21 ans et toujours en forme: comment faire du neuf avec du vieux?

L'arrivée d'un nouveau Zelda est toujours vécue comme un évènement dans le monde du jeu vidéo. Si la Wii a eu droit à son traitement de faveur dès sa sortie, il aura fallu attendre plus de 2 ans pour que l'une des consoles les plus populaires de ces dernières années, la Nintendo DS, bénéficie d'une aventure du petit être tout de vert vêtu. Mais au bout de 21 années d'existence, qu'en est-il de cette série culte pour tant de joueurs ? Petit tour d'horizon sur un classique remis à neuf.

Une aventure au goût maritime

"Phantom Hourglass" est, vous le savez certainement, la suite directe de "The Legend of Zelda: The Wind Waker", sorti il y a 4 ans sur Game Cube. Après avoir défait Ganondorf, Link et Tetra (qui n'est autre que Zelda, mais ça n'est plus un secret), ont repri la mer en quête de nouvelles aventures.
Après un bref résumé, une cinématique s'enclenche. Vous êtes sur votre bateau en compagnie de Tetra et de votre équipage. L'objectif du jour est d'en apprendre un peu plus sur un navire fantôme à l'origine de nombreuses disparitions de bateaux. Vous voguez donc paisiblement sur des eaux protégées par le Roi des Mers quand soudain, vous tombez nez à nez avec le dit vaisseau. Et cela ne fait ni une ni deux, Tetra est enlevée (pour changer). Link, expulsé du bateau se réveille sur une plage en compagnie d'une fée amnésique... l'aventure commence.

A la rescousse de Zelda et d'un scénario scabreux

Vous l'aurez certainement compris en lisant les quelques lignes ci-dessus, ce n'est pas par son histoire que ce nouveau Zelda va vous impressionner. Si la trame de début n'est pas très originale, la suite n'apporte elle non plus rien de nouveau. La princesse enlevée par des forces obscures et Link devant brandir le fer pour la sauver, voila qui commence à sentir passablement le réchauffé. La progression dans le jeu n'innove pas pour deux sous. Vous commencez en récupérant l'épée et, au fur et à mesure, vous visitez divers donjons. A chaque fois, vous devez vous accaparer de nouveaux objets (arc, bombes, grappin, missiles...) qui ne sont guère différents de ceux auxquels nous sommes habitués, pour ne pas dire strictement identiques (on note juste le grand retour de la pelle). Avec ces nouvelles acquisitions vous aurez la possibilité de battre les prochains boss et de débloquer des zones jusque là inaccessibles.
Le schéma est on ne peut plus classique, mais fort heureusement, les développeurs ont su adapter le gameplay et lui donner de la consistance.

Tout d'abord, sachez que vous n'opèrerez pas en terrain clos. En effet, comme sur Game Cube, vous aurez à vous déplacer à bord d'un bateau commandé par l'avide capitaine Linebeck. La rencontre avec ce personnage stupide et pleutre ne sera donc pas inutile car de lui (et surtout de son bateau) dépendront vos déplacements entre les différentes îles que comptent votre carte. Si les séquences maritimes de "Wind Waker" étaient rapidement rébarbatives, celles de "Phantom Hourglass" sont relativement amusantes. Grâce au stylet, vous déterminez votre trajectoire sur la carte. Vous pouvez stopper votre navire quand bon vous semble, vous battre à coups de canon, aborder d'autres bateaux ou encore explorer les fonds marins avec une grue à la recherche de trésors mentionnés sur des cartes que vous récupérez au fur et à mesure. Un peu de tuning ne fait pas de mal: vous avez également la possibilité de modifier votre embarcation à l'aide de pièces récupérées ci et là, ce qui aura pour conséquence de le rendre plus résistant. Des phases agréables qui apportent beaucoup au plaisir de jeu.

