Une experience qui n'a pas que le nom

Un historique sur Silent Hill depuis 1999 serait l'intro bien classique et bien lourd alors inutile que vous subissiez ça. Par compte, à moins que vous habitez sur Mars, vous devez savoir que le film Silent Hill de Christophe Gans est sortie le 26 avril sur les écrans français. Konami a voulu célébrer ceci avec Silent Hill Collection, qui contient les trois épisodes PS2 et surtout, le cas qui nous interesse : The Silent Hill Experience, un UMD "expérimental" comme le sous-entend le titre, exclu sur PSP, et ce pour 9.99€. Pompe à fric ou réel intérêt ?

Une ambiance bien crasseuse...

Tout le monde connaît l'ambiance malsaine de Silent Hill, tant visuel que sonore. L'expérience de Silent Hill est de découvrir, redécouvrir ou explorer cette merveilleuse ville... De ce fait, cet UMD peu commode est en fait muni d'un navigateur entièrement numérisé avec de la 3D d'excellente qualité. La navigation et donc l'accès au contenu se fait en visitant l'école. En choisissant la direction que vous voulez, une animation arrive en vous faisant parcourir l'école a diverses endroits.
Une navigation donc très peu banale et de ce fait, le spectateur que nous sommes est un peu perdu dans cet établissement. Egaré, on se met à chercher le contenu, cette étrange sensation présente les premières minutes suivant le lancement du disc, s'estompt dès que l'on a repéré les éléments mais participe à l'investissement du spectateur dans cette "expérience".

Bref, dès le départ, nous sommes plongés dans une atmosphère pesante dû aux magnifiques menus en 3D et la musique si connu des joueurs. Ce premier point -la navigation- met déjà en avant le fait que c'est un UMD d'ambiance, d'atmosphère, une autre façon d'appréhender un disc...

Ça grouille...

Rapidement, on trouve des éléments. On rappelle la présence principale des deux BD Silent Hill, "Dying Inside" et "The Hunger". Mais aussi un trailer de chaque Silent Hill, ainsi que celui du film.
Le trailer du premier Silent Hill et du film sont tels qu'on les connaît, alors que Silent 2,3 et 4 sont des trailers en version longue, qui permette de se rappeler de bonnes choses ou aussi de donner envie d'y jouer pour ceux qui ne connaissent pas (comme le Silent Hill Collection, par exemple).

Il y a une sélection de vingts titres Silent Hill, du premier au quatrième volet, choisis par Akira Yamaoka, le compositeur du jeu. L'OST n'a pas bougé et est toujours aussi atmosphérique. Les pistes choisies sont principalement des morceaux assez doux, poétique mais tout en gardant cette aspect peu rassurant propre à la série. Mention pour le thème Silent Hill et "Promise" de Silent Hill 2.
Le compositeur répond aussi à un interview exclu pour le titre. La question est posée à l'ecran, puis il répond. Hélas cette interview est trop court et surtout banal, on y apprend vraiment peu de choses (si ce n'est rien). Les questions sont très réducteurs, voir répétitives. Qui plus est, les réponses sont très courtes et peu passionnants. Dommage pour ceci.

Autre interview : celui de Christophe Gans et de Akira Yamaoka. Encore une fois, les questions sont très basiques mais les réponses sont beaucoup plus intéressantes. principalement pour Gans qui répond à des questions déjà posés des dizaines de fois, mais cela permet d'avoir un bon petit résumé de ses références, de son intérêt pour le film, pourquoi avoir choisi une femme au lieu d'un homme, etc etc. Bref, c'est instructif et c'est intéressant de voir qu'il sait de quoi il parle et avec quel façon il raconte ceci. Gans et Silent Hill, une histoire d'amour.

Le jeu est muni de bonus, qu'il faudra trouver en appuyant sur "croix" quand ce sera indiqué à l'écran lors des mouvements de navigations. Il y en a trois. Deux vidéos exclusifs qui sont Ki-No-Ki, une vidéo expérimentale qui tourne sur l'univers de la saga sans trop en figurer. Une vidéo très intéressante, de part ses essais graphiques, jeu de rythme avec les ombres, des essais graphiques qui forme une vidéo rythmé, plus abstraite que les autres, mais gardant l'esprit de la saga, un belle chose, donc. La deuxième vidéo FUKURO est en fait un montage vidéo montrant les aspects sexuels des monstres de Silent Hill, fortement mis en avant dans Silent Hill 2, ce n'est pas drôle, contrairement a ce que l'on pourrait pensé, c'est la vidéo la plus glauque et poisseuse que l'on ait. Ce n'est pas non plus écoeurant, mais c'est assez gênant de voir ces monstres constitués que de quatre pattes, qui ne font que se déhancher et de se frotter les uns contre les autres, avec un pyramid head qui n'hésite pas à s'en... servir... Bref, là aussi une excellente video bien "degueu" comme on dit, qui donne une ambiance bien pesante.
Enfin, le troisième bonus c'est trois fins cachés de Silent Hill. La fin ExtraTerrestres de Silent Hill 1, la fin ExtraTerrestres de Silent Hill 2 et la Fin avec le Chien de Silent 2. Cette dernière est la meilleur avec une musique bien stupide mais hilarante. D'un coup, ça peut casser le charme. mais ce bonus ne se découvre qu'a la fin de ce parcours principalement, de ce fait cet attrait humoristique est la bienvenue et permet aussi de voir des fins que l'on avait pas réussi ou envie de trouver.

