Première bonne adaptation de jeu vidéo ?

Hitman est devenu un personnage de jeu vidéo culte après quatre épisodes, mais bizarrement pas aussi culte au sens large et populaire que peut l'être une série comme Resident Evil ou Tomb Raider.
C'est pourquoi l'annonce d'une adaptation cinématographique de l'agent 47 avait de quoi étonné, puisque peu rentable au vu de son public plutôt réduit. C'était aussi potentiellement le jeu le plus apte à adapter au Cinéma puisque le jeu lui-même s'inspirait directement de ce média, de quoi espérer enfin une bonne adaptation de jeu vidéo après un Tomb Raider ridiculement sur-joué et incohérent ou un Resident Evil qui, après trois épisodes se cherche encore (horreur ? action ? aventure ? thriller ?) et je passerais sous silence les prestations de Uwe Boll ou de Doom.
Mais l'heure est enfin venu d'avoir un long-métrage potable... Peut être même plus que ça.


Faut pas niquer les agents

Un petit topo scénaristique pour débuter cette article. L'aventure nous narre la traque de l'agent 47. Engagé pour éliminer un politicien russe en pleine compagne présidentielle, l'agent au code barre finit par se retrouver en plein milieu d'une machination politique. Associé au fait qu'Interpol le recherche, lui et son organisation fantôme, il n'aura pas un temps de répit. Sa dernière cible est une jeune prostitué du nom de Nika Boronina. Troublé par des flashbacks de son enfance, l'agent sera perturbé et essaiera de la protéger plutôt que de la tuer la mêlant alors à son univers de tueur professionnel.

Si le scénario est tout de même bien indépendant des jeux, il reste très cohérent à l'univers d'origine. On y esquissera les desseins de l'organisation, tout en restant très mystérieuse mais on se concentrera sur ce héros implacable. Le danger, en incorporant une alliée à ce solitaire, était d'en faire un énième film d'action avec le héros musclé et sa nana sexy un peu rebelle...
Or, malgré cet imprévu qu'est le personnage incarnée par Olga Kurylenko (imprévu autant pour lui que pour le spectateur-fan de jeu vidéo), le perso de Timothy Olyphant ne s'en retrouve jamais réellement affecté... Du moins, c'est subtil, sans en lâcher davantage.
L'ajout de personnage féminin fragile, car contrairement à ce que laisse penser l'affiche et la promo, la nana n'est qu'un boulet dans l'affaire, on est pas dans le genre de films à la XXX ou Fast & Furious avec des nanas qui jouent comme des mecs... Et donc, ce fragile personnage va permettre de contraster et de renforcer la force de 47 et de le mettre en valeur. Un scénario donc plutôt intelligent où chaque élément ne sert qu'une chose : mettre en point d'impact, le héros, puis dans un second temps, de mettre en place la nature de la fameuse organisation qui forment ces tueurs à gage. Une bonne ré-appropriation de l'histoire originale.

Timothy Olyphant : ne pas s'arrêter à l'image

Le film partait avec d'énormes à priori chez les gros fanboys mielleux et leur "ouais fallait prendre Jason Statham ou encore Vin Diesel, enfin un vrai chauve quoi"... Car oui, un film gagne son succès avant qu'il ne soit diffusé désormais. Du coup, le long-métrage part mal car l'agent 47 est incarné par Timothy Olyphant. Ce dernier, avant toute chose, est le placide, le froid et l'impassible Bullock de la série Deadwood, diffusé par HBO et qui attend toujours sa fin. Ceux qui ne connaissent pas gueulaient comme des putois. Les autres, avaient foi en une interprétation aussi glaciale qui se laissait entrevoir dans la série Western.

