Quand la Carpe devient Dragon...

C'est avec un certain retard que cet article vous parvient, mais en fait vous allez vite comprendre que lorsque l'on a Yakuza dans les mains, on ne le lâche plus et quand c'est finit on est encore dedans... Du coup, le recul doit être énorme tant la claque fait mal (au bon sens du terme, évidemment).
L'effet de surprise ne sera pas présent dans ce test, tout simplement car le jeu est la bombe qui avait été annoncé lors de la preview...


La classe du yakuza cinématographique

On se remet en selle : vous êtes Kazuma Kiryu, un yakuza au sommet de sa gloire, prêt à fonder sa propre famille au sein du clan Tojo. Yakuza au grand coeur -comme aiment s'auto-proclamer les vrais yakuzas- il va prendre sur lui le meurtre du président du clan afin de couvrir son ami rival fraternel (oui c'est une drole d'appellation...) Nishiki.
A sa sortie de prison, dix ans après, les regards lui sont hostiles et comme ça ne suffisait pas, il est au coeur d'un grand complot qui semble viser au prime abord le clan Tojo... Et en plus de cela, le pote Nishiki est devenu mégalomane, prêt à tuer son frère spirituel...

La trame a été grossièrement planté, vous savez dans quelles eaux nager. De suite, ce qui frappe, c'est la mise en scène très tape-à-l'oeil, bourrée de clichés cinématographique et d'idées préconçues qui ont fait le popularisme non seulement des yakuzas, mais aussi du cinéma asiatique dans le monde. En gros, l'ambiance est excellemment travaillée par cette "mise en scène" qui rappelle donc, beaucoup de films comme "Aniki, mon frère" de Kitano (même si ce n'est pas le même décors) par exemple. Yakuza est aussi un beat'm all, les arts martiaux y ont donc une place prépondérante, c'est pourquoi on se retrouve avec des références du cinéma de Kung-Fu, comme la particularité d'avoir des acteurs qui "sur-jouent", où la rivalité entre deux "faux-frères", l'idée archétype du "combat final" ; tout ce travail impose déjà une ambiance particulière qui n'avait pas encore été si bien retranscris.

L'idée cinématographique n'est pas trop pompant dans le sens où les cut-scènes ne sont pas trop longues et n'entravent pas au jeu lui-même ; de ce coté, c'est bien équilibré, on est joueur et non spectateur malgré l'ombre omniprésente du 7ème art.

Une technique au service de l'immersion...

Evidemment, une telle ambiance a autant d'impact grâce à la qualité graphique du soft. Sega a assuré cet aspect, notamment aux effets visuels tel que la lumière ou les reflets, car les protagonistes n'ont en fait rien de spectaculaire en soi, ça ne dépasse pas la finesse d'un God of War par exemple. Mais il a fallu équilibrer pour avoir une bonne ambiance et une belle qualité d'affichage. Car il faut afficher les piétons, il y en a beaucoup et comme chacun sait que la mémoire de la PS2 est la plus faible du marché, cela expliquant cela.
Attention, le jeu n'est pas laid, il est d'une très bonne qualité mais dans le sens où l'ambiance si particulière d'une ville tokyoite (c'est une ville fictive inspirée de la capitale, rappelons-le) mêlée à cet aspect "ancestral" des yakuzas est particulièrement réussie.
Par compte, un point noir tout de même : les temps de chargement. A chaque combat, on a un écran de chargement, qui n'est pas long mais assez agaçant au vue du haut nombre des confrontations. Encore une fois, pour gagner de la mémoire, les développeurs ont sectionné la ville en plusieurs parties. Ainsi, dès que l'on change de zone, on a un petit ralentissement histoire de caler avec le déroulement de l'animation. C'est assez déroutant au début mais on s'en y accommode très vite.

Le travail sonore n'est pas en reste et participe à l'immersion dans la vie d'un yakuza persécuté par ses pairs. Avec des musiques oscillant entre du traditionnel et du "hard-rock" pour les scènes de combat, elles collent bien à l'action présente et permet de se laisser bercer par l'histoire-jeu. On avait espérer les voix en japonais mais ce sont les versions américaines qui sont issues de la machine Hollywoodienne (Michael Madsen (Reservoir Dogs, SinCity, KillBill), Mark Hamill (StarWars), Rachael Leigh Cook (AntiTrust, Get Carter), Eliza Dushku (Buffy) and Michael Rosenbaum (Lex Luthor dans Smallville). Ceci est tout de même de bonne qualité et le jeu est parfaitement pris au sérieux, l'aspect "sur-joué", qui est un archétype du cinéma populaire asiatique est ici crédible et ne donne pas droit à des éclats de rire quand il ne le faut pas (car, il arrive que "sur-sur-jouer" ça en devient risible)...

Ma libertééééééééé de tabasser, de boire, manger, draguer et jouer !

