Danse avec les dinos

Sorti début 2004 sur Playstation 2 au Japon, Monster Hunter de Capcom, éditeur célèbre pour ses jeux d’action (Onimusha, Devil May Cry etc.) nous proposait la grande aventure pour 60€, à savoir l’apprentissage de la chasse aux dinosaures, dans des conditions toutefois moins archaïques que celles de nos ancêtres qui tapaient du T-Rex à coups de lances serties de magnifiques silex assez inefficaces. Fort bien considéré au pays du Soleil Levant, son succès fut beaucoup plus mitigé dans nos contrées, l’infrastructure online dont le jeu tirait parti étant beaucoup moins développé chez nous. Plus qu’un simple portage de la version PS2, Monster Hunter Freedom, avec plus de 900000 unités écoulées au Japon, reste le titre le plus vendu de la PSP, dont les titres de qualité restent malheureusement rares même si de nombreux jeux intéressants sont annoncés. Mais là n’est pas le sujet, le titre débarque en France et des chasseurs sont requis pour prendre part à l’aventure. J’en suis, et je compte bien vous faire partager mon aventure, que dis-je : mon épopée ! Ah oui, notez qu’il y a une incohérence volontaire dans cette subtile introduction, je vous laisse chercher le temps de mon récit.



Jour 1 : Les rudiments de la survie

Me voilà donc dans ce village de Kokoto dont on m’avait tant parlé, quartier général des plus grands chasseurs de Wyvernes des environs : une première visite s’impose. De suite je suis fixé : avant de prétendre au titre de chasseur, il me faudra me faire un nom. Le temps pour moi de visiter les différentes échoppes d’armes, d’items et de discuter avec les villageois afin de me familiariser avec leur organisation, l’un d’entre eux me conseille de rencontrer le chef du village afin de débuter ma longue quête de reconnaissance dans ce milieu. Le chef, petit personnage rabougri et qui à première vue ne paie pas de mine, me prévient de la dureté des évènements à venir, mais cela ne m’effraie point. Je suis venu pour devenir un véritable chasseur, je ne repartirai pas sans l’être. Conscient de ma motivation à toute épreuve, le chef me donne gracieusement une petite somme d’argent, ainsi que différents types d’armes. Direction ma chaumière pour élire mon outil de combat : je débuterai avec cette grande épée, simple d’utilisation pour les novices en l’attente de combats contre de puissants ennemis, mais j’ai également le choix entre un simple couteau de chasseur, un marteau, lourd et donc peu maniable, une lance accompagnée d’un bouclier, et enfin une arbalète, la seule arme disponible lorsque l’on souhaite devenir artilleur.

Me voilà fin prêt à entamer cette grande aventure. Je me redirige vers le chef du village qui me propose une série de quêtes adaptées à ma faible expérience. J’y apprend entre autres à récolter des champignons, des baies, à dépecer les créatures achevées, les premières étant de grands herbivores peu farouches, ainsi qu’à faire cuire la viande récupérée via un barbecue improvisé. La pêche et la capture d’insectes font également parti de mes premières occupations, mais il me reste tant d’objets et ingrédients à trouver dans ce vaste monde, ceux-ci sont en effet utiles à la conception de nouvelles armes, d’items pour se soigner ou d’autres utiles durant les combats.
Chaque quête terminée dans le temps imparti à sa réalisation permet de recevoir une prime, plus ou moins élevée si l’on est tombé ou non au combat durant celle-ci. Me sont également attribués des points de guilde correspondant à mon rang de chasseur. En effet, je n’ai pas de niveau à proprement dit comme c’est le cas dans la plupart des autres Action/RPG, mais des points de guilde qui me permettent l’accès à d’autres quêtes, une choix d’armes et d’armures plus puissantes dans les échoppes, bref, une reconnaissance adaptée à mon rang. Cela me convient parfaitement, et me permet d’appréhender chaque quête avec tout le nécessaire disponible, même s’il m’est parfois utile de réaliser certaines d’entre elles plusieurs fois afin d’engranger des sommes d’argent conséquentes pour pallier au coût élevé des divers équipements vendus dans les échoppes. En effet, il est nécessaire de se confectionner une armure digne de ce nom, comprenant notamment un casque, un plastron, des avant-bras, un ceinturon etc., qui bien sûr sont visibles à l'écran, avec chacun leur point de résistance aux éléments et autres, comme dans tout bon Action/RPG qui se respecte.

