki, sorte de Popple's se balançant à une corde/queue la tête en bas, vous donnera la possibilité de refaire les précédents niveaux. Vidés de leurs boss, ceux-ci se traverseront assez aisément pour des séances de level-up qui peuvent être très longues tant l'envie de faire évoluer ses persos est grande. De plus, ce sera l'occasion de récupérer des items non disponibles au premier passage, faute de capacités adéquates. Le fait de jouer avec Ohatsu permet par exemple de faire littéralement exploser des petits ennemis Genma bloquant des portes, impossibles à déloger avec d'autres personnages, ou encore Roberto, qui a la faculté de déplacer d'énormes caisses et de débloquer des mécanismes nécessaires, vous permettra l'accès à certaines zones. Une complémentarité bien pensée, qui accroît sensiblement la durée de vie du soft.

Les craintes exposées par les fans de la saga lorsque Capcom a annoncé le développement d'un quatrième opus pour ce qui devait être une trilogie sont vite oubliées. La recette Onimusha n'est pas dénaturée, mais au contraire complétée, pour au final aboutir à un très bon jeu d'action. Long, beau, et passionant, Onimusha Dawn of Dreams fait honneur à une saga qui figure parmi les plus célèbres du jeu vidéo et restera une des meilleures productions de Capcom.