Les chevaux s'affolent, les lames s'entrechoquent : Dynasty Warriors est de retour !

Dynasty Warriors a permis à Koei de se faire une renommée dans le monde du JV. Fer de lance d’un genre apprécié ou détesté, à savoir le beat’em all, la série d’Omega Force a séduit une large communauté de joueurs : au Japon dans un premier temps, sous le nom de Shin Sangoku Musô, où chaque opus fait un véritable carton, puis par la suite en Occident avec un succès moindre mais tout de même probant. Après un quatrième opus convaincant quoique peu novateur, Dynasty Warriors 5 débarque dans nos contrées en juillet 2005 avec quelques nouveautés appréciables, qui, si elles ne révolutionnent pas la série, lui apportent tout de même un peu de fraîcheur.

La Chine, ses paysages, ses batailles

Le scénario de la saga Dynasty Warriors est le même depuis la nuit des temps, ou tout du moins la sortie du premier opus. Celui-ci prend place en Chine à l’époque médiévale, et est tiré de la Romance des Trois Royaumes, ouvrage culte au Japon et écrit il y a plus de 600 ans. Ce roman conte l’histoire de la Dynastie Han, trois royaumes combattent pour le contrôle de la Chine : le Shu, dirigé par Liu Bei accompagné de Zhuge Liang, le plus grand stratège de son époque ; le Wu de Sun Jian, entouré de nombreux parents guerriers ; et le Wei de Cao-Cao et Sima Yi. Chacun lutte pour des idéaux différents : l’apport de la paix après trop de souffrances pour certains, la soif de pouvoir pour d’autres, des valeurs que l’on retrouve sans peine dans la société actuelle et qui sont ici romancées dans une histoire riche et passionante. Si tout du moins l’on ne se perd pas dans cette foule de personnages, chaque seigneur étant en effet entouré de nombreux et célèbres officiers, dont certains sont ici élevés au rang de légendes comme le Dieu de la Guerre Guan Yu et sa barbe majestueuse.

Cependant, n’espérez pas découvrir certains détails croustillants concernant la vie intime des personnages, Dynasty Warriors 5 est un beat’em all au sens premier du terme, le contexte historique n’est en effet que prétexte à d’immenses batailles entre ces trois Royaumes, ainsi que contre d’autres ordres et peuplades historiques : les Turbans Jaunes, secte dirigée par le gourou Zhang Jiao, les campagnes contre les indigènes du Nanman (contrée ressemblant à la Thaïlande) et leur roi bestial Meng Huo, ou encore contre l’infâme Dong Zhuo et son redoutable bras-droit Lu Bu. Pour connaître les copinages de tous ces personnages, une rubrique Encyclopédie, extrêmement détaillée, vous permettra d’enrichir vos connaissances culturelles. Qui a dit qu’un beat’em all ne pouvait être éducatif ?

Le mode histoire (Musou) est décomposé en chapitres, chacun faisant référence à une célèbre bataille. Chaque personnage possède son propre mode histoire. La rengaine des batailles dans l’opus quatre est ainsi en partie oubliée, en partie seulement car bien évidemment certaines d’entre elles voient combattre plusieurs officiers du même camp, et ne sont donc pas uniques à un seul et même personnage. Ainsi vous participerez plusieurs fois à certaines joutes, l’aspect répétitif étant en partie caché par des objectifs assignés à votre personnages légèrement différents des autres. Omega Force ne fait toujours pas dans la variété, mais « y’a du mieux ! ».

Des Chinois par paquets de 10

Entrons dorénavant dans le vif du sujet : les batailles ! Il vous faut dans un premier choisir un officier parmi les 48 personnages jouables, ceux-ci étant débloqués en fonction de votre avancée dans le mode Musou. Chacun d’entre eux possède un style de combat bien à lui, déterminé par l’arme qu’il utilise sur le champ de bataille : tonfas, katana, lance, épées, éventail, sabre, lances doubles, bâton, hallebardes, cartes (?!), nunchaku… Varié et conséquent, l’arsenal de guerre a toutefois une utilisation assez similaire. En effet, peut importe le type d’arme dont vous êtes équipés, et donc le personnage choisi, vous disposez d’une panoplie de coups restreinte : il s’agit d’enchaînements basiques combinant les touches carré et triangle, plus étoffés en fonction du niveau de l’arme, mais rien d’exceptionnel. Une attaque supplémentaire pour chaque perso par rapport au précédent opus tout de même, c’est toujours cela de gagné.
Durant les combats, une jauge se remplit petit à petit, celle-ci est appelée jauge de « Musou ». Une fois pleine, vous pouvez déclencher une attaque fort dévastatrice envoyant valdinguer les ennemis à droite à gauche, pratique lorsque l’on commence à être encerclé. Il est également possible de récupérer des items permettant d’utiliser la rage Musou, augmentant la défense, l’attaque et la rapidité de votre personnage, ainsi que la vitesse de récupération du Musou.