Un peu de repos me permet de m’affairer à la rénovation d’une ferme, où je peux planter des baies, creuser la roche afin de récupérer du minerai pour améliorer mon équipement, pêcher, récolter du miel et autres activités somme toutes sympathiques, permettant de faire un break quant à mes desseins de chasseurs. Oui mais voilà, le chef du village a une mission à me confier : les Velociprey sont de retour…

Jour 2 : Mes premiers pas de chasseur hors pair

Un petit groupe de Velociprey, s’apparentant aux Vélociraptor que l’on peut voir dans les livres affairant à la préhistoire, est apparu près du village. Ceux-ci sont vifs, rapides, émettent des cris stridents pour appeler leurs congénères et ainsi m’encercler. Mais voilà, je n’ai pas fait tout ce chemin pour périr lors de ma première réelle chasse. Fort des essais réalisés avec les différents types d’armes, j’ai finalement choisi la lance. Celle-ci me permet en effet d’asséner des coups d’une portée plus importante que les autres armes de mêlée. Je peux également me déplacer et frapper tout en étant en position de garde : très intéressant lorsque je suis entouré d’ennemis bien décidés à me faire mordre la poussière.

J’avance doucement dans la jungle en rampant, c’est aussi cela l’art de la chasse : frapper avant de se faire repérer, et ainsi disposer d’un petit avantage dés le début des hostilités. Ce sont donc 3 Velociprey qui sont regroupés, et comble de malchance, l’un d’entre eux, posté sur une petite butte, m’a repéré et a de suite interpellé les deux autres, qui s’apprêtent dorénavant à fondre sur moi. Je dégaine ma lance et me lance dans la bataille avec rage, via une percée folle en combinant les touches rond et triangle. Les Velociprey prennent un coup direct, j’enchaîne par la suite par d’autres petits coups tout en restant protégé, mais la lame de ma lance vient à s’user alors que l’un des raptors vient de succomber. Je m’éloigne, utilise l’aiguisoir fourni par le chef du village avant la quête, et repart à l’assaut. Après quelques mises à terre, je réussis finalement à vaincre les deux derniers opposants, et m’empresse de les dépecer avant la fin de la quête. Un sentiment de fierté m’envahit, laissant place la peur de la première escarmouche : j’ai enfin prouvé que mon rêve pouvait devenir réalité !

Bien évidemment, la reconnaissance suprême n’interviendra qu’après moult batailles contre des dizaines de créatures différentes. J’ai d’ailleurs déjà croisé sur mon chemin un gigantesque Wyverne, rapide, furieux et extrêmement costaud. Trop peu entraîné, il m’a fallu prendre la fuite avec pertes et fracas, sans quoi ce monstre n’aurait fait qu’une bouchée de mes prétendues capacités de chasseur. Lorsqu’une quête visant à vaincre un de ces Wyvernes me fût confiée, mon équipement était déjà beaucoup plus évolué, et mes techniques plus posées : usant de bombes soniques ou de fumées, de barils d’explosifs et de fosses piégées, ceci devint du grand spectacle, et surtout un combat furieux où j’ai frôlé la mort bien plus d’une fois avant de venir à bout de ce géant cracheur de flammes, déboulant vers moi avec une rage ahurissante, provoquant moments de panique lorsque la caméra, assez capricieuse, ne souhaitait apparemment pas me faciliter la tâche, et que mes coups partaient dans le vide, trop pressé d’en finir que j’étais. Je pensai pouvoir directement « croiser le fer » avec ces monstres, mais un sens tactique irréprochable est primordial, sans quoi la réussite des quêtes ne sera qu’utopique. De plus une bonne connaissance de tous les objets mis à disposition pour celles-ci est un atout indéniable. Mal choisir les objets emportés peut aboutir à un véritable casse-tête lorsque des décisions vitales sont à prendre : prenez le temps de réfléchir avant les joutes, les créatures de Monster Hunter Freedom n’attendront pas que vous ayez ingurgité cette potion salvatrice pour vous attaquer. Tactique, réflexion, connaissance de l’environnement, patience et maîtrise de soi sont les maîtres mots dans l’art de la chasse.