Le Temple du Roi des Mers sera lui aussi une étape importante de votre quête. Vous devez y revenir régulièrement après les donjons pour récupérer de nouvelles cartes. Les mots d'ordre y sont discrétion et rapidité. En effet, le sanctuaire est gardé par des spectres, immortels, qui viennent jouer les troubles-fêtes dans la progression de notre héros. La seule solution pour leur échapper sera de se mettre à l'abri le temps que ces ennemis s'éloignent.
En plus d'être farouchement surveillé, sachez que cette zone vous pompe littéralement toute votre énergie vitale. Heureusement, le sablier fantôme est là pour vous protéger. Mais qui dit sablier dit aussi temps limité(un temple entre les missions, une histoire de temps, qu'est-ce que ça me rappelle déjà ?), et, une fois votre réserve de sable épuisée, il ne vous restera que vos deux yeux pour pleurer et votre stylet pour recommencer la partie.
Ces phases d'infiltration tranchent radicalement avec l'action omniprésente du titre. En effet, si on pouvait reprocher à "Twilight Princess", dernier Zelda en date, de pécher par quelques temps morts, il n'en est de rien ici et on ne peut que saluer l'intention de Nintendo qui, pour le coup, a admirablement su varier les plaisirs.

Touch me, touch me...

Le jeu est exclusivement jouable au stylet, les touches servant uniquement de raccourci vers les objets ou la carte. Dans un premier temps, il faut avouer qu'il est délicat de trouver ses repères. L'écran tactile sert aussi bien à avancer qu'à tuer les ennemis (en cliquant sur eux ou encore en dessinant des cercles sur l'écran pour les attaques tourbillons). Une fois maîtrisée, la jouabilité devient fort agréable. Utiliser l'écran du bas se révèle fort agréable, en particulier pour ce qui est de l'utilisation des objets. Tracez une trajectoire à l'écran, et votre boomerang se fera une joie de la suivre dans le détail. Cliquez sur un ennemi et Link ira lui décocher une flèche. Tendez une corde entre deux poteaux à l'aide de votre grappin et elle servira d'élastique à votre personnage pour se projeter vers des zones inaccessibles. Sans compter les combats contre les boss qui deviennent tout de suite beaucoup plus intéressants (mention spéciale pour les dragons du temple de glace). Bref, autant de détails qui font que, malgré son apparence ultra-classique, "The Legend of Zelda: Phantom Hourglass" n'est pas exempt d'innovations qui dépoussièrent grandement un concept pourtant vieux comme le monde.

Nintendo et son légendaire culot

S'il y a bien une chose que big N adore, c'est faire comprendre au joueur que, quoi qu'il arrive, ses jeux se feront comme il l'entend et non pas en réponse aux attentes de milliers de fans. Quand on sait que le style "Ocarina of Time" (comprenez par là réaliste) a toujours été le plus apprécié des gamers, il est amusant de constater que pour son nouvel opus sur portable, la firme du plombier a choisi d'opter pour le style Cell-Shading de l'épisode 128 bits qui reste aujourd'hui encore le plus controversé de la série. On aime ou on déteste mais force est de constater que le rendu graphique est très beau. Ca pixélise encore a quelques moments mais certains niveaux (le temple de glace!!!!!!!) nous montrent tout le potentiel de la DS trop souvent sous-exploité, hélas.
La bande-son, quant à elle, fait aussi référence à "Wind Waker" puisque de nombreux thèmes en sont issus. Les compositeurs ne se sont pas foulés pour l'originalité, mais au moins la qualité est là.

The Legend of Wi-Fi

Convivialité oblige, Nintendo a également inclus un mode multijoueurs. Même si ce n'est pas l'élément fondamental du contenu de la cartouche, ce dernier vous permet de prolonger le plaisir le temps de quelques parties. Un joueur dirige Link qui doit amener des fragments de Triforce d'un point A à un point B, l'autre trace sur la carte le trajet des spectres qui iront mettre des bâtons dans les roues du nabot. De quoi passer quelques heures agréables entre amis.

Malgré l'absence totale de nouveautés dans le scénario et la mièvrerie générale du titre, "The Legend of Zelda: Phantom Hourglass" parvient néanmoins à s'imposer grâce à l'originalité de son gameplay. Nintendo ne nous laisse pas le choix: c'est l'écran tactile ou rien. Mais ce n'est qu'avec quelques heures de jeu au compteur que l'on se rend compte de la pertinence de ce choix. Même s'il n'est pas le meilleur épisode de la saga, il reste, et ce grâce à l'utilisation particulièrement intelligente du double écran de la DS, le plus fun.