Le jeu en lui-même est avant tout un beat'm all, vous rencontrez des ennemis soit dans le scénario ou encore des branleurs vous agressant dans la rue. Lorsque c'est le cas, le jeu est d'une simplicité enfantine : le jeu n'est pas une sorte de Tekken avec des combos à rallonge trop ou trop chiant, mais réellement une combinaison à base de "carré+carré+carré+triangle" et... c'est tout. Vous n'avez que quatre combinaisons de combos qui ne ressemblent beaucoup. Certains diront que c'est trop répétitive et que l'on s'ennuie, ce n'est pas le cas. En effet, en plus de cela, vous avez une "prise" et surtout une sorte de "fièvre" qui se déclanche quand vous êtes chaud, lorsque c'est le cas vous pourrez éclater le crane de votre ennemi sur un mur, sur le sol ou avec un objet divers. Et franchement ceci n'est vraiment pas grand chose en soi mais couplé avec ces combos et cette chope et la possibilité de se battre avec une batte, un club de golf, un katana, une hache, un vélo, etc donne droit à des règlements de compte fort dynamiques et donc peu ennuyeux.
Ceci, pour la simple bonne raison lorsque vous vous battez vous n'avez pas la rue à vous mais vous avez une "arène" délimité par une foule en délire. L'espace étant réduit, vous allez à l'essentiel : la correction. Si l'on ajoute à cela un certain dynamisme de caméra, particulièrement lors des attaques "fièvres" où la caméra zoome, s'emballe et enchaîne un effet de "blur", le tout reste très vivifiant, plaisant et évidement amusant.

On constate malgré tout quelques petits problèmes lors de ces combats. Une caméra qui fausse quelque peu notre vison et nous faisant frapper dans le vide... Quoi de plus rageant que se faire massacrer par derrière (ce n'est pas sale) car on frappe dans le vent ?... Ce qui est assez étrange c'est que cela arrive quelquefois malgré la présence d'un "lock manuel". Lorsque vous avancerez dans le jeu, vous devrez combattre des types armés de pistolet... Quoi de plus rageant d'être maintenu à distance et déstabiliser par une ou deux armes à feu pendant que l'on se fait tabasser par des costauds au corps à corps ?...
Ce n'est pas extrêmement grave et n'influence la difficulté du jeu en fait mais cela agace tout de même...

En dehors de ceci et c'est aussi ce qui fait son charme, c'est que notre ami Kiryu va pouvoir se balader comme bon lui semble dans la ville, il pourra picoler dans un bar à essayer tous les alcools du coin (y en a un paquet, vous pouvez me croire), vous pourrez aller draguer dans des bars à hôtesse. Dans cet exemple, vous devrez acheter de quoi boire et manger pour la soirée, certaine filles aiment les gros riches, donc cela aura son influence sur votre affinité, ensuite elle vous posera des questions et en fonction de vos réponses, elle pourra vous detester ou vous aimez jusqu'à passer une soirée hors du bar. Quand c'est le cas, on considère que cette mission alternative est achevée, vous pouvez donc enchaîner une autre fille...
Vous pourrez aussi jouer au casino afin de vous faire du blé, vous pourrez aussi aller manger (indispensable pour reprendre des forces), là c'est varié, vous pouvez vous nourrir de guydons, de MacDo, glaces, resto chic japonais, etc etc.
Si on ajoute à cela, les nombreuses missions facultatives, comme aider une femme à récupérer son sac volé, ou faire fuir des yakuzas qui rackettent les honnêtes commerçants, etc.
Bref, c'est assez énorme et varié et c'est surtout très intéressant, vous flânez dans les rues mais vous vous faites plaisir, c'est un régal tant nous avons une bonne liberté tout en gardant une cohérence scénaristique.

Et Shenmue là dedans ?

On l'a comparé beaucoup à Shenmue pour ce genre "beat'm all vivant". En fait, il n'en est rien... Ou presque. Disons plutôt que nous naviguons sur des terres très opposées, principalement au niveau de l'ambiance. Shenmue a un aspect plus traditionnel et aussi un aspect naïf via le personnage attachant de Ryo. Ici, c'est tout le contraire... Certes, le héros est bon mais il était tout de même yakuza et l'est toujours dans l'âme.

Déjà, ce coté peut être retiré. Ensuite, il est clair que la notion de liberté y ressemble beaucoup mais Yakuza est plus limité, Kazuma ne doit payer sa piaule par exemple, sa ville est plus petite, il ne peut pas parler à tout le monde et son but est bien plus expéditive que la recherche de quinze plombes de Ryo. En fait, Yakuza est plutôt le résultat des leçons tirées du demi-échec de Shenmue... Un Shenmue plus modéré, plus efficace, plus "populaire" et donc bien plus accessible.

Qualité prédite, qualité affirmée. Yakuza est un très grand jeu scénaristique où le spectacle visuel est correctement équilibré avec le jeu vidéo donnant ainsi a une très belle expérience de fun dû au beat'm all, ainsi qu'aux joies de la vie fictive (sans excès) dû à la la grande liberté et variété d'action.
On va critiquer un peu négativement mais le jeu, malheureusement aussi varié soit-il, se termine rapidement et c'est bien dommage car on ne peut pas continuer la quête avec les missions secondaires, on peut, soit tout refaire mais sans la quête principale, ou refaire tous les boss, chose qui n'a pas un grand intérêt car on ne garde pas notre niveau de fin de quête...
Sinon c'est du tout bon, c'est le "must" annoncé et si ce n'est pas encore fait, allez l'acheter !