Si nous débutons la critique du film par cette partie, c'est aussi parce que le long de la promo, il n'était question que de ça... Assez futile pour un film, n'est-ce pas ? Aussi, il faut rétablir la vérité.
Il ne faut pas confondre "interpréter un héros vidéoludique" avec "faire un cosplay"... Et Olyphant s'approprie excellemment bien le personnage. Et le travail le plus fourni est avant tout dans la gestuel du personnage : rigide, droit avec des mouvements précis et non inutiles qui laissent voir une assurance et lucidité à toute épreuve. Le timbre de voix d'Olyphant, qui est assez grave au naturel, sonne aussi sèchement sans laisser le moindre droit de parole à son interlocuteur et tout cela sans sourciller. Plus le film avance, plus il se laissera aller dans ses réactions et on le surprendra à sourire. Attention, pas de mièvrerie surjoué, un sourire étroit et sans émotion flagrante grâce à un regard précis et fixe, qui nous montre que le personnage a le droit d'évoluer sans pour autant passer vulgairement du "méchant" au "gentil" comme beaucoup de film de ce genre avec un héros se laissant séduire par son otage...
Un personnage donc totalement interprété avec justesse par Timothy Olyphant balayant alors toutes les photographies servant la promo du film. En mouvement, l'homme assure car il maitrise ses faits et gestes et joue l'implacable avec beaucoup de souplesse et pas comme un Jason Statham limité qui ne connait qu'un seul visage pour dire bêtement "je suis méchant" tel le Transporteur. C'est en mouvement que l'on comprend qu'il fallait un acteur ouvert pour interprêter l'agent 47, même si ce dernier n'a pourtant que peu de parole... Un film doit apporter autre chose que le jeu vidéo, et ce quelque chose est généralement du mouvement, du naturel, du dynamisme, de la narration. Toute ces choses qui sont finalement assez limités dans le jeu vidéo, surtout Hitman où même si les cinématiques sont réussies, sont plutôt à base de plans fixes et avec peu de mouvements.
Bref, placarder un jeu vidéo sur pellicule est une action totalement absurde, mais pourtant envisagé par les fans. Et la gueule de l'emploi ne suffit pas à interpréter un personnage, Olyphant nous offre donc un beau contre-pied à ce qui a pu être dit sur son potentiel talent à incarner le tueur à gages.

Références vidéoludiques pour action cinématographique

Evidemment, un acteur ne fait pas un film et le travail effectué par Xavier Gens, le réalisateur, est plutôt de bonne qualité. Il a réussi à injecter des plans typiquement du jeu vidéo pour y apporter une touche personnelle à son film d'action. Le plan le plus marquant utilisé, peut être un poil de trop, est celui qui cadre moyennement notre héros de dos faisant appel à notre expérience du jeu d'action à la troisième personne, accentué par le crâne reconnaissable entre milles. L'utilisation du travelling avant qui traverse les couloirs est aussi bien utilisé qui permet alors d'ajouter une touche stylistique de bon aloi et permet au spectateur de suivre le héros tel un fantôme et aussi d'y rajouter cet aspect du joueur qui dirige son personnage indépendant. A l'aide de ce genre de plans ou de travellings de dos, le spectateur permet aussi de s'immiscer dans l'infiltration de l'agent. Tout ça permet aussi de donner de ralentir visuellement le rythme soutenu des scènes d'action sans perdre le spectateur en chemin.

Même si à la base, Hitman est un jeu d'infiltration, il est muni de quelques fusillades bien costaudes et le film ne fait pas exception à la règle. En fait, il n'y a qu'une seule fusillade, le reste c'est l'agent qui joue à cache-cache en tuant ses ennemis qui n'ont pas le temps de réagir.
Cette fusillade, donc, permet de se détendre un bon coup où tout le film est bourré de tensions car toujours traqué, il s'ensuit alors une bonne scène bien dynamique en temps réel avec un décors qui finit en miettes. Une scène connue de tous mais qui est alimentée par quelques plans serrés sur la concentration et l'inflexibilité de notre tueur qui lui donne un cachet personnel et évite de tomber dans le cliché de ce genre de films.