Plongeon dans la BD

La chose la plus intéressante de cet UMD sont ces BD interactives. "Interactive" est finalement un mot trop important... Disons qu'il y a un travail sur le montage animé de la BD, qui va jouer sur différents rythmes, en concordance avec l'allure du récit pour que le lecteur soit plongé au maximum dans l'histoire. La musique est aussi superposée à l'image et joue un grand rôle dans cette "expérience", puisqu'elle plonge complètement dans l'univers angoissant, sale et surtout psychologiquement instable.
Ce travail permet réellement de réapprendre à se plonger dans une BD. C'est une nouvelle vision et une redécouverte de la bande dessiné, ceci est un point énorme, car le but qui est de faire vivre cette univers à travers cette BD animée est atteint. On plonge complètement dans le récit a ne plus en décoller. C'est assez surprenant que cela fonctionne à ce point car on a juste une animation avec les planches des dessinateurs avec une musique en fond. On aurait pu imaginer les bruits inquiétants, par exemple, ou la possibilité de se balader dans les vignettes, mais ça fonctionne et c'est le principal.

Parlons des BD elles-mêmes. En premier lieu, ce ne sont pas des BD qui sont aussi accrocheuses que ceci relié, bien que graphiquement de haute qualité, on ne ressent pas vraiment du "Silent Hill", mais plus un "simple" récit glauque.
Ici, tout l'univers est ressenti réellement, et ce grâce à la musique et le fait que le lecteur soit guidé par le défile des images, il peut donc se laisser divaguer dans les méandres de ces histoires.

"Dying Inside" est la première BD à avoir vu le jour. Scenarisé par Scott Ciencin et dessiné par Aadi Salman. Un psychiatre (Troy Abernathy) doit soigner une patiente appeurée et renbfermée sur elle-même car elle a été agressé. Le docteur a la merveilleuse idée de la faire revenir sur les lieux de l'agression à Silent Hill...
Le dessin de ce récit est vraiment torturé, un univers de lignes vives, agressives qui brouillent la finesse des personnages, le traité des couleurs va dans cette ligné pour au final un dessin très fouillé, détaillé et qui correspond au traité de la série. En effet le dessin est bourré de perturbations d'éléments graphiques abstraits, inconnus et tout cela forme une ambiance propre à la saga. Seulement, le scénario suit un peu moins bien cette qualité.

Séparé en cinq chapitres pour un total d'une bonne heure, les deux premiers sont excellents, bien angoissants, interessants, une intrigue qui se met en place. Mais une dernière partie très, trop bordélique avec des persos qui n'ont de prime abord rien à voir avec l'histoire, mais ce qui n'est pas le cas... Bref, une sorte de raccord un peu foireux qui aurait mérité un peu plus d'attention. En fait, la deuxième partie est pas si mauvaise mais est trop mal rattachée à la première et souffre de ce fait de la comparaison avec un début excellent... Cela reste cependant une bonne histoire et permet aussi de nous plonger dans la ville sans tomber dans du melodramatique avec des personnages héroïques auquels on s'attache. Ici, on est spectateur et on regarde les protagonistes souffrir...
Car c'est très glauque. Dans la BD, les choses sont plus osés dans certains gestes, mis en avant aussi par une mise en scène qui va à l'essentiel, sans temps mort.


"The Hunger". Deuxième épisode et exclusive. C'est certainement la meilleure BD, d'un point de vue subjectif, on est d'accord.
On y voit Silent Hill, telle qu'elle était, une ville qui vivait à l'ancienne, avec des citoyens polis, aimables, "le soleil brille, les oiseaux chantent" bref la ville parfaite. Douglas, journaliste de son etat est dans la ville en attente du scoop de l'année. Un jour, un meurtre horrible a eu lieu, c'est un policier qui a été tué, mais l'affaire se clôt rapidement, le journaliste va mettre enquêter et rapidement, il va commencer à halluciner, un homme va le poursuivre, sa petite amie va disparaitre... le chaos... Un Homme qui va découvrir une certaine réalité.

Cette histoire est la plus passionante pour plusieurs choses. Un, la ville est directement intégrée à l'histoire, on y voit une évolution. Et surtout le scenario est parfaitement cohérent, contrairement au précédent. Le scenario est surtout très bien narré, sur un rythme très lattent, où les choses s'installent, la pression monte, ça marche tel un crescendo et la tension n'en est que plus palpable (la musique y fait beaucoup, rappelons le). Graphiquement très different que "Pourri du ventre", il s'attarde plus sur un traité materiel et pictural, c'est à dire que le dessin en lui même est très précis mais que la couleur est ajoutée par couches, provoquant donc des épaisseurs de matières qui donne un aspect très inquitetant. Pour les besoins du scenario que je ne révèlerais pas, le style graphique va se moduler pour passer à quelquechose de plus vif, plus dynamique, plus "croqué" que l'autre. Tout aussi interressant elle permet de plonger dans l'histoire et de le montrer visuellement.

Globalement les deux BD se lisent très facilement, de façon très agréable et propose des rendus differents mais complémentaires sur l'ambiance singulière de la saga.

Cet UMD réussit son pari experimental visant à plonger le spectateur dans une ambiance, dans un univers. De part la navigation, le visuel, la musique, les interactions, les animations c'est une façon d'explorer réellement un contenu dans son contenant. C'est très efficace. Qui plus est, le thème de Silent Hill convient parfaitement pour ce premier essai, car c'est un jeu où differents medias s'y retrouvent (musique, esthetique, cinéma, jeu, BD, etc etc) Et cet UMD permet la réunification de ces choses. Une experience immanquable pour les fans de Silent Hill, ça va de soi. Mais une très bonne experience qui vaut réellement le coup pour les autres joueurs, surtout à ce prix.