Venons-en au principe du jeu. Vous débarquez sur le champ de bataille avec un objectif indiqué en début de mission. En général, il s’agit de venir à bout du général ennemi, sans que le vôtre ne soit tué, ou que vous périssiez (auquel cas la partie s’achève sur un Game Over bien violent, car il n’y a aucun checkpoint durant les batailles). Et oui ! Vous pouvez passer une demi-heure à augmenter votre K.O. count afin d’engranger les points d’expérience, pour finalement mourir lamentablement, vaincu par un général ennemi décidément très vigoureux bien qu’acculé. Les boules. Mais si vous gérez bien votre santé et les items à votre disposition, ce genre de mésaventure est assez rare.
Sur la map se trouvent différents types de bases ennemies qu’il est fort recommandé de prendre : points de contrôle, d’où parviennent les renforts ennemis, bases de ravitaillement, bases d’attaque et de défense. Chaque victoire sur un chef de base vous permet de prendre le contrôle de celle-ci, ce qui a pour effet de baisser le moral des troupes adverses. Ce qui frappe avec la série Dynasty Warriors, c’est le nombre d’unités ennemies et/ou alliées présentes à l’écran. En effet, les adversaires arrivent en général par dizaines de petits groupes constituées de 5 soldats, et quand tout ce petit monde se retrouve à vos côtés, vous-mêmes accompagné de troupes alliées, c’est la guerre ! Vous frappez ici et là pour mettre à mal vos ennemis par paquets de 10, de 20, voir de 50 en période de fortes affluences : bourrin à souhait ! Votre compteur de KO s’affole dés les premières secondes de jeu, et les batailles se terminent généralement avec près de 500 KO au tableau de chasse, ceci sans forcer. Pour un max de points d’XP, il n’est pas très compliqué de franchir la barre des 2000 KO, si toutefois vous n’avez pas grand-chose à faire de votre temps libre.

Les soldats de base ne font pas preuve de beaucoup de robustesse, au contraire de leurs officiers. Ceux-ci disposent en effet d’attaques Musou, d’armes légèrement plus efficaces, et surtout d’une jauge de vie bien plus conséquente. Les simples officiers ne posent pas trop de problèmes, mais il en est tout autres des héros du camp adverse, puissants et rapides, qui ne vous lâcheront pas si vous croisez leur chemin et êtes décidés à les faire trépasser.
Certains officiers de haut-rang ont à leur tête d’autres officiers moins gradés : tuez leur commandant, ils quitteront le champ de bataille comme des lavettes : un peu dommage, cela influe en effet beaucoup sur le déroulement des batailles, vous facilitant grandement la tache.

Durant celles-ci, vous êtes accompagnés, si vous le souhaitez, d’un seul et unique garde du corps, dont le niveau évolue en fonction de ses prouesses au combat. Si les lanciers, manieuses d’éventails ou épéistes sont entreprenants, on ne peut en dire de même des magiciens et autres archers, qui envoient sorts et flèches au compte-gouttes.
Si la jauge de Musou de votre acolyte est pleine, un lien électrique vous relie à lui si vous êtes à ses côtés. Ceci vous permet de déclencher une attaque Musou combinée. Idée intéressante mais application fastidieuse ! En effet, si votre garde du corps est dos à l’ennemi, il ne lui viendra pas à l’idée de se retourner pour réaliser au mieux cette attaque : celui-ci frappe dans le vent, gâchant par là même la totalité de sa jauge de Musou. Enervant. Mais étant donné qu’il se trouve en général à quelques centaines de mètres de vous lorsque vous vous déplacez à cheval, vous ne ferez même plus attention à lui...

Chaque bataille emportée permet de récupérer des points d'expérience, ceci afin d’accroître les capacités physiques de votre personnage. Il n’y a cependant pas de choix à opérer, les améliorations sont automatiques à chaque niveau.
Les objets et armes récupérées sur le champ de batailles sont affichés, et libres à vous de les garder ou non en fonction de vos besoins. Certains items sont forts précieux, vous permettant d’augmenter votre niveau de vie, votre puissance, votre rapidité, votre défense, votre jauge de Musou, j’en passe et des meilleurs. Toutefois, les objets trouvés restent disponibles même lorsque vous débutez le mode histoire avec un autre personnage. Inutile de vous expliquer qu’une fois la totalité des objets récupérés, l’intérêt de cette recherche est inexistant.

Quoi de plus ?

