Nobuo Uematsu, LE maître incontestable des BO de jeux vidéos

Chaque mouvement du 5ème art à connu des dieux vivants qui resteront les emblèmes éternels de leur catégorie. Ainsi, Bob Marley demeurera à jamais le pionnier du reggae, Elvis Presley le fondateur du rock américain, John Williams le maître incontesté des bandes originales de films à succès, Tragédie les initiateurs du R&B français…Alors, pour un secteur musical en pleine croissance comme les bandes originales de jeux vidéos, il fallait une sacré pointure. Cette pointure se nomme Nobuo Uematsu !

Et la lumière fut !

Nobuo Uematsu naît le 21 mars 1959 à Kôchi, au sud du Japon. Issu d’une famille assez aisé, le bambin est baigné dès sa naissance dans la musique. Très vite passionné, il compose à 12ans sa première chanson, à l’occasion d’un cours de piano. Son professeur le considéra très vite comme un excellent musicien. Jeune, Nobuo rêvait de ressembler à Elton John (enfin surtout jouer comme Elton) et c’est de cette adoration pour le rouquin anglais que naît sa passion pour la musique. Pourtant, la musique n’a pas toujours été la priorité pour le nippon puisque jeune, il désirait être lutteur professionnel et intégrer l’équipe olympique japonaise, chemin qu’il ne le mena nulle part. Son père le pousse alors à entrer dans l’école de Kanagawa pour que son fils fasse un métier noble, médécin ou avocat, et Nobuo ressort de cette université diplôme en poche. Durant ces études, il profite de ces temps libres pour jouer comme keyboardiste dans divers groupes amateurs pour continuer à conserver son niveau. Ce n’est qu’à 22ans, en 1981, qu’il fonde son premier groupe ou il y joue en tant que synthétiseur mais malheureusement, ou plutôt heureusement, il se rend très vite compte que seule la composition importe pour lui. Rapidement, après quelques envois de cassettes et de maquettes, il se trouve un petit job sur une chaîne de radio nationale au Japon pour composer des bandes sons de slogans publicitaires. Il exerça ce travail pendant quatre années jusqu’à ce qu’en 1985, le destin mis sur la route du compositeur japonais un nouveau boulot beaucoup plus intéressant.

Nobuo et la saga Final Fantasy, une grande histoire d’amour

En 1985 donc, Mister Uematsu fait la rencontre du directeur de planning de Squaresoft à l’époque, devenu actuellement le président de sa propre société Mistwalker, le très célèbre Hironobu Sakaguchi. La rencontre se fait simplement, grâce à l’intermédiaire d’un ami commun aux deux protagonistes et très rapidement, Nobuo est engagé par Squaresoft. Il est directement intégré aux équipes de développement de jeux sur NES, comme Genesis, Alpha Mission ou encore de Cruise Chaser Blassty, pour se charger de la composition de certaines musiques et des arrangements des autres. L’année suivante, les ventes de jeux NES ne rapportant pas assez, Squaresoft est à deux doigts de mettre la clé sous la porte. Il reste pourtant une ultime chance pour Sakaguchi de sauver la firme. Cette dernière chance on l’a connaît, elle se nomme Final Fantasy. Sakaguchi décide pour cela de faire confiance à Nobuo pour la composition de la totalité des musiques de Final Fantasy I et II. La suite tout le monde la connaît, Final Fantasy connaît un succès international (certains scientifiques se demandent même si le succès n’est pas interplanétaires…) notamment grâce à ses musiques enchanteresses qui rendent le titre unique et exceptionnel. Nobuo est alors parti pour une longue aventure avec Final Fantasy.

Son départ de chez Square et son avenir

Pourtant à partir de 2001, Uematsu commence à s’éloigner doucement de Final Fantasy et de ses musiques. Il partage en 2001 la compostion des musiques de FFX avec Junya Nakano et Masashi Hamauzu et en 2002, celles de FFXI avec Naoshi Mizuta et Kumi Tanioka. La même année, il organise avec le Tokyo Philharmonic Orchestra un concert reprenant toutes les mélodies et chansons qui ont marqués l’histoire de la mythique saga de Square. Certains y verront un chaleureux geste de la part de Nobuo. Les plus entrepreneurs y verront une sorte de jubilé, un dernier hommage avant le départ du maestro de Square. Toujours en 2002, lors du commencement du développement du très récent Final Fantasy XII, Nobuo refuse de produire la composition de la bande originale du titre et accepte seulement de faire la chanson du thème, son remplaçant se nommera Hitoshi Sakimoto. Lassitude ? Envie de laisser la place aux jeunes ? Dégoût de la fusion entre Square Co. et Enix ? Quoi qu’il en soit, en 2004, ce qui devait arriver arriva et Nobuo annonce sa démission au président de Square-Enix, Yoichi Wada. Il va alors créer sa propre société nommée Smile Please, avouant lors d’une interview qu’il a fondé cette société pour rester en contact avec le monde musical et le monde du jeux vidéos. Il choisit ce nom Smile Please (qui signifie « Souriez s’il vous plait ») car il « adore rire, mais en plus [il] veu[t] que tout le monde puisse travailler en s’amusant ». Un sacré bonhomme ce Nobuo ! Il annonce également son désir de garder contact avec son bébé, Final Fantasy, et l’année suivante, il signera la composition de sa toute première soundtrack de film : FFVII Avent Children. Nobuo va continuer sa lancée dans la musique et forme The Black Mages, un groupe de power metal qui voit sa playlist essentiellement constituée de réarrangements des musiques de combats de FF. Après sa propre société, Nobuo vient de lancer son propre label il y a quelques mois, Dog Ear Records. Ce label sert notamment pour la soundtrack de Blue Dragon, sa toute première BO d’un jeu n’étant pas développé par Square. Cela n’est pas étonnant puisque le développement de Blue Dragon est aux mains de Hironobu Sakaguchi, le vieil ami de Nobuo chez Square. Nobuo Uematsu est actuellement sur le projet de Blue Dragon donc, mais aussi de Lost Odyssey (toujours avec Sakaguchi), de Super Smash Bros. Brawl et de Cry On (de nouveau avec Sakaguchi). On soulignera la fidélité de Nobuo à celui à qui il doit son rôle dans Final Fantasy mais aussi à la firme pour qui il a travaillé si longtemps.

