The Dream of the GamersDébarqué en 2003 sur nos PC, « Runaway » avait en son temps fait l’effet d’une bombe permettant aux petits espagnols de Pendulo Studios de hisser leur soft aux côtés de grands noms du « Point & Click » tels que « Broken Sword » ou encore « Monkey Island ». Devant tant de succès, il y avait fort à parier que Brian Basco et sa copine Gina reviendrait faire un petit tour sur nos plates-formes. Ce fut chose faite 3 ans plus tard avec l’arrivée de « Runaway : The Dream of the Turtle ». Soucieux de faire profiter un plus grand nombre de joueurs de ce soft à l’esprit décalé et à l’ambiance délectable (et occasionnellement de remporter quelques euros, mais bon…), Focus Home Interactive s’offrit le défit de conquérir le public « consoles » avec pour supports les deux curiosités du marché vidéoludique, les plus adaptées au genre: les machines Nintendo. En attendant la version Wii prévue pour 2008, les joueurs DS peuvent donc profiter depuis le 30 novembre d’un jeu plein de fraîcheur et d’humour apportant beaucoup de variété dans le catalogue de la plate-forme au double écran.

Début des ennuis

L’histoire de « Runaway : The Dream of the Turtle » vous place, comme je le disais plus haut, dans la peau de Brian Basco. L’histoire débute alors que ce dernier s’apprête à raconter ses mésaventures, et elles sont de taille, à son amie Sushi via un chat.
En vacances sous les tropiques, Brian compte se payer une tranche de bon temps. La plage, le soleil, les cocktails, un programme réjouissant dont notre héros se fait une joie de profiter. Mais c’est sans compter sur le dynamisme de Gina, la copine de Brian. D’un tempérament aventurier, cette dernière convainc son petit ami de faire l’impasse sur son côté pantouflard et de la suivre pour une belle promenade aérienne.
Embarqués dans un hydravion aussi délabré que son pilote notre couple s’envole au-dessus de l’archipel.
Premier détail cynique de l’aventure (« Runaway » en est bourré) et déclenchement des problèmes : Otto, votre brave guide, décède (enfin je pense…) en plein vol. Gina est parachutée et Brian attend courageusement que l’avion s’écrase. Coup de bol, il survit. Préparer votre stylet et faites chauffer votre cortex, « The Dream of the Turtle » commence.

Univers aux petits oignons

C’est le premier constat qu’on fera. « Runaway 2 » sur PC avait, tout comme son prédécesseur, marqué les esprits en partie par son univers coloré et enchanteur. Bien que très attendue, la version DS pouvait laisser présager le pire sachant que cette console nous offre la plupart du temps un graphisme à mi-chemin entre la PlayStation et la Nintendo 64. Ca, c’était sans compter sur la maîtrise de Cyanide, le studio français chargé de l’adaptation. D’une jungle sauvage à un galion de pirates en passant par un camp militaire et les paysages enneigés de l’Alaska, on trouve là ce qui est à mon avis un des plus beaux jeux de la DS, si ce n’est même le plus beau. Les développeurs ont mis le paquet sur le visuel, les cinématiques, compressées à merveille apportent un break dans l’aventure, enrichissant le scénario et permettent de nous en mettre plein les mirettes. Et cette animation !!! On a vraiment un travail de pros qui permet de constater qu’au bout de 3 ans d’existence, la DS parvient enfin à livrer tout ce qu’elle a dans les entrailles. Impossible de blâmer « Runaway 2 » sur son look orienté dessin-animé, un des gros points forts de l’aventure contribuant grandement qui plus est à l’ambiance délirante du titre.