Jour 3 : Contemplation de ces splendides contrées

Mon voyage est déjà bien avancé que je n’ai même pas pris le temps de conter la magnificence de ce monde. Dés la sortie du village à mes débuts, je fût ébloui par ces montagnes couvertes de verdure, parfois traversées par les ombres des nuages que le vent transporte. Les étendues d’eau, pour reprendre une expression qui perd de son sens à chaque génération de console, sont ici photo-réalistes. La jungle, sombre et inquiétante, permet de se dissimuler dans les fourrées ! Avant d’être repéré par un colossal sanglier fouineur qui n’a que votre arrière-train pour cible… Les effets lumineux, même s’ils n’ont pas de réelle incidence sur le jeu, sont du plus bel effet, laissant apparaître ça et là des filins de lumière se faufilant à travers la végétation dense. Et une chose et sûre : Monster Hunter Freedom nous fait voir du pays ! Entre les plaines, jungles, montagnes, déserts et autres lieux riches et variés, le dépaysement est à chaque fois total.

Par contre, au niveau sonore, point de musique d’ambiance : afin de renforcer l’immersion, mes seuls compagnons de route étaient les hurlements des dinosaures et autres créatures, le doux chant des oiseaux, le souffle du vent ainsi que différents sons appropriés à la situation, ceux-ci reproduits d’une manière on ne peut plus fidèle. A l'intérieur du village, dans les bâtiments et au tout début des quêtes, des petites mélodies d’apparence celtiques tout à fait appropriées et judicieusement orchestrées égaient un temps soit peu vos déplacements. Certains s’ennuieront ferme, habitués aux grandes symphonies des RPG ou aux riffs métal des jeux d’action, alors que la plupart trouveront un coté poétique à tout cela, le bon temps où nous gambadions nus dans les prés, armés d’une lance en bois ou silex à la recherche de nourriture, tous poilus que nous étions.


Monster Hunter Freedom fait partie de ces rares titres totalement dépaysants, laissant une liberté d’action complète, même si les aires de jeu, souvent différentes, laissent toutefois un petit côté linéaire un peu désagréable. Mais rien de bien méchant comparé au plaisir d’arpenter ces lieux sublimes, passant de cascades colossales à de la jungle luxuriante, tout ceci accompagné d’une ambiance sonore très réaliste renforçant l’immersion. Faire une petite pause casse-croûte autour d’un barbecue avant de paniquer devant un Wyverne gigantesque, prendre ses jambes à son coup entre deux parties de pêche, poursuivi par une petite meute de raptors en tous genres : le plaisir ne peut s’expliquer, il résulte d’une immersion complète dans l’univers du jeu et dans sa pratique. Car même si la maniabilité est au début assez corsée, elle devient par la suite l’élément clé de la stratégie de combat que vous souhaitez mettre en place. Beau, passionnant et très long, Monster Hunter Freedom est désormais une référence sur PSP, l’on regrettera juste l’absence du mode de jeu online en ad-hoc, le mode local étant le seul disponible : à vous de trouver des camarades chasseurs autour de vous, et revêtir votre tunique en peau de Velociprey pour partir à l’aventure.
Ah j’oubliai : les hommes n’ont jamais côtoyé les dinosaures, mais je pense que vous aviez de suite trouvé cette incohérence, non ?