Un style bien à lui

Pour Uematsu, la musique est un point important d’un jeu, elle peut apporter des émotions et des sentiments, c’est pourquoi il va jouer sur le plan mélodique et harmonique. Il va rechercher en premier à partager aux joueurs beaucoup d’émotions. Il commence en premier par le thème principal, le point le plus complexe pour lui. Il définit lui-même sa méthode de travail lors d’une interview : "Je relis plusieurs fois le scénario afin d´en extraire les différentes émotions. Ensuite, j´examine l´apparence des personnages, leurs manières de penser et d’agir. Une fois ce travail de repérage terminé, je m´attelle à la composition du thème principal. Ceci représente probablement la tâche la plus difficile." On peut remarquer que pour la majeure partie des thèmes importants, que ce soit l’introduction du jeu ou bien des musiques comme « Aerith’s Thème » ou la « Sad Piano Thème » de FF8, Nobuo a des préférences pour le piano ou le synthétiseur plus exactement (ces instruments préférés étant donné qu’il les pratique), en préférant opté pour un ton plutôt grave mais assez calme au départ et aller en crescendo vers l’aigu, en intensifiant le rythme et la vitesse. Il aime aussi ajouter au fur et à mesure de l’avancement de la chanson quelques instruments, toujours romantique, comme le violon, le triangle, la harpe…des instruments calmes, qui vont plus facilement mettre de l’effervescence dans le petit cœur de l’humain derrière sa manette. Son petit plus c’est l’ajout de notes fortes et de notes dîtes étrangères, qui ressortent car elles ne sont pas en harmonie avec l’accord mais elles sont toujours en harmonie avec le ton (et oui, sinon c’est une fausse note). Les introductions de jeux sont en effet beaucoup plus complexes car c’est la plus importante. Il faut savoir qu’il doit également faire en fonction des cinématographiques proposées, c’est pour cela que le thème principal de Final Fantasy 8 est beaucoup plus violent et intense. A ce moment là, il préfère faire appel à un orchestre symphonique en utilisant ce qu’il sait mieux faire, le style romantique. Notre douce oreille peut alors entendre toutes sortes d’instruments appelés orchestral ou symphonique tels le basson, les altos, la clarinette ainsi que diverses percussions comme le tambour ou la timbale. Les voix sont très peu utilisées par Nobuo, mis à part dans quelques introductions (FFIV, FFVIII, FFIX) où cela est parfois difficile de ne pas en mettre. Dernier point : les thèmes des personnages. Ces thèmes sont durs à réaliser car il faut rentrer dans l’intimité de chaque personnage pour faire ressortir son caractère en musique, cela demande beaucoup de temps et de travail. Ici pas de recette ultime, seul un regard attentif, une grande concentration et un certain génie permettent de faire la musique la plus en adéquation avec le personnage. Il faut savoir aussi que Nobuo Uematsu réalise environ 150 musiques pour chaque Final Fantasy, pour en retenir beaucoup moins au final. Fin du paragraphe avec une phrase magique du maestro : « Se concentrer sur quelque chose est pour moi le moyen d’être heureux. Je considère qu’atteindre son objectif représente la plus belle des récompenses. ».

Nobuo Uematsu est bel et bien un des plus grands compositeurs de musiques de jeux vidéos au monde. Il est un des hommes forts de la série Final Fantasy dont il a depuis sa création imprégné l’ambiance de la saga par ses mélodies simples et efficaces, captivantes et ensorcelantes. A tout juste 48ans, il montre à tous ses détracteurs qu’il est loin d’être tombé dans les oubliettes en rejoignant son vieil ami Sakaguchi sur plusieurs projets, en participant aux activités de Square-Enix mais aussi en partageant sa passion par le biais de multiples concerts au Japon. Tirons un coup de chapeau à un homme passionné par la musique, perfectionniste, attaché à ses principes, émerveillant le monde par son génie et son talent. Ari gato, Nobuo !