Délire énormissime

Hormis cette atmosphère cartoonesque, le rêve de la tortue trouve sa force dans son contenu incohérent de A à Z.
Tout d’abord dans ces énigmes. Sans vouloir faire de spoils, imaginez l’esprit tordu qu’il faut avoir pour marchander avec un lémurien alcoolique afin que ce dernier veuille bien vous céder un objet capital au bon déroulement de votre progression contre une bière (véridique). Ou encore s’attirer la sympathie d’un amateur d’art décalé en lui fabriquant un sablier avec deux bouteilles de rouge et un trident. Car vous l’aurez compris, dans « Runaway », inutile de se fier aux apparences : les objets que vous récolterez seront sans cesse détournés de leur fonction première afin de trouver une réelle utilité.
Objets mis à part, la folie furieuse propre au titre de Pendulo se retrouve aussi dans les dialogues. D’un ton parfois cru, très souvent familier, fort de quelques grossièretés passagères (ce n’est jamais outrageusement vulgaire, je précise au cas où) et d’humour noir, « Runaway : The Dream of the Turtle » vous fera sourire plus d’une fois et vous aurez peine à croire que c’est bien une Nintendo DS que vous avez entre les mains.
Ponctué de référence au jeu vidéo ainsi qu’au 7ème art (on note très facilement des références à Star Wars et même, et ça ça surprend, à un très bon film avec De Funès et Jacques Villeret sorti en 1981), les créateurs s’amusent à jouer avec notre culture audiovisuelle et notre esprit d’observation pour mieux renforcer notre adhésion au jeu. Ca marche! Et c’est très savoureux.

Sergent, quelles sont les pertes?

Bah oui vous vous en doutez. Tout ne peut pas être rose quand on passe sur un support bien moins puissant. Mais rassurez-vous le constat est loin d’être catastrophique et cette version DS s’en tire avec tous les honneurs malgré quelques détails qui fâchent.
Parlons de la jouabilité. Le stylet permet bien entendu de naviguer, de cliquer sur les objets, alors que la croix directionnelle est utilisée pour le choix de l’action et les gâchettes pour sélectionner vos trouvailles. Les touches Start et Select vous permettent pour l’une d’accéder à la sauvegarde et pour l’autre de gérer votre inventaire. Très ergonomique, la jouabilité souffre quand même de deux petites imprécisions.
La première, c’est que Brian ne fait pas toujours exactement ce que vous lui demandez (par exemple il s’en va quand vous lui demandez d’ouvrir une porte)… rien de bien gênant puisqu’un dixième de seconde sera suffisant pour rattraper le tir.
La seconde concerne le choix des réponses au moment des dialogues. Je pensais au début que mon écran était mal calibré mais après rectification j’ai du faire le triste constat que le personnage ne répond pas toujours ce qu’on lui a demandé. C’est un peu pénible mais personnellement ça n’a pas été un handicap pour terminer le jeu.
La grosse déception, si on doit on retenir une, c’est l’absence des voix de la versions PC. C’est vrai qu’entre un DVD et une cartouche DS il y a de la marge au niveau de la capacité du support, mais on oubliera pas pour autant que les digits vocaux de l’original apportaient grandement à l’ambiance saugrenue du titre. Un regret donc, même si le reste compense largement ce manque.

« Runaway » ou la révolution européenne du « Point & Click ». Après avoir dépoussiéré le genre sur son support de prédilection, le PC, la série a le culot d’envoyer une partie du catalogue de la DS au vestiaire avec un jeu qui n’est pourtant pas nouveau. Mais qu’est-ce qu’il est bon! Coloré, déjanté, envoutant par son visuel et ses musiques excellentes, souvent politiquement incorrect, « Runaway : The Dream of the Turtle » est une perle pour les amateurs d’humour qui aiment user leur cerveau à des fins complètement loufoques. Quatre mots viennent à l’esprit à la fin du staff : « A Twist of Fate ».
Verdict
+ Les plus- Les moins+ Humour détonnant
+ Personnages attachants (Brian, Joshua, O’Connor…)
+ Visuel
+ Musique
+ Durée de vie
+ Adaptation DS remarquable- Souvent difficile
– Quelques imprécisions du stylet
– Absence de voix

Le mot de la fin

Runaway : The Dream of the Turtle » renouvèle à grand coup de loufoqueries ce genre si particulier qu’est le Point & Click. Même si la console s’y prêtait à merveille, l’adaptation DS est un véritable coup de maître. Offrant à la portable de Nintendo un de ses plus beaux jeux sur fond d’une aventure riche en humour et en références en tous genres, les petits gars de Cyanide ont opéré un travail d’orfèvre sur un titre déjà accrocheur qui mérite bien sa place sur le guide de Noël 2007 de PG. Maintenant il n’y a plus qu’à attendre la suite…