En fait, le long-métrage sort du lot par l'inspiration direct des plans du jeu vidéo. Xavier Gens ne s'en cache même pas, quand il commente une scène dans une salle de bain publique d'un hôtel chic. Les cinématiques du jeu étant très bien mises en scène, autant puiser directement des plans et le mouvement de caméra qui est tout aussi expéditif que le héros, en multipliant les plans qui s'enchainent en se fondant dans le bruit des impacts de balle.
Le travail des développeurs du jeu vidéo alimente directement le film, et même d'un point de vue plus large il contribue à renouveler un peu quelques séquences d'action. Attention, on est pas dans le Die Hard de McTiernan mais il s'y dégage un univers plus personnel que les nombreuses pompeuses hollywoodiennes. Good Point, donc.

Plus fan qu'autre chose, on y verra Hitman utiliser quelques éléments-clés de la série avec sa corde à piano, l'utilisation de déguisement, le coup de se mêler à la foule. Une scène très clin d'œil nous montre même le héros changer d'habit. Dans un jeu vidéo, vous entrez dans la pièce, vous ressortez 1/10ème de seconde plus tard, vous êtes habillé. Dans le film, nous avons la même séquence, par exemple : elle fait gagner du temps, du rythme tout en nous narrant un évènement.

On pestera par contre sur quelques choix personnels de mauvais goût, révélateurs du manque d'originalité du réalisateur qui tend à confondre un peu tous les univers. Xavier Gens a décidé de faire designer spécialement les costumes de l'armée russe. Problème, il utilise comme référence Jin Roh. D'une part, les costumes sont donc un plagiat du long-métrage de Hiroyuki Okiura. D'autre part, elles ne collent pas avec l'environnement réaliste du jeu. Et enfin, plus symboliquement, ces costumes ont été repris dans Killzone. Killzone qui est un FPS, genre anti-thèse du jeu d'infiltration qu'est Hitman.
Même s'il est réaliste, le sang par hectolitres n'est pas forcément un choix très pertinent pour illustrer les gunfightent. Si ça impressionne une fois passée, au moment de l'impact de balle sur les personnages, les gicles sont plutôt disproportionnées et donc assez décalés avec le côté précis du tueur. Enfin, même si c'est un détail, elle dévoile que tout n'est pas maitrisé dans cette adaptation. Je parle de l'affiche finale du film. Lorsque l'équipe s'inspire directement du jeu pour nous proposer des photos promotionnelles, tout est alléchant. Mais qu'elle veutcréer des illustrations originales, le bât blesse et on se retrouve avec une image sans impact et plutôt gratuite dans des poses élancés, à contratrio du personnage. Cette affiche avec l'agent 47 de dos et son otage devait certainement être un appât à ados qui matent le cul de Olga Kurylenko... Mais ce dernier cas de figure, c'est de la promo. Mais la promo a niqué quelque peu le film, comme on l'apprend dans le blu-ray.

Hitman est donc au final, une très bonne adaptation vidéoludique, compte tenu des antécédents hollywoodiens dans ce domaine. Et surtout, mieux qu'une adaptation, c'est aussi un bon film d'action qui ouvre le public sans pour autant lâcher sa source d'inspiration, contrairement au Silent Hill de Gans qui a perdu de vue les qualités d'un bon film sur le plan du rythme principalement. Parce qu'après tout, était-il facile de réaliser un long-métrage rythmé et passionnant sur un jeu d'infiltration avec un rythme plutôt lent puisque nécessitant patience et réflexion ? Bien sûr que non. Donc tout en alternant des scènes-clés avec des pures scènes d'action et des scènes de dialogues, Gens nous offre un joli spectacle complet sans tomber dans le cliché, en ouvrant le public grâce à l'utilisation de codes vidéoludiques. Ces derniers servant l'art cinématographique sans en faire un film de "d'jeuns", chose assez rare pour le souligner.
Bon film d'action et très bonne adaptation donc avec une performance exemplaire pour Olyphant, plus à l'aise que jamais dans les rôles froids et distants.