On nous promettait des améliorations notables, elles sont présentes, mais pas réellement révolutionnaires. Au niveau de la réalisation, la profondeur de champ a été accrue. Le brouillard de guerre, omniprésent dans les précédents opus, a pratiquement disparu, permettant une visibilité bien plus importante et plus agréable. Le nombre d’unités à l’écran, déjà conséquent, a une nouvelle fois été revu à la hausse. En résulte des moments de pagaille jouissifs à faucher des dizaines d’adversaires sans se fouler, à grands coups d’hallebardes, de lance ou autres armes disponibles. La modélisation des personnages a été affinée pour paraître plus réaliste. Le travail réalisé sur ce point est convaincant, pas exceptionnel mais tout à fait propre. Ajoutez à cela de belles gerbes lumineuses lorsque des coups sont portés, l’ensemble donne un peu plus d’attrait aux combats.
Autre ajout d’importance, 6 nouveaux personnages viennent intégrer le mode histoire, portant à 48 le nombre de combattants jouables. Ceux-ci débarquent avec des armes inédites : des hallebardes pour Pang De et une lance à double tranchants pour Cao Pi (Wei) ; deux nunchaku pour Ling Tong (Wu), une épée large pour Guan Ping et un trident pour Xing Cai (Shu). Des armes inédites et fort sympathiques à manier, permettant un peu plus de variété dans le gameplay. Juste un peu. Le dernier personnage déblocable est tout à fait curieux, il s’agit d’un vieil homme que vous verrez apparaître au cours de certaines batailles en fonction de l’officier que vous incarnez. Se battant avec un jeu de cartes magiques, Zuo Ci est un peu le prophète de l’époque, et sème le trouble dans les pensées des généraux, intrigués par ses paroles.
Enfin, Dynasty Warriors 5 voir l’apparition de tigres durant certaines missions. Ceux-ci sont invincibles, et il suffit de tuer le « maître des bêtes » pour qu’ils quittent le champ de bataille. Un ajout exotique malheureusement sous-utilisé qui aurait pu donner un peu de piquant aux batailles, mais dont l’on regrettera l’aspect gadget.

Toujours pas au top

Excellent beat’em all, Dynasty Warriors 5 pourrait également être un excellent jeu grand public s’il ne gardait pas les tares récurrentes de la série. En premier lieu, l’IA des troupes de base. Plus fringantes que dans l’opus 4, celles-ci sont tout de même bien mollassonnes, se laissant malmener sans réaction probante. En effet, il n’est pas rare de les voir vous entourer sans pour autant qu’elles prennent l’initiative de vous porter un coup. D’accord, vos généraux impressionnent par leur puissance, mais de là à apeurer les troupes ennemies au point qu’elles n’osent vous frapper, c’est un peu gros. De même, leurs gestes, attitudes et tactiques sont prédéfinies : voyez-les reculer en groupe, vous saurez qu’elles préparent une attaque chargée. De ce fait, il suffit de se reculer un peu pour que la portée de leur attaque soit insuffisante pour vous toucher (mais cela ne les empêchera pas de tenter le coup…). Heureusement, les officiers prennent beaucoup plus d’initiatives, et se montrent bien plus robustes, rapides et dangereux, voir pour certains tout simplement surpuissants.
Ensuite, la réalisation globale reste peu. Textures fades, décors assez vides : le compromis entre qualité des graphismes et unités à l’écran a été vite expédié. On notera tout de même pas mal d’efforts par rapport aux précédents opus, notamment de par la plus grande variété de troupes ennemies (apparition des magiciens notamment), et leur modélisation. Pour être clair : ça y est, ils ressemblent à des guerriers chinois !
Enfin, on pourra regretter le manque de variété dans les objectifs : on frappe, on frappe, on frappe, et même, parfois, on se surprend à frapper. C’est un beat’em all bien évidemment, mais une palette de coups encore plus étoffée serait appréciable.
Reste que Dynasty Warriors, par son principe simpliste et sa prise en main aisée, dispose d’une communauté de fans conséquente mettant de côté les défauts de la série pour se concentrer sur le plaisir de jeu, comme ce fût le cas pour la saga Tenchu dans une autre style.

Ce dernier opus de la série Dynasty Warriors se voit doté de quelques nouveautés appréciables, venant enrichir la durée de vie du soft déjà conséquente, avec ses 48 personnages à débloquer, les armes ultimes à trouver, le mode coopération, les défis en versus à deux joueurs et autres réjouissances. Reste qu’il reste malgré tout un Dynasty Warriors, avec tout ce que cela implique : réalisation imparfaite, IA de manchot, une certaine répétitivité, peu de variété dans le gameplay.
Mais les fans de la série vous le diront : l’intérêt est ailleurs ! Quel bonheur de parcourir ces champs de bataille à cheval, à dos d’éléphant ou à pied, charcuter des milliers d’ennemis à grands coups d’épée et autres armes diverses et variées, déclencher des attaques Musou dévastatrices faisant valdinguer les ennemis de part et d’autre de l’écran !
Parce que je me dois d’être objectif, la note que je donne à ce dernier opus de la série prend en compte les défauts du jeu, mais aussi ses nouveautés appréciables, pour une note globale raisonnable. Si vous êtes fan de la série, rien ne vous empêchera de considérer la note comme un 16 sur 20, c’est même recommandé.