Bienvenue dans notre charmante ville

Quoi qu'on puisse en penser, les Resident Evil cartonne au box-office, un point c'est tout. Son concurrent direct, Silent Hill, se voit à son tour transposer sur grand écran. Ca fait déjà un certain temps que sur consoles le côté kitsch de Resident Evil a été détrôné par la série de Konami, excepté Resident Evil 4 bien sûr. C'est en 1999 que Konami créa le choc sur PlayStation première du nom, en rompant l'ambiance série B des jeux de Capcom pour quelque chose de plus malsain et de particulièrement violent. Oui, Silent Hill est le jeu qui a su le mieux gérer le stress du joueur, avec un découpage qui rappelle beaucoup le cinéma, ou la littérature (Stephen King). Et si le premier Resident Evil de Paul Anderson faisait gentiment marrer, le second volet de Alexander Wiit touchait carrément le ridicule, surtout lorsque l'on découvre pour la première fois le Nemesis sur grand écran. Constat aussi très amer avec Uwe Boll, qui a commis il y a quelques années House of the Dead, heureusement disponible uniquement en DVD. Hélas, le monsieur persévère avec Alone in the Dark. Et maintenant, c'est Silent Hill qui nous intéresse, alors qu'il fait un véritable carton aux Etats-Unis.


Un nouveau scénario

C'est qui Christophe Gans, fondateur du magazine Starfix, qui porte la fameuse ville de tous les mystères sur grand écran. Appelés à son secours pour écrire le scénario, on retrouve Nicolas Boukhrief, qui s'était occupé du Convoyeur auparavant, mais aussi Roger Avary, qui avait sorti " Les lois de l'attraction " il y a quelques temps. Ce film est plus ou moins l'adaptation du premier volet de la saga, même si l'ambiance et le look sont plus proches des deuxième et troisième opus. On retrouve par exemple le célèbre et terrifiant Pyramid Head. L'histoire est cohérente avec l'univers du jeu, ce qui n'est pas un mal après Resident Evil. La fille de notre belle héroïne est atteinte d'un mal incurable. Rose ne veut pas de cette fatalité et décide de prendre la route dans l'espoir de trouver un remède pour sa petite fille. Cette fuite les mènera bien sûr dans un Silent Hill vidé de ses habitants et ne figurant sur aucune carte. La ville n'est quand même pas si déserte que ça, puisqu'elle est très vite rejointe par Cybill, une femme flic. On retrouve bien de nombreux éléments du premier opus. Dans le brouillard, la petite fille de Rose (notre héroïne) disparaît. Ca ne va pas être facile de la retrouver (les joueurs savent bien de quoi je veux parler)…

Il était temps

Enfin une lueur d'espoir au rang des adaptations de jeux vidéo en film ? C'est vrai que jusqu'à maintenant nous n'avions pas eu beaucoup de chance, et il était difficile de faire pire. Mais avec Christophe Gans (Le Pacte des Loups) derrière la caméra, et surtout Akira Yamoaka comme producteur exécutif, le film promettait beaucoup. Si ce nom ne vous dit rien, sachez qu'il a produit Silent Hill 2 et 3, dont il a même composé la bande son. La plupart des thèmes du jeu sont d'ailleurs repris dans le film. Apparemment, le bonhomme se serait beaucoup impliqué dans le film, avec un droit de regard sur le script afin de respecter au mieux le jeu. Mieux encore, le film explore les zones d'ombre de la série, tout en conservant ce qu'il faut de mystère, histoire de garder quelque chose sous le bras pour une suite d'ores et déjà prévue. Ca ne chôme pas. Ce qui est bien avec ce film, c'est que Gans a tout de suite compris et décortiqué l'œuvre vidéoludique, qui a su mettre en place des thèmes plutôt osés tels que la mort. Le film en reprend les grandes lignes, on sort du simple cadre de la violence pour nous mener vers une expérience morbide. La violence n'est que l'arbre qui cache la forêt (hantée, il va sans dire), avec quelques passages poétiques qui éveilleront vos sentiments mais aussi quelques passages plus fastidieux avec les grandes questions de l'espoir, du bien contre le mal, de la vie contre la mort.

Sans concession aucune, le film fait une grande part au sacrifice, qui fait sans cesse se demander au spectateur ce qu'il ferait à la place des personnages. C'est hallucinant, on croirait parfois voir le jeu devant nos yeux. Le grain graphique si particulier a été recréé à la perfection, même si, heureusement, le brouillard n'est pas omniprésent. Certaines scènes ont même été tournées avec une caméra haute résolution, pour une définition parfaite. L'adaptation est fidèle, avec un travail respectueux, même si Rose hérite d'un téléphone portable à la place de la célèbre radio qui nous avertit du danger. C'est beaucoup moins stressant, mais il y a de l'idée. C'est pas que je veuille spoiler, hein, mais la narration se fait en deux actes. On apprend par exemple ce qui s'est passé des années auparavant dans cette ville. Et c'est tant mieux, car voir Rose se balader de pièce en pièce est vite lassant. Ceux qui ne connaissent pas la série de Konami auront du mal à trouver de la cohérence dans le déroulement. Mais dans un souci de respecter l'œuvre dont est tiré le film, Gans n'a fait que reprendre la trame des jeux. Reste à savoir maintenant s'il n'a justement pas trop voulu rester ancré là-dedans, au point de lasser le spectateur lambda. Le débat est ouvert, mais en tout cas on ne pourra jamais lui reprocher de s'être éloigné du jeu.

Si Christophe Gans parvient sans mal à transcrire l'ambiance si particulière du jeu à l'écran, et il y a de quoi être scotché, le film n'est pas aussi terrifiant qu'on l'espérait. Il y a quelques passages marquants, notamment celui avec les infirmières (le bestiaire de la série est bien présent, oui oui). Bien que ce soit techniquement parfait, le passage sur grand écran ne fait plus vraiment peur. A croire que Silent Hill est une expérience à vivre, et non à regarder. Voila, le mot est lâché. Les frissons ne sont pas au rendez-vous, même si ce spectacle est la meilleure adaptation d'un jeu vidéo en film à ce jour. Espérons que d'autres,, sauront prendre exemple. Et dire que c'est à un français que l'on doit ça, ça fait